11 Mai

L’artiste, un être à la sensibilité exacerbée selon Bergson

Quel est l’objet de l’art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature. Nos yeux, aidés de notre mémoire, découperaient dans l’espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. Nous entendrions chanter au fond de nos âmes, comme une musique quelquefois gaie, plus souvent plaintive, toujours originale, la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure.

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16 Juin

« Si c’est un homme » de Primo Levi – l’éloquence de l’indicible

Si c’est un homme de Primo Levi est une des œuvres de la littérature concentrationnaire les plus connues aujourd’hui. Elle relate l’expérience de l’auteur, chimiste italien incarcéré au camp de Monowitz, à Auschwitz, en janvier 1944, qui a survécu là-bas jusqu’à la libération – ou plutôt l’abandon du camp par les SS – en janvier 1945. Ce récit, virtuellement commencé dès le camp, où il s’impose comme un témoignage nécessaire pour faire connaître cette réalité, est pour de bon mis en œuvre dès le retour de l’auteur chez lui plusieurs mois après sa libération, et lentement composé pendant un an. L’enjeu de cette écriture est de dire l’indicible, de rendre compte de l’irracontable, d’une horreur telle que face à elle les mots sont impuissants. Mais l’auteur ne renonce pas pour autant et s’évertue à faire état de ce qui a eu lieu, et cette impossibilité qui parcourt tout le texte devient puissamment éloquente.

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22 Mai

« Confesiones » par le Grupo Yuyachkani – « My Life in Art »

Parmi tous les événements qui animent La Havane en ce mois de mai – le Festival du film français, le mois de la culture française, la biennale du design… – figure aussi le Mayo Teatral. Pour sa huitième édition depuis 2001, ce festival de théâtres d’Amérique latine et des Caraïbes met à l’honneur le « Grupo », la compagnie, le collectif, mode de création et de production majeur de cette région du monde. Parmi les spectacles accueillis, le Grupo Yuyachkani – « je pense, je me souviens » en quechua –, l’un des plus importants du Pérou, qui fête cette année ses 45 ans, reprend Confesiones, créé en 2013 et mis en scène par Miguel Rubio Zapata. 

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05 Déc

« The Ventriloquists Convention » de Gisèle Vienne aux Amandiers : l’étrangeté de l’étranger en soi

Quelques mois après This Is How You Will Disappear, Gisèle Vienne, artiste associée au Théâtre Nanterre-Amandiers depuis presque un an, y présente cette fois The Ventriloquists Convention dans le cadre du Festival d’Automne. Point de forêt ni de brume inquiétante dans ce spectacle, dont le texte est signé par Dennis Cooper, son acolyte depuis onze ans, mais tout de même de multiples formes d’étrangetés et de troubles produites par la présence sur scène de marionnettes – qui inscrit le spectacle dans la lignée de Jerk – mais aussi de ventriloques. Suivant un parcours du rire aux larmes, le spectacle propose une enquête sur l’intime et sur notre rapport à la mort.

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21 Juin

« Contre Sainte-Beuve » de Proust

1908, Proust a renoncé à écrire La Recherche. Malgré la fièvre et la fatigue, il rédige pour Le Figaro un article, « Contre Sainte-Beuve », qui prend la forme d’une « conversation avec maman », et devient finalement un essai conséquent sur la littérature, et plus encore, un embryon du livre qu’il décide de reprendre après cette expérience. Aux reproches adressées au critique littéraire, se mêlent ainsi dans cette œuvre inclassable les commentaires sur quelques grands auteurs, et une collection de souvenirs que l’on retrouve amplifiés dans A la Recherche du temps perdu.

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19 Jan

« Platonov » de Tchekhov à la Colline, vivant et mélancolique

Le parcours du collectif Les Possédés avait commencé en 2004 avec Oncle Vania de Tchekhov. Après avoir monté des œuvres de Lagarce, Mauvignier, Céline ou John Cheever, chaque fois en quête de ce qu’elles disent sur l’humain, ils reviennent à ce premier auteur et s’attaquent à sa toute première pièce, Platonov. Longtemps resté sans titre, ce texte retrouvé après sa mort a récemment fait l’objet d’une nouvelle traduction signée par André Markowicz et Françoise Morvan, dans une langue moderne qui rend compte de la vitalité des paroles des personnages, paroles dont s’emparent sans peine les Possédés. Le spectacle présenté à la Colline est une lente traversée de l’œuvre, une immersion aussi insolente et drôle que tragique, qui se soumet à la langueur de la pièce tout en offrant une image vivifiante de la vie, aussi désespérée soit-elle.

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06 Déc

« Macbeth » de Shakespeare au Théâtre du Soleil

A l’occasion des cinquante ans de la troupe qu’elle a fondée en 1964, Ariane Mnouchkine propose après plusieurs années de création une mise en scène de Macbeth. Ce choix d’une pièce de Shakespeare permet de ressaisir l’histoire du Théâtre du Soleil, ponctuée par plusieurs des œuvres de cet auteur, Le Songe d’une nuit d’été en 1968, puis Richard II, La Nuit des rois et Henry IV entre 1981 et 1984. Néanmoins, ce nouveau spectacle ne s’inscrit pas uniquement dans la continuité de tant d’années, mais aussi en rupture, en laissant de côté l’esthétique qui a fait la renommée de cette troupe universellement connue, inspirée par les sources du théâtre oriental, notamment le Nô et le Kabuki japonais ou le Kathakali indien. Nourrie au contraire de références contemporaines, cette mise en scène s’efforce à tous prix de représenter la pièce de Shakespeare, au sens propre, de donner un équivalent visuel à ce drame monumental.

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22 Nov

« L’Idiot » de Fiodor Dostoïevski

L’Idiot paraît pour la première sous forme de feuilleton, en 1869, dans la revue Le Courrier russe. Lors de la rédaction de cette œuvre, Dostoïevski vit en Europe suivant les recommandations de ses médecins en conséquence de ses nombreuses crises d’épilepsie, et il joue toute sa fortune dans l’espoir vain de se libérer de ses dettes. Dans ce contexte d’écriture se trouvent deux thèmes essentiels de l’œuvre, qui sont l’épilepsie, qui touche le héros du roman, et l’argent, omniprésent, qui pervertit toutes les relations nouées entre les personnages. A partir de ces deux éléments, l’auteur bâtit un drame extrêmement concentré, qui s’étend sur quelques mois seulement, au cours duquel chaque décision prise est une mise en jeu de sa propre vie.

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13 Juil

« Shéda » de Dieudonné Niangouna à la Carrière de Boulbon

La mythique Carrière de Boulbon est proprement investie par Dieudonné Niangouna, artiste associé du Festival d’Avignon avec Stanislas Nordey. Les organisateurs du festival ont cette année réuni deux artistes très différents : alors que Par les villages est reçu comme un théâtre de texte, purement dévoué à l’œuvre de Peter Handke, dans Shéda le matériau textuel semble s’effacer, totalement absorbé par la vie, dont ce spectacle est entièrement fait.

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28 Juil

« Les Nourritures terrestres » d’André Gide – hymne à la joie

Les Nourritures terrestres sont la grande œuvre de Gide, celle sans quoi la connaissance de l’auteur est incomplète. Elle est pourtant étonnamment différente de La Symphonie pastorale, des Faux-monnayeurs ou de La Porte étroite qui adoptent la forme romanesque. Long poème en prose, manuel de philosophie hédoniste ou récit de voyage, elle se lit comme un éloge exalté de la nature et des sens.

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