Search Results for lupa

« Notre intellect a accompli de prodigieux exploits, tandis que notre demeure spirituelle tombe en ruine » – Lecture de Jung en étudiant Krystian Lupa

Recueil de phrases et de réflexions au gré de la lecture de Psychologie de l'inconscient et de L'Âme et la vie de Jung, pour l'étude des Frères Karamazov Krystian Lupa, grand lecteur de ces oeuvres. "Si belle et si parfaite que l'homme puisse trouver sa raison, il peut être tout aussi sûr qu'elle ne constitue en tout cas qu'une des fonctions intellectuelles possibles et qu'elle ne cadre qu'avec l'aspect des phénomènes qui lui correspond. Or, cet irrationnel est également une fonction psychologique, à savoir l'inconscient collectif, alors que la raison est essentiellement liée à la conscience. Le conscient a besoin de raison, pour découvrir d'abord un ordre dans le chaos des cas individuels désordonnés qui peuplent l'univers et pour ensuite créer cet ordre, créer une coordination au moins dans les domaines humains. Nous avons une tendance louable et utile à exterminer, dans toute la mesure possible, en nous et hors de nous, le chaos de l'irrationnel. En apparence, on a poussé fort loin cette façon de procéder."
Lire la suite

« mauvaise » de debbie tucker green, mis en scène par Sébastien Derrey au T2G – douloureux combat de la parole contre le silence

Alors que les théâtres ont travaillé d’arrache-pied pendant des semaines dans la perspective de leur réouverture mi-décembre, qu’ils ont réinventé leurs saisons, leurs horaires et leurs modalités d’accueil tandis que les artistes reprenaient intensément les répétitions, animés par l’espoir de retrouver le public, cinq jours seulement avant la date de réouverture annoncée, le Premier ministre annonçait qu’elle n’aurait pas lieu, démontrant, une fois de plus, un violent mépris à l’égard des artistes et les structures culturelles, jugées inessentielles – moins essentielles en tout cas que les magasins de vêtements, de sport, de décoration, de jouets ou de farces et attrape. Cette décision soumet à nouveau à l’épreuve de la patience ceux pour qui la culture n’est pas un bonus dans le quotidien, mais le métier, la raison de vivre, la passion, mais elle fournit surtout de nouveaux motifs de colère, sentiment qui s’ajoute à l’épuisement, la lassitude et la perte de sens, maîtres de nos quotidiens depuis plusieurs mois. Dans le désert culturel annoncé jusqu’en janvier, le T2G a néanmoins trouvé le moyen de créer un espace de résistance, qui prend des allures d’oasis. Le Centre dramatique national de Gennevilliers a décidé de maintenir quelques dates des représentations de mauvaise, spectacle qui aurait dû être créé en novembre à la MC93 et qui a été reporté mi-décembre au T2G. Après les annonces du 10 décembre, ces représentations auraient encore dû être annulées, renvoyées à un avenir incertain alors que se pressent et se chevauchent dans les mois à venir près d’un an de théâtre depuis mars dernier. Trois représentations, uniquement ouvertes aux programmateurs et journalistes, ont cependant permis que le texte de debbie tucker green, figure éminente de l’avant-garde théâtrale britannique, soit pour la première fois créé en France et qu’il trouve ainsi une forme certes diminuée d’existence auprès des professionnels du secteur, à défaut du public, mais d’existence tout de même. Pour que la nouvelle contrainte du couvre-feu soit respectée, le spectacle a donc été présenté pour trois dates à 17h30, devant une poignée de spectateurs. L’ambiance est complice, feutrée entre les visages masqués qui pour la plupart se connaissent ou se reconnaissent, mais ceux qui ont le privilège de retourner une dernière fois en salle avant de clore l’annus horribilis 2020 sont loin de fanfaronner.
Lire la suite

« _jeanne_dark_ » de Marion Siéfert – spectacle vivant 2.0 par temps de confinement

Après les captations de spectacle diffusées en différé, les captations live (telles qu’en proposent en ce moment la Comédie-Française ou le Théâtre de la Ville, entre autres), les lectures live, les podcasts alternatifs… Marion Siéfert, artiste associée au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, nous invite à découvrir un nouvel avatar de spectacle vivant avec _jeanne_dark_, performance diffusée en live sur Instagram. Ce format n’est pas la simple conséquence du confinement, son projet était d’emblée conçu à partir de ce réseau social : lors de sa tournée française tout au long de l’automne, le spectacle était supposé être retransmis en live sur Instagram en même temps qu’il était présenté en salle. Contrairement à d’autres spectacles condamnés à des reports, voire à des annulations, le deuxième confinement mis en place depuis quelques semaines n’a pas complètement anéanti les possibilités de représentation de ce spectacle. Il les a peut-être même démultipliées : le 19 novembre, nous étions près de 600 à suivre le direct du compte Instagram de @_jeanne_dark_. Outre la médiation d’un écran, qui chaque fois affaiblit le rapport du spectateur à l’œuvre, la particularité de ce mode de diffusion via un réseau social est qu’il permet de reformer une espèce de communauté autour du spectacle. A côté de l’image de l’actrice défilent à toute allure les commentaires instantanés des spectateurs, qui profitent de l’espace que leur accorde l’application pour se libérer de la contrainte du silence qu’impose la présence en salle. A côté du spectacle que propose @_jeanne_dark_, s’improvise chaque soir celui des spectateurs qui réagissent à ce qu’elle raconte et ce qu’elle fait, et ce spectacle-là est presque aussi fascinant que le premier.
Lire la suite

« Danses pour une actrice (Valérie Dréville) » de Jérôme Bel à la MC93 – mémoires du corps

Il y a un an, Jérôme Bel annonçait qu’il ne prendrait plus l’avion, et ne ferait plus tourner ses spectacles à l’étranger (alors qu’il y a quelques années à peine, il venait jusqu’à Cuba avec Shirtologie). Ce qu’il consent à faire en revanche, c’est recréer ses spectacles avec des artistes étrangers, grâce à des répétitions via Skype. Pour que le spectacle vivant ne se résume pas à des captations (menace qui pèse en temps de covid), pour continuer à faire l’expérience de la présence, la nécessité s’impose plus que jamais d’aller voir ses œuvres, d’aller jusqu’à la MC93 pour découvrir sa dernière création, Danses pour une actrice (Valérie Dréville), présentée dans le cadre du Festival d’Automne. Pour la version française de ce spectacle, il fait appel à une actrice-monument, qui a marqué les œuvres de Vitez, Régy, Vassiliev, et plus récemment d’Ostermeier, Lupa ou Creuzevault. Une actrice qui porte en sa chair tout un pan de la mémoire théâtrale depuis les années 1980 jusqu’à nos jours, que Jérôme Bel confronte à une autre mémoire, celle de la danse. Ensemble, ils créent un objet hybride, qui s’offre exceptionnellement le luxe d’une double réception.
Lire la suite

« Le Grand Inquisiteur » de Sylvain Creuzevault d’après Dostoïevski à l’Odéon – Creuzevault, Christ ou Grand Inquisiteur ?

Après l’Allemand Frank Castorf, qui a adapté presque toutes les œuvres de Dostoïevski depuis 1999, c’est au tour de Sylvain Creuzevault de revenir avec obsession à cet auteur. En 2018, il se lançait avec Les Démons. En 2019, il adaptait pour quelques représentations seulement avec les étudiants du Théâtre National de Bordeaux L’Adolescent. Cette saison, il présente deux spectacles à l’Odéon : Le Grand Inquisiteur et Les Frères Karamazov. Tous deux sont étroitement liés : la Légende du Grand Inquisiteur est un des chapitres les plus célèbres des Frères Karamazov, une œuvre dans l’œuvre, un « poème » comme le présente Ivan Karamazov, qui court sur une vingtaine de pages. Ce morceau a déjà été isolés par d’autres metteurs en scène avant Creuzevault – par Peter Brook et Patrice Chéreau notamment –, mais le but n’est pas ici d’en donner une simple lecture théâtralisée. Le spectacle de plus d’une heure et demie prend la forme d’un dialogue avec ce texte, d’une mise en perspective historique et politique qui entend souligner la pertinence de la pensée de Dostoïevski.
Lire la suite

« Littoral » de Wajdi Mouawad à la Colline – Le théâtre est mort, vive le théâtre !

En 2009, la tétralogie Le Sang des promesses, composée de Littoral, Incendies, Forêts puis Ciels, faisait événement lors du Festival d’Avignon. Elle découvrait à ceux qui l’ignoraient encore le metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad et son théâtre profondément épique. Aujourd’hui, l’artiste est directeur du Théâtre National de la Colline. Malgré la fermeture des lieux publics ces derniers mois, il a continué d’occuper une place dans le paysage théâtral désormais numérisé (majoritairement composé de rediffusions de captations), grâce à son journal de confinement audio. Les tirades poétiques qu’il confiait à son portable, livrant des réflexions sur la crise que nous traversions, étaient mises en partage sous la forme d’un podcast. Le metteur en scène ne s’en est pas tenu là, et a en outre décidé de rouvrir le théâtre avant la traditionnelle trêve estival – quitte à ce que ce soit pour quelques semaines seulement et avec des possibilités limitées –, et de le rouvrir avec Littoral, justement, l’un des spectacles qui l’avaient fait connaître. La pièce, une nouvelle fois recréée, avec deux distributions différentes, gagne en portée dans ce contexte si particulier, et invite à clamer : « Le théâtre est mort, vive le théâtre ! »
Lire la suite

« La Plâtrière » de Thomas Bernhard [extrait] – la folie intellectuelle

« Vous le savez, j’écris un traité dont je vous ai souvent parlé. C’est toujours ce traité qui m’absorbe », aurait-il dit, « une folie, vous savez, une folie à laquelle toute ma vie est suspendue, vous savez, – a-t-il dit, d’après Wieser – la folie intellectuelle a ceci de particulier qu’on y accroche sa vie, il faut se consumer pour elle à l’exclusion du reste.…

Lire la suite