Catégorie : Spectacles

« Jours de joie » d’Arn Lygre, mis en scène par Stéphane Braunschweig au Théâtre de l’Odéon – que la joie demeure

Le premier spectacle de la saison au Théâtre de l’Odéon s’annonce comme un programme, voire un viatique pour l’année à venir : « Jours de joie ». C’est une nouvelle pièce de l’auteur norvégien Arn Lygre que Stéphane Braunschweig traduit par ce titre en collaboration avec Astrid Schenka, et qu'il crée en France après Homme sans but, Je disparais, Rien de moi et Nous pour un moment. Avec ce spectacle, on retrouve la singularité de l’écriture de Lygre et l’exploration très fine qu’elle permet des relations humaines, exploration qui invite à méditer sur les nôtres.
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« Mes parents » de Mohamed El Khatib au Théâtre des Abbesses – photo de classe de la promo X de l’École du TNB

Le Festival d’Automne à Paris programme cette année un nouveau spectacle de Mohamed El Khatib après C’est la vie, Stadium, La Dispute et Boule à neige. Mes Parents est issu d’un atelier qu’il a mené en tant qu’intervenant au Théâtre National de Bretagne, avec la promotion X de l’École. Durant cet atelier d’écriture « documentaire », qui s’est en partie déroulé en distanciel, il a invité les élèves à se présenter au travers de leurs parents. De là est né un spectacle créé trois ans après la fin de leur formation, spectacle d’une heure dans lequel on retrouve les travers de la démarche artistique d’El Khatib mais qui a au moins pour mérite de donner à connaître quelques membres de cette promotion.
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« Iliade » et « Odyssée » de Pauline Bayle au Théâtre Public de Montreuil – adapter Homère sans représenter l’épopée

La nouvelle saison du Théâtre Public de Montreuil est inaugurée avec un diptyque de la metteuse en scène Pauline Bayle récemment nommée directrice du lieu, Iliade et Odyssée. Le premier volet a été créé en 2015 au Théâtre de Belleville, puis présenté au Off d’Avignon. Le deuxième, produit par la MC2 Grenoble, date de 2017. Le diptyque constitué a reçu en 2018 le Prix Jean-Jacques-Lerrant de la révélation théâtrale, décerné par le Syndicat de la Critique. Depuis, la metteuse en scène a créé Chanson douce au Studio de la Comédie-Française, Illusions perdues d’après Balzac, et Les Suppliantes d’après Eschyle, dans le cadre du projet « Adolescence et territoire(s) ». Pour entamer son mandat de directrice, Pauline Bayle revient à ces deux spectacles qui l’ont propulsée dans le paysage théâtral et le pose comme geste fondateur de sa pratique, caractérisée par l’adaptation de textes épiques ou romanesques.
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« Sovrimpressionni » de Daria Deflorian et Antonio Tagliarni à la Ménagerie de verre – performer le caractère antiperformatif du vieillissement

En 2015, le Festival d’Automne à Paris découvrait au public français le travail d’un duo italien, Daria Deflorian et Antonio Tagliarni, avec deux spectacles : Ce ne andiamo per non darvi altre preocupazioni et Reality. Entre temps, d’autres spectacles ont été invités, en 2016, 2018 et 2021, qui tous ont continué de dialoguer avec des œuvres existantes, d’artistes connus – Pina Bausch, Andy Warhol –, ou moins connus – Janina Turek, Pétros Markaris, Michelangelo Antonioni. Leurs derniers spectacles, Avremo ancora l’occasione di ballare insieme et Sovrimpressionni sont tous deux inspirés d’un film de Fellini, Ginger et Fred. À partir d’une scène en particulier, Deflorian et Tagliarni tissent une réflexion intime sur le vieillissement, leur vieillissement, en tant qu’artistes.
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« Quizoola ! » du Forced Entertainment à l’Espace Pierre Cardin – dialogue impromptu, sans fin ni début

Après quelques semaines de trêve pendant le mois d’août, la saison théâtrale est inaugurée par le Festival d’Automne à Paris. Parmi les événements organisés pour le week-end d’ouverture, était programmé un spectacle de la compagnie britannique Forced Entertainment, la même à qui était consacré tout un portrait l’an dernier. Onze mois après Complete Works : Table top Shakespeare, le public se retrouve ainsi au même endroit, à l’Espace Cardin, pour retrouver deux membres du collectif. Le rendez-vous n’est pas précis : à partir de 19 heures, sont proposées quelques trois heures de « performance-marathon », au cours desquelles le public se trouve libre d’entrer et de sortir à sa guise. Dans le flux de questions et de réponses échangées au plateau, dans une ambiance intime, cette autorisation qu’a pu également donner Bob Wilson se révèle ici authentique.
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« Les Gros patinent bien, cabaret de carton » de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan au Centre culturel irlandais – dessin animé live et grandeur nature

Une ambiance de festival anime le Centre culturel irlandais. La cour blanche a été transformée en lieu de spectacle grâce à des gradins démontables, le public est nombreux malgré la chaleur, et la scène, entourée de platanes, a des toits parisiens pour toile de fond. Le Festival Paris l’Été, qui permet que la saison théâtrale ne s’achève pas en hoquetant au milieu du mois de juin, propose des expositions, des ateliers, des spectacles et des concerts jusqu’à la fin du mois de juillet. Parmi les œuvres programmées, plusieurs sont des reprises, comme Les Gros patinent, cabaret de carton, spectacle créé en juin dernier et depuis récompensé par le Molière du meilleur spectacle du théâtre public. Né de la complicité de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan, il démontre une ingéniosité fascinante qui procure un plaisir juvénile.
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« Leurs enfants après eux » d’Hugo Roux au Théâtre 11 – portrait vigoureux d’une jeunesse désenchantée

Le Théâtre 11 est de ces salles, comme le Train bleu ou la Manufacture, dont la programmation est à suivre de près dans le Off d’Avignon, car les artistes qui y sont programmées une année peuvent se retrouver dans le IN l’année suivante. À 22h15, en salle 2, Hugo Roux présente une adaptation de Leurs enfants après eux, roman de Nicolas Mathieu paru en 2018, récompensé par le prix Goncourt et plébiscité par de nombreux lycéens qui choisissent de présenter cette œuvre à l’oral du bac de français. L’adaptation, qui implique sept acteurs au plateau et une ample scénographie qui ne cesse de se métamorphoser, est ambitieuse. Après le roman, elle parvient ainsi à immerger dans les intrigues estivales d’une ville de province, pendant la dernière décennie du XXe siècle.
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« مِلْك MILK » de Bashar Murkus à L’Autre Scène du Grand Avignon – monument à la gloire des mères en temps de guerre

Après Le Musée l’année dernière, le metteur en scène palestinien Bashar Murkus a de nouveau été invité à Avignon avec مِلْك MILK, présenté à Vedène. Dans le programme du Festival, مِلْك MILK porte deux étiquettes : « spectacle » et « indiscipline ». La première permet de distinguer les spectacles des concerts, expositions et lectures que comprend également la programmation. La deuxième caractérise le spectacle par élimination : ce n’est ni du théâtre, ni de la danse, ni de la performance. Quoique le spectacle ne provoque pas un bouleversement total des cadres d’appréhension, que le travail de Castellucci nous y ait préparé de loin en loin, la classification paraît juste. مِلْك MILK s’apparente à une grande fresque plastique, un tableau mouvant sans paroles qui offre des images permettant de penser les deuils impossibles des mères et des enfants.
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« Sans tambour » de Samuel Achache au Cloître des Carmes – symphonie d’émotions hors des mots

Sept ans après Fugue au Cloître des Célestins, Samuel Achache est invité à investir un autre Cloître du Festival d’Avignon, celui des Carmes, avec sa nouvelle création, Sans tambour. Le public est nombreux, mondain, pressé de s’offrir un de ces objets incomparables dont l’artiste a le secret, objet composé de musique et d’humour, dont la clé dramaturgique nous reste secrète mais qui nous invite pour cette raison à un investissement subjectif conséquent. Avec ce spectacle, Achache fait du spectateur un être de pure émotion, bien en peine de rendre compte de tout ce qu’il a vu et entendu et de tout ce qui l’a traversé.
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« À ne pas rater » de Nicolas Heredia à la Manufacture – leçon de modestie

La Manufacture a programmé un spectacle au titre racoleur, en particulier dans le contexte du Off du Festival d’Avignon où tractages et parades cherchent chaque fois à vous convaincre qu’il ne faut absolument pas rater ce spectacle extraordinaire ! Les photos d’À ne pas rater sont cependant sobres et le texte de présentation facétieux. La réclame paraît en décalage avec le titre, et ce pied de nez titille, intrigue, donne envie de prendre le risque. Fallait-il ne pas rater ce spectacle ? Sera-t-il de ceux dont on fera la promotion à chaque détour de conversation avignonnaise en disant : il faut absolument que tu le voies ! ? Pas sûr… et pourtant, on ne regrette pas de l’avoir vu, on s’en féliciterait presque.
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