Lecture d’une oeuvre

25 Avr

« Adiós, Hemingway » de Leonardo Padura – enquêtes à La Havane

Leonardo Padura est un auteur cubain contemporain, connu pour ses romans policiers. Ses œuvres mettent en scène des enquêtes criminelles, menées par le lieutenant Mario Conde dans les dédales de La Havane. A l’occasion d’une série sur le thème « Littérature et mort », il mobilise une nouvelle fois son héros retiré de la fonction policière pour reconstituer les derniers jours d’Hemingway à Cuba. Dans Adiós, Hemingway, il imagine en effet le scénario d’un meurtre dans la maison de villégiature de l’auteur américain, bâtissant une solide fiction à partir d’une réalité détaillée, qui met à l’honneur le genre littéraire qu’il a choisi.

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06 Avr

« La Condition humaine » de Malraux – humain, pas assez humain

t« Les mêmes chemins qui mènent l’individu au crime mènent la société à la révolution ». Telle était la thèse développée par Dostoïevski dans son roman les Démons selon le critique Berdaiev. Une telle formule resurgit à l’esprit quand on lit La Condition humaine d’André Malraux, La Condition humaine. Dans cette œuvre, qui lui vaut de recevoir le Prix Goncourt l’année même de sa publication, Malraux relate un épisode de la révolution chinoise, l’insurrection communiste de Shanghai, en 1927. Variant les points de vue, d’un personnage à l’autre, Malraux joue également avec les échelles. Dans cette œuvre, il fait coexister celle de l’individu, celle de la société, celle d’un pays ou encore celle du mouvement communiste de la Russie à la Chine – qui réduit l’homme à néant en le perdant de vue.

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26 Fév

« Humiliés et offensés » de Dostoïevski – raconter, ou revivre

Parmi les œuvres dites de jeunesse de Dostoïevski, s’en trouve une aussi ample que celles de la maturité. Il s’agit d’Humiliés et offensés, roman écrit avant la double rupture que constituent le séjour de Dostoïevski au bagne, raconté dans ses Carnets de la maison morte, et l’écriture des Carnets du sous-sol, son œuvre la plus sombre et la plus pessimiste quant à la nature humaine. Mais si la portée philosophique d’Humiliés et offensés est plus courte, par rapport à Crime et châtiment par exemple, on trouve déjà dans ce roman quelques intuitions profondes qui laissent entrevoir l’abîme qui s’entrouvre au-delà de la veine sociale dans laquelle Dostoïevski s’est engagé depuis Les Pauvres gens. Au cours de longs chapitres, l’œuvre relate un drame amoureux, entremêlé à une tragédie familiale.

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30 Jan

« Le Premier Homme » d’Albert Camus – lignes de fuite

Après le succès que rencontrent Les Possédés de Camus, d’après Dostoïevski, au Théâtre Antoine à Paris, la compagnie part en tournée dans toute la France au cours de l’année 1959. Camus, pris par son nouveau projet de roman, Le Premier Homme, renonce à tenir le rôle du narrateur dans sa pièce, et fait des aller-retours entre Lourmarin où il se retire pour écrire et les différentes villes dans lesquelles le spectacle est présenté. Au cours de l’un de ces trajets, jusqu’à Tourcoing cette fois, début 1960, il est tué dans un accident de voiture avec Michel Gallimard. Camus a 46 ans et laisse sa dernière œuvre inachevée, qui prend alors la forme d’un testament.

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03 Déc

« Paris est une fête » d’Hemingway – hymne à la ville

Près de quarante ans plus tard, Hemingway prend la plume et revient sur ses années de jeunesse à Paris, vers 1920, lorsqu’il y séjournait avec sa première femme, Hadley Richardson. De ses souvenirs, il compose des vignettes de la vie parisienne qui saisissent toute une époque, tout un univers de stimulation artistique, et tout un décor qui lui est resté cher : Paris. Quoiqu’inachevée, l’œuvre apparaît comme un hymne à la ville et à la vie qu’il menait alors.

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18 Nov

« Pour qui sonne le glas » d’Hemingway – « il sonne pour toi »

En 1936, Hemingway devient correspondant de guerre en Espagne, auprès de l’armée républicaine. L’auteur américain se veut engagé, aussi bien dans ses œuvres que dans la vie qu’il mène. C’est donc par conviction qu’il entreprend de combattre le franquisme, avant, quelques années plus tard, de se rendre en France pendant la Seconde Guerre mondiale pour participer à la libération du pays. Pour qui sonne le glas – titre qu’il emprunte au poète John Donne [1]– s’inspire de son expérience espagnole, autant des événements dont il a été témoin que des sentiments qui l’animent, et de la philosophie humaniste qu’il en tire.

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12 Oct

« La Peste » de Camus – résistance

Quelques temps après la guerre, en 1947, Camus publie La Peste. A l’heure de la reconstruction, du monde et du sens, il s’agit pour l’auteur de penser la question du mal par le biais d’une allégorie. Le mal prend ainsi dans son œuvre une forme concrète, celle de la peste, qui menace toute la population de mort d’une ville. Face à l’épidémie, plusieurs postures sont envisagées par Camus à travers ses personnages : la lutte, la résignation, l’opportunisme, l’individualisme… Œuvre du cycle de la révolte qui lui valut le Prix Nobel quelques années plus tard, ce roman se distingue par sa portée philosophique, et plus particulièrement par le message humaniste qu’il cherche à porter.

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30 Sep

« La Douleur », Duras – écrire pour oublier

Milieu des années 1980, une revue sollicite Marguerite Duras pour qu’elle lui retrouve un texte de jeunesse à publier. Dans ses recherches, Duras tombe sur un journal qu’elle avait oublié, dans les placards de sa maison à Neauphle-le-Château. Ce journal, « La Douleur », elle l’a commencé en avril 1945, quand dans la France libérée, elle espérait le retour de son mari, Robert Antelme, résistant fait prisonnier politique et envoyé dans un camp un an plus tôt. L’écriture de ce journal apparaît comme un exutoire, elle a une fonction cathartique : il s’agit de dire l’indicible, de dire la douleur, l’attente, l’horreur. Ce texte devenu l’une des œuvres centrales de la littérature concentrationnaire démontre l’un des pouvoirs de l’écriture : celui d’aider à oublier.

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29 Août

« Paradiso » de José Lezama Lima – initiation au déchiffrement du monde

José Lezama Lima, poète, critique et romancier, est souvent désigné comme le « Proust cubain ». Un tel rapprochement se fait à la faveur de son premier roman Paradiso, incontournable de la littérature de son pays quoique censuré dès sa publication. En réalité, premier et dernier, de son vivant du moins, car ne paraîtra qu’après sa mort la suite de Paradiso, Oppiano Licario, œuvre inachevée. Auteur à œuvre unique, mis à part ses poèmes et ses articles dans les revues culturelles cubaines, qui brassent les littératures étrangères, il déploie dans ce roman innervé d’autobiographie, dans lequel le « je » surgit parfois à la place du « il », toute une perception du monde, profondément poétique.

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08 Juil

« Les Faux-Monnayeurs » de Gide – la médaille et son revers

Gide dit des Faux-Monnayeurs qu’ils sont son premier roman. Ce faisant il distingue nettement cette œuvre de ses précédentes, qualifiées de soties ou de récits. La différence majeure avec ces derniers est qu’il ne s’inspire pas cette fois de son expérience autobiographique, mais qu’il assume que son œuvre relève de la fiction. Une fiction d’autant plus sensible qu’elle joue avec les codes du romanesque pour mieux les désamorcer, qu’elle se met elle-même en scène par de multiples mises en abyme, au point que le roman en vient à tisser une réflexion sur lui-même, à une période cruciale de son évolution à l’époque moderne.

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