24 Jan

« 10 Millones » de Carlos Celdrán – décharge collective

Vingt ans après la création de sa compagnie, Argos Teatro, le metteur en scène Carlos Celdrán a créé l’année dernière 10 Millones. Un de ces spectacles rapidement pris d’assaut par le public cubain, une fois encensé par le bouche à oreille qui fait ici office de réclame. Après plusieurs mois à attendre que la compagnie revienne de tournée, l’œuvre finalement découverte s’est révélée à la hauteur de l’engouement qu’elle a suscité, tant du point de vue théâtral que des problématiques aigües qu’elle charrie.

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12 Déc

« Rouge décanté » d’après Jeroen Brouwers à la Bastille : nouveau choc esthétique et émotionnel signé Cassiers

Après plus de dix ans de tournée et de reprises régulières, Guy Cassiers présente enfin son Rouge décanté à Paris. Les retrouvailles avec le metteur en scène ont lieu au Théâtre de la Bastille, où le même acteur depuis la création du spectacle reprend le rôle qu’il est capable d’interpréter en plusieurs langues. Comme dans Cœur ténébreux – le point de départ d’une fidélité sans faille au travail de Cassiers –, l’adaptation du roman autobiographique de Jeroen Brouwers se bâtit autour d’un seul homme, mais le recours à la technique, et notamment à la vidéo, multiplie les effets de présence. La perception ainsi mise en jeu par la scène, la dramaturgie est une nouvelle fois offerte à la sensibilité de façon suraigüe.

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18 Nov

« Ça ira (1) Fin de Louis » de Pommerat aux Amandiers : ça ira, oui, il faut bien que ça aille, alors ça ira

Après Au monde l’an dernier, Joël Pommerat propose une nouvelle création au Théâtre Nanterre-Amandiers, Ça ira (1) Fin de Louis. Le chiffre entre parenthèses du titre suggère qu’il s’agit là du premier volet d’une suite, d’une première partie, consacrée à la Révolution Française, de son avant, depuis 1787, à son après, jusqu’en 1791. Abordant pour la première fois le territoire de l’Histoire, Pommerat n’en renonce pas moins à la singularité de sa démarche, bien au contraire. Plutôt que de se contenter de reconstituer les faits et d’en donner la représentation, il met en récit les événements et propose à partir d’eux un déplacement du regard, un nouveau rapport au passé, extrêmement contemporain.

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09 Nov

« Fin de l’histoire » d’après Witold Gombrowicz à la Colline : monceaux d’histoires et d’Histoire

Trois ans après Nouveau Roman, Christophe Honoré revient à la Colline pour présenter Fin de l’histoire. Des écritures de Duras, Simon, Sarraute, Mauriac, Butor ou Robbe-Grillet, il passe à la pensée de Gombrowicz, sans autre transition que celle du temps et de tout ce qui le transforme en durée. De l’un à l’autre spectacle pourtant, des constantes : un décor imposant et stylisé, qui évoque une époque passée, un espace jonché de micros qui multiplient les strates sonores, et une composition dramaturgique qui mêle les sources et les irrigue d’un travail au plateau.

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28 Mar

« Mary Stuart » de Schiller à la MAC de Créteil : battle sur la scène d’Ivo van Hove

Ivo van Hove est un metteur en scène belge, directeur du Toneelgroep d’Amsterdam, proche du flamand Guy Cassiers. Il revient cette année à la Mac de Créteil, dans le cadre du Festival EXIT, avec dix comédiens avec lesquels il présente sa dernière création, Mary Stuart. A travers le jeu des acteurs et l’emploi des micros HF et de la vidéo, on retrouve dans ce spectacle un peu de la pâte flamande rendue familière par les spectacles de Guy Cassiers, en particulier Bloed en Rozen et Orlando, proches de cette pièce par leurs sujets. Dans Mary Stuart, ces éléments scéniques entrent tous au service d’une lecture sensible du drame de Schiller.

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08 Mar

« Toujours la tempête » de Peter Handke aux Ateliers Berthier – Le souffle épique de la mémoire

Alain Françon réunit autour de lui les comédiens qui lui sont chers pour sa dernière création, présentée aux Ateliers Berthier de l’Odéon. Toujours la tempête, texte de Peter Handke publié en 2012, est un récit épique qui touche à la mémoire et à l’histoire, à la traversée de la Deuxième Guerre mondiale par une famille de Slovènes de Carinthie, reconstituée par leur descendant, Peter Handke lui-même devenu narrateur, qui rend vie aux morts. Les 3h30 de spectacle sont portées par les comédiens, dirigés avec une précision qui les tient à distance de toute emphase, et dans une simplicité scénique qui focalise l’attention sur leur jeu et sur le texte.

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12 Fév

« Berliner Mauer : Vestiges » par le Birgit Ensemble au TGP – Côté Est

Ils sont quinze et se sont rencontrés au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique. Ils sont tous nés entre 1986 et 1990 et ils ont créé au cours de leur dernière année d’étude Berliner Mauer : vestiges, mis en scène par Julie Bertin et Jade Herbulot, depuis retravaillé et présenté ce mois-ci au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Après avoir rassemblé toute une série de documents, des textes, des films, des archives audio et vidéo et des témoignages, le Birgit Ensemble a conçu un spectacle dont le but est de faire revivre l’histoire du mur en Berlin. S’ils ont choisi cet événement, c’est qu’il marque la fin de la Seconde Guerre mondiale, la fin de la Guerre froide, et le début d’un monde désormais uniforme du point de vue idéologique et politique, né en même temps qu’eux et dont on est encore les héritiers aujourd’hui. La mise en œuvre est à la hauteur du projet, ambitieux : ce soir-là, j’ai vécu à Berlin Est, j’ai vibré et j’ai ri, j’ai entrevu l’Histoire sur un mode sensible et subjectif, par la scène.

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23 Sep

« Mère Courage » de Bretolt Brecht au Théâtre de la Ville : de 1954… à 1954

Soixante ans après la première représentation de Mère Courage en France, le Berliner Ensemble revient cet automne au Théâtre Sarah Bernhardt, depuis rebaptisé Théâtre de la Ville. La compagnie, créée par Brecht et sa femme Helene Weigel, donne l’occasion de découvrir l’une des pièces les plus connues de Brecht, une pièce qui a véritablement révolutionné le théâtre européen et a ouvert la possibilité d’une alternative à ce que Roland Barthes appelait le théâtre populaire. La mise en scène de Claus Peymann est extrêmement fidèle au texte et elle laisse la part belle aux comédiens, mais le spectacle n’ébranle pas le spectateur d’aujourd’hui avec la même force que celui de 1954.

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17 Juin

« Orlando » de Virginia Woolf

Virginia Woolf dit d’Orlando dans son Journal que ce roman n’est qu’une farce, « une récréation d’écrivain ». Le sujet, le ton employé et même le style de cette œuvre l’isolent en effet au sein de sa création. De façon tout à fait étonnante, c’est même un nouveau visage de l’écrivain anglais que l’on découvre à travers cette œuvre, bien différent de celui que peuvent laisser transparaître La Promenade au phare, Les Vagues ou même Mrs Dalloway.

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12 Juin

Balade autour des ponts de Paris

Il arrive de nombreuses fois que les Parisiens se disent qu’ils ne connaissent pas leur ville, se rendant d’un bout à l’autre par ses entrailles. Difficile de prendre un guide et un appareil photo et de tenir un programme aussi dense que les touristes que l’on croise : on se dit à chaque fois que l’on aura le temps plus tard. Découvrir les ponts de la ville peut être un axe directeur riche en découvertes.

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