Étiquette : texte

« L’Étang » de Robert Walser mis en scène par Gisèle Vienne à Points communs – adaptation ventriloque

L’Étang de Gisèle Vienne est de ces spectacles qui entretiennent un désir particulier avant leur découverte, à force d’être programmé, annulé, reporté – d’abord à cause du décès d’une actrice, Kerstin Daley, puis à cause du covid. Le spectacle est en outre chaque fois présenté pour quelques dates seulement aussitôt prises d’assaut, ce qu’explique entre autres la présence d’Adèle Haenel sur scène. La tournée touchait à son terme – pour cette saison du moins – à Pontoise, où s’est réuni un public nombreux. Comme espéré, L’Étang s’inscrit dans le sillage des précédentes créations de Gisèle Vienne, Jerk, This Is How You Will Disappear, The Ventriloquist Convention ou Crowd. L’artiste intègre cependant une nouvelle donnée à son geste artistique : un texte de Robert Walser, adapté à plusieurs mains. Le spectacle ne prend pas pour autant la forme d’une adaptation ; la relation au texte mise en place est plutôt de l’ordre de l’ingurgitation. Le travail mené sur les conditions d’appréhension du plateau impose une perception intra-utérine du texte qui produit une nouvelle expérience singulière – mais peut-être moins convaincante que les précédentes.
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« Quai ouest » de Koltès mis en scène par Ludovic Lagarde au Théâtre Nanterre-Amandiers – errances dramaturgiques

Ludovic Lagarde fait partie des rares metteurs en scène aujourd’hui qui montent des textes de théâtre – de Tchekhov, Brecht, Shakespeare, Sarah Kane, Büchner, Jelinek... et d’autres moins renommés qu’il contribue à faire connaître. Avec un tel répertoire, il paraissait inévitable qu’il en vienne à Koltès. Lagarde ne choisit pas l’une des plus connues de cet auteur, mais Quai ouest, qui n’a fait l’objet que d’une vingtaine de mises en scène en France depuis la création de Patrice Chéreau en 1986. C’est justement au même endroit, à Nanterre, qu’est programmé le spectacle, mais dans le bâtiment temporaire, en attendant la fin des travaux. Entouré de ses acteurs fétiches, Lagarde promet un beau spectacle. Le rendez-vous est cependant manqué, ce spectacle ne sera pas mémorable comme ont pu l’être L’Avare ou la trilogie Büchner. À défaut d’être embarqué, on aura pensé à tout ce que pourrait ou devrait être une mise en scène de ce texte.
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« Le spectateur », Christian Biet et Christophe Triau

C’est déjà commencé. Ce soir, j’y vais. Il a  d’abord fallu « envisager-d’aller-au-théâtre », se mettre dans l’idée qu’on va voir des corps vivants, entendre un texte, s’asseoir devant un plateau dans un espace réservé au spectacle, à côté d’autres spectateurs que, contrairement au cinéma, on ne peut ignorer, que l’on sent, que l’on entend et souvent que l’on voit. Il a fallu prendre les places, à l’avance, généralement numérotées. Une cérémonie que tout cela, un rite qui marque la sortie du soir, une vraie envie. Ce n’est pas banal. Et puis il a encore fallu que je choisisse : le lieu, le bâtiment, sa réputation, son directeur (j’ai mes fidélités), les acteurs (on dit que tel ou telle est très bien dans la pièce), le metteur en scène, l’auteur (un classique, un moderne dont on parle ?), le texte (y en a-t-il un, au moins, cette fois ?). Ah, oui ! le texte, ce qu’il faut entendre et juger, à travers une suite d’entités qui le revendiquent : un texte éclairé, scénographié, exploré par la diction, porté par le jeu des acteurs, magnifié par le plateau ou englouti par lui. Compliqué. En me rendant au théâtre, je me sens obligé de faire plus de choix que pour tout autre spectacle, avec bien plus de prérequis. C’est intimidant en somme. Au point qu’on en vient à proposer des écoles du spectateur, ce qui me désespère. Ce soir, donc, j’ai décidé d’être curieux, de renouer avec ce qu’est d’abord le théâtre : un spectacle dont on n’a rien vu et que l’on n’a pas lu encore, un spectacle tout entier vivant.
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« Rester vivant » d’Yves-Noël Genod : mettre à mort le théâtre, avec la poésie

Yves-Noël Genod, « Distributeur de poésie et de lumières » A l’occasion d’un entretien, l’artiste Yves-Noël Genod affirme : « Pour faire du théâtre, il faut sans doute tuer le théâtre : le théâtre doit être vivant ! »[1]. Le caractère paradoxal de son propos repose sur un usage polysémique – et donc poétique – du terme « théâtre » : à celui de conventions, qu’il faudrait tuer, il oppose celui auquel il aspire, qu’il ne définit pas autrement que par son caractère vivant.
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« Ostia » de Sergio Blanco au Centre culturel Raquel Revuelta : écritures du moi et présences

Invité dans le cadre de la Feria Internacional del Libro à Cuba, l’auteur franco-uruguayen Sergio Blanco a pu présenter son œuvre sous plusieurs formes : au cours d’une conférence sur la publication des œuvres théâtrales à la Fortaleza de San Carlos de la Cabaña, au travers des représentations de Kassandra au Café-Théâtre Bertolt Brecht, ou avec Ostia.…

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« Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke » d’Anne Teresa de Keersmaeker au T2G : ∅

Anne Teresa de Keersmaeker revient cette année au Festival d’Automne avec un spectacle inspiré d’un court texte du jeune poète Rilke, Le chant de l’amour et de la mort du cornette Christoph Rilke. Le spectacle était présenté au Théâtre de Gennevilliers pour quatre dates seulement, courues par les amateurs du travail de l’artiste.…

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« Une année sans été » de Catherine Anne au Théâtre Paris-Villette

Pour la première fois avec Une année sans été, Joël Pommerat ne signe pas le texte du spectacle, en plus de sa mise en scène. Pour la première fois également, il ne mobilise pas sa troupe, la compagnie Louis Brouillard, mais collabore avec un groupe de jeunes comédiens et de jeunes artistes de la scène, ainsi qu’avec l’équipe technique qui l’entoure d’ordinaire, notamment les Leymarie pour le son et Eric Soyer pour les lumières.…

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« Shéda » de Dieudonné Niangouna à la Carrière de Boulbon

La mythique Carrière de Boulbon est proprement investie par Dieudonné Niangouna, artiste associé du Festival d’Avignon avec Stanislas Nordey. Les organisateurs du festival ont cette année réuni deux artistes très différents : alors que Par les villages est reçu comme un théâtre de texte, purement dévoué à l’œuvre de Peter Handke, dans Shéda le matériau textuel semble s’effacer, totalement absorbé par la vie, dont ce spectacle est entièrement fait.…

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Deux adaptations cinématographiques d’«Oncle Vania » de Tchekhov : Andreï Konchalovksi et Louis Malle

La pièce d’Anton Tchekhov, Oncle Vania, a fait l’objet de deux adaptations cinématographiques, séparées l’une de l’autre de près d’un quart de siècle. La première est réalisée en 1970 par Andreï Konchalovski, cinéaste qui transpose à l’écran de grandes œuvres du patrimoine russe.…

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