« Jusque dans vos bras » des Chiens de Navarre aux Bouffes du Nord – le rire contre les larmes
Depuis Quand je pense qu’on va vieillir ensemble en 2013 et les Armoires normandes en 2015, qui sondaient respectivement nos névroses et notre rapport à l’amour, le collectif les Chiens de Navarre ont pris le temps de travailler à leur nouveau spectacle, Jusque dans vos bras, créé en juin 2017 à Lyon. Se faisant cette fois la caisse de résonance de l’actualité, particulièrement vive et suivie pendant la campagne présidentielle, ils entreprennent ici d’interroger le concept d’identité française. Pour traiter ce thème pour le moins problématique, de grandes figures de l’histoire nationale sont invoquées avec humour et provocation, et des réalités délicates sont évoquées selon une approche très peu politiquement correcte. Ces détours permettent de penser l’impensé ou l’impensable, d’apprivoiser des idées lointaines ou étrangères, et d’élaborer des scénarios utopiques. Mais ces exercices de gymnastique intellectuelle ne sont jamais à prendre tout à fait au sérieux, et ce qui domine, avant toute chose, c’est le plaisir de la dérision et du jeu.
Si le personnage, ou au moins son efficacité, sa puissance imaginaires (et avec lui tout l’appareil de ses lieux, temps, actions supposés, ou au moins leur capacité d’envoûtement), ont déserté l’espace de la représentation théâtrale, cela signifie que sur scène, désormais, ne reste que le jeu. Bien sûr, on y croise encore des personnages, et des effets imaginaires liés aux rôles. Mais ce sont désormais des effets secondaires, qui ne soutiennent plus la singularité du théâtre, et ne portent plus en eux, ni avec eux, la raison de sa nécessité.

Depuis Berliner Mauer : Vestiges, leur spectacle de fin d’études au Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique, qui avait été présenté en 2015 au TGP de Saint-Denis notamment, Julie Bertin et Jade Herbulot ont été propulsées au plus haut – à savoir le In du Festival d’Avignon. Pour cette 71ème édition, elles se sont en effet vues offerte la possibilité de présenter deux créations, qu’elles ont inscrites dans la continuité de leurs précédents spectacles et qui achèvent un cycle de quatre spectacles appelé Europe, mon amour. Après avoir tenté de penser l’édification de la chute du Mur de Berlin, dans une œuvre mémorable qui mêlait à un immense travail de documentation l’audace scénographique, puis le passage de l’an 2000 dans Pour un prélude, elles poursuivent avec Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes leur réflexion sur l’Europe du XXe siècle.





Dans le cadre du Festival d’Automne, les Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini présentent à la Colline deux spectacles, Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni et Reality. En plus d’être le fruit de la collaboration des deux artistes, metteurs en scène et comédiens pour ces créations, de se partager le même cahier-programme, leur esthétique est commune, mise au service d’une réflexion sur le rapport du théâtre au réel, sa capacité à le représenter et à l’interroger. De l’un à l’autre, pourtant, les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, et par conséquent leurs effets, la perception que l’on peut en avoir.