Catégorie : Spectacles

« Nous pour un moment » d’Arne Lygre, mis en scène par Stéphane Braunschweig – fugue sur la fragilité des liens entre les hommes

Avec Nous pour un moment, Stéphane Braunschweig poursuit son compagnonnage avec l’auteur norvégien Arne Lygre, qu’il a initié en 2011 avec Je disparais, du temps de sa direction de la Colline. Avant de monter cette pièce, Braunschweig l’a co-traduite avec Astrid Schenka, s’immergeant ainsi profondément dans sa langue et sa structure. Une fois metteur en scène et scénographe, il en déploie la dramaturgie complexe, semblable à une fugue dont le thème poursuivi est celui de l’insurmontable solitude des êtres.
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« A Pink Chair (In Place of a Fake Antique) » du Wooster Group, d’après Kantor – théâtre palimpseste

Une des tendances du théâtre actuel semble être son désir de penser son histoire sur scène et de faire revivre ses grands moments. Tandis que le Berliner Ensemble présente dans le monde entier les créations historiques des pièces de Brecht, et que Bob Wilson a recréé il y a quelques années son Einstein on the Beach, Gwenaël Morin, lui, a récemment recréé Paradise du Living Theatre et les Molière de Vitez. Ces démarches tantôt versent dans la muséification, qui fige les spectacles et amenuise leur puissance originelle, tantôt aspirent à la réactivation au présent de principes artistiques éprouvés par le passé. Avec A Pink Chair, le Wooster Group explore une autre voie encore, celle de la mémoire : il ne prétend pas à une restitution à la lettre d’un spectacle de Kantor, d’après archives, et ne se contente pas non plus de reprendre ses principes artistiques. Le point d’approche choisi est celui de l’intimité.
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« Les Bonnes » mis en scène par Robyn Orlin à la Bastille – jeux de miroir entre théâtre et cinéma

Robyn Orlin, chorégraphe célèbre d’Afrique du Sud, au travail reconnu, s’essaie pour la première fois à la mise en scène avec Les Bonnes de Genet. Son spectacle est présenté à la Bastille, dans le cadre du Festival d’Automne qui l’a déjà plusieurs fois accueillie auparavant avec des spectacles de danse aux longs titres ponctués de points de suspension. Pour cette dernière création qui l’entraîne du côté du théâtre, l'artiste assume des partis-pris forts : confier les rôles des bonnes à des hommes noirs, et accorder une place déterminante à la vidéo sur scène. Ces choix amplifient le vertige de la dramaturgie emboîtée de Genet, et fait percevoir sa profondeur – mais jusqu’à un certain point seulement.
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« La Gioia » de Pippo Delbono au Théâtre du Rond-Point – troubles de présence pour dire une absence

Sur la scène du Théâtre du Rond-Point, Pippo Delbono annonce en personne, micro à la main, un spectacle en hommage à Bobò, un des membres emblématiques de sa compagnie. Un spectacle en forme de mausolée, intitulé « la joie ». Un spectacle qui commence sur une scène absolument vide et s’achève avec un tableau rococo débordant de fleurs, dans le style de Fragonard. Un spectacle qui travaille de multiples formes de présence pour contrer l’absence.
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« Place » de Tamara Al Saadi au T2G – art-thérapie pour schizophrénie avérée

Pour quelques dates seulement, est repris au T2G un spectacle présenté l’an dernier au Festival Impatience, consacré au théâtre émergent, récompensé du prix du jury et de celui des lycéen.ne.s. Il s’agit de Place de Tamara Al Saadi, qui s’interroge sur celle que les « étrangers » cherchent à occuper dans notre société française. Le terme entre guillemets désigne des individus issus d’immigrations plus ou moins récentes, profondément déchirés entre leurs racines familiales et le monde dans lequel ils essaient de se fondre. La jeune metteuse en scène aborde cette question profondément actuelle depuis une perspective intime qui ne peut que toucher, et crée à partir d’elle un spectacle aux multiples qualités.
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« L’Absence de père » de Lorraine de Sagazan – trentenaires d’aujourd’hui, génération perdue

La nouvelle salle de la MC93 de Bobigny a été transformée en arène pour le spectacle de Lorraine de Sagazan, L’Absence de père. Le public est en effet réparti sur quatre côtés, autour d’un grand carré sur lequel est reconstitué un intérieur, composé de plusieurs espaces – une table commune, un coin salon, un coin chambre, et deux boudoirs. C’est sur ce plateau que prend forme une adaptation de Platonov, pièce de Tchekhov, grâce à laquelle la metteure en scène s’interroge sur la génération des trentenaires d’aujourd’hui – une génération perdue.
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« The Way She Dies » de Tiago Rodrigues à la Bastille – déclaration d’amour, à la littérature

Après Bovary en avril 2016, Tiago Rodrigues s’attaque à une autre grande héroïne de la littérature, Anna Karénine, dans The Way She Dies. Avec ce titre, il attire d’emblée l’attention sur la mort célèbre du personnage, qui se jette sous les roues d’un train dans la gare-même où elle avait rencontré son amant Vronski. La mise en valeur du suicide du personnage laisse croire à une reconstitution de l’histoire qui y a mené. Néanmoins, l’approche de Tiago Rodrigues est tout autre, et cet épisode qui paraît au centre de l’adaptation n’en est en réalité que le point de fuite. Le travail mené par l’auteur avec deux membres du tg STAN et deux acteurs portugais déplace en effet le centre de gravité du spectacle, du suicide d’Anna Karénine à sa séparation avec son mari, du tragique romanesque au quotidien, plus proche, plus sensible et ainsi plus appropriable.
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« Oreste à Mossoul » de Milo Rau aux Amandiers – beau comme la rencontre fortuite sur une scène de théâtre d’un texte et d’une ville

La rentrée théâtrale est une fois de plus animée par le Festival d’Automne, qui, pour la troisième année consécutive, invite le metteur en scène suisse Milo Rau à présenter sa dernière création. Oreste à Mossoul illustre à nouveau la singularité de son théâtre, constamment préoccupé par le réel, attentif au monde dans lequel nous vivons, et en même temps soucieux de démontrer sa nécessité en tant que geste artistique. Le titre de ce spectacle, qui unit une figure de la tragédie antique au nom d’une ville d’Irak, devenue le théâtre de la guerre menée par l’Etat islamique ces dernières années, puis son symbole, exprime la recherche de cet équilibre fragile qui donne toute sa pertinence à la démarche de Rau.
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« Le Casque et l’enclume » au Théâtre des Carmes – rêves pour le théâtre à venir

Alors qu’une majeure partie des spectacles proposés dans le Off d’Avignon s’évertuent à raconter des histoires, comme voulant répondre à un besoin inconscient du publicou plus largement de notre époque, d’autres, comme Le Casque et l’Enclume, entreprennentplutôt de mener une réflexion surle théâtre. Pour mettre l’époque contemporaine en perspective, les deux metteurs en scène Cyril Cotinaut et Sébastien Davis convoquent l’histoire théâtrale se proposent de répondre à la question : quel théâtre rêvait-on pour 2018 en 1968, quand s’esquissaient les contours d’une révolutions culturelle au retentissement mondial ?
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