Citations et extraits

11 Mai

L’artiste, un être à la sensibilité exacerbée selon Bergson

Quel est l’objet de l’art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature. Nos yeux, aidés de notre mémoire, découperaient dans l’espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. Nous entendrions chanter au fond de nos âmes, comme une musique quelquefois gaie, plus souvent plaintive, toujours originale, la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure.

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08 Mar

« Quarttet » d’Heiner Müller [extrait] – la marquise de Merteuil rêve…

MERTEUIL : Valmont. Je la croyais éteinte, votre passion pour moi. D’où vient ce soudain retour de flamme. Et d’une passion si juvénile. Trop tard bien sûr. Vous n’enflammerez plus mon cœur. Pas une seconde foi. Jamais plus. Je ne vous dis pas cela sans regret, Valmont. Certes il y eu des minutes, peut-être devrais-je dire des instants, une minute c’est une éternité, où je fus, grâce à votre société, heureuse. C’est de moi que je parle, Valmont. Que sais-je de vos sentiments à vous.

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01 Mar

« Humiliés et offensés » de Dostoïevski [extrait] : derrière le masque, la grimace

– Voilà, mon poète, je veux vous ouvrir un secret de la nature dont j’ai l’impression que vous l’ignorez. Je suis convaincu que vous me traitez de pêcheur, au moment où nous sommes, et même peut-être de crapule, de monstre de débauche et de perversion. Mais voilà ce que je vais vous dire !

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01 Jan

Manger et boire pour s’approprier le monde selon Rabelais

Le manger et le boire sont une des manifestations les plus importante de la vie du corps grotesque. Les traits particuliers de ce corps sont qu’il est ouvert, inachevé, en interaction avec le monde. C’est dans le manger que ces particularités se manifestent de la manière la plus tangible et la plus concrète : le corps échappe à ses frontières, il avale, engloutit, déchire le monde, le fait entrer en lui, s’enrichit et croît à son détriment. La rencontre de l’homme avec le monde qui s’opère dans la bouche grande ouverte qui broie, déchire et mâche est un des sujets les plus anciens et les plus marquants de la pensée humaine.

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09 Oct

« La Peste » de Camus [extrait] – l’homme confronté à un fléau

Le mot de « peste » venait d’être prononcé pour la première fois. A ce point du récit qui laisse Bernard Rieux derrière sa fenêtre, on permettra au narrateur de justifier l’incertitude et la surprise du docteur, puisque, avec des nuances, sa réaction fut celle de la plupart de nos concitoyens. Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus.

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30 Août

« Paradiso » de José Lezama Lima [extrait] : deux chenilles au cinéma

Cemí était encore trop marqué par cette matinée quand il décida de descendre à pied jusque chez lui par San Lázaro. Il se remémorait ce que Fronesis et Foción avaient dit avec une apparence d’objectivité. Il pensait aussi au roman qui se cachait sous ces paroles. Mais il ne parvenait pas à reconstituer de quelle façon s’hypostasiaient les discours entendus. Il avait fait la connaissance de Fronesis grâce à une excursion et à une histoire racontée par lui. En dehors de son oncle Alberto, ç’avait été la seule personne qui se fût tournée vers lui. Il sentait que la rencontre de Foción participait du hasard, alors que dans celle de Fronesis il y avait élection. Il sentait aussi que, dans ce hasard et dans ce choix, il y avait une égale profondeur, un destin identique.

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04 Juil

« La Porte étroite », Gide [extrait] – épilogue

J’ai revu Juliette l’an passé. Plus de dix ans s’étaient écoulés depuis sa dernière lettre, celle qui m’annonçait la mort d’Alissa. Un voyage en Provence me fut une occasion de m’arrêter à Nîmes. Avenue de Feuchères, au centre bruyant de la ville, les Teissières habitent une maison d’assez belle apparence. Bien que j’eusse écrit pour annoncer ma venue, j’étais passablement ému en franchissant le seuil.

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09 Mai

« L’Idiot » de Dostoïevski [extrait] – vivre pour de bon

« … Mais il vaut mieux que je vous raconte ce que m’a dit un autre homme que j’ai rencontré l’année dernière. Il y avait là une circonstance très étrange, étrange en ce que, finalement, ce genre de cas est rarissime. Cet homme avait déjà été traîné, avec d’autres, sur l’échafaud, et on lui avait lu sa sentence de mort : fusillé, pour crime politique.

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