24 Nov

« Trissotin ou Les Femmes savantes » de Molière au TGP : le rire comme moyen de résistance

Le soir-même d’un réveil douloureux à Saint-Denis, qui a donné le sentiment qu’il s’agissait bien d’une guerre alors que cinq milles balles ont été tirées lors des perquisitions qui ont eu lieu suite aux attentats du 13 novembre, Jean Bellorini avait décidé de maintenir les représentations des deux spectacles à l’affiche du TGP, M’appelle Mohamed Ali, de Dieudonné Niangouna, et Trissotin ou Les Femmes savantes, mis en scène par Macha Makeïeff. Le lendemain, malgré le contexte, la tension encore présente – palpable au moment d’entrer dans le théâtre, alors qu’il faut montrer l’intérieur de son sac mais aussi « ouvrir sa veste » –, le public n’est pas si essaimé pour aller voir du Molière. Au contraire, il est étonnamment présent sur les rangs des bancs rouges, solidaire et fier de contrer le terrorisme par la culture, de faire acte de résistance par là.

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08 Avr

Notes et contre-notes sur « Jacques ou la Soumission » (3/3)

Vient alors la troisième révolte de Jacques, qui dit « Non ! non ! Elle n’en a pas assez ! Il m’en faut une avec trois nez. Je dis : trois nez, au moins ! ». Ce non rappelle celui de Dom Juan face à la figure du Commandeur, dans le dernier acte de la pièce de Molière. C’est là la parole du libertin, qui refuse de se repentir jusqu’au dernier moment, de se soumettre même sous la menace, celle qui contient toute sa révolte.

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16 Mar

« Das Weisse vom Ei – Une île flottante »
d’après Labiche à l’Odéon : mécaniques du rire

En 1991, Christoph Marthaler monte L’Affaire de la rue Lourcine d’Eugène Labiche, et collabore pour la première fois avec Anna Viebrock, qui signe par la suite la scénographie de tous ses spectacles. Près de vingt-cinq ans plus tard, il revient à cet auteur avec un montage de textes à partir de courtes pièces, parmi lesquelles La Poudre aux yeux, qui donne leurs noms au personnage. Poussant à bout les procédés comiques du vaudeville à l’œuvre dans ces textes, il fait disparaître la fable derrière le spectacle de la folie dans Das Weisse vom Ei (Une île flottante), celle qui révèle les failles de l’être mais plus encore la folie douce qui suscite le rire.

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19 Jan

« Platonov » de Tchekhov à la Colline, vivant et mélancolique

Le parcours du collectif Les Possédés avait commencé en 2004 avec Oncle Vania de Tchekhov. Après avoir monté des œuvres de Lagarce, Mauvignier, Céline ou John Cheever, chaque fois en quête de ce qu’elles disent sur l’humain, ils reviennent à ce premier auteur et s’attaquent à sa toute première pièce, Platonov. Longtemps resté sans titre, ce texte retrouvé après sa mort a récemment fait l’objet d’une nouvelle traduction signée par André Markowicz et Françoise Morvan, dans une langue moderne qui rend compte de la vitalité des paroles des personnages, paroles dont s’emparent sans peine les Possédés. Le spectacle présenté à la Colline est une lente traversée de l’œuvre, une immersion aussi insolente et drôle que tragique, qui se soumet à la langueur de la pièce tout en offrant une image vivifiante de la vie, aussi désespérée soit-elle.

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26 Oct

« Mademoiselle Else » d’après Arthur Schnitzler au Théâtre de la Bastille

Mademoiselle Else n’est pas à proprement parler un spectacle des tg STAN, mais celui d’un des fondateurs du collectif, Frank Vercruyssen, accompagné de la jeune Alma Palacios, danseuse de formation. Dans ce premier volet d’un triptyque consacré à la figure de la femme, le comédien flamand s’appuie sur la nouvelle d’Arthur Schnitzler du même titre, qu’il adapte à sa façon, entre incarnation et distance, entremêlant ainsi émotion et rire.

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17 Juin

« Orlando » de Virginia Woolf

Virginia Woolf dit d’Orlando dans son Journal que ce roman n’est qu’une farce, « une récréation d’écrivain ». Le sujet, le ton employé et même le style de cette œuvre l’isolent en effet au sein de sa création. De façon tout à fait étonnante, c’est même un nouveau visage de l’écrivain anglais que l’on découvre à travers cette œuvre, bien différent de celui que peuvent laisser transparaître La Promenade au phare, Les Vagues ou même Mrs Dalloway.

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15 Mai

« Quand je pense qu’on va vieillir ensemble » des Chiens de Navarre aux Bouffes du Nord

La dernière création des Chiens de Navarre, Quand je pense qu’on va vieillir ensemble, est un ensemble de saynètes composite à la Joël Pommerat, en moins écrit, moins réaliste et moins net du point de vue esthétique. Des situations types de la vie quotidienne sont explorées, entrecoupées par des passages au noir, dont le thème dominant est le déguisement du mal-être et des détresses individuelles par des codes sociaux qui conforment à la norme. Entre empathie et rire, le public est écartelé.

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07 Nov

« Les Estivants » de Maxime Gorki au Théâtre de la Bastille

Douze ans après leur premier spectacle en France, les tg STAN reviennent au Théâtre de la Bastille avec leur dernière création, dans le cadre du Festival d’Automne. Le collectif anversois s’empare cette fois de la pièce du russe Maxime Gorki, Les Estivants. Ce très beau spectacle d’un point de vue esthétique recouvre du rire et de la farce le sérieux et le tragique du texte, scindant la sensibilité du public en deux.

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22 Jan

« Le Vrai Sang » de Novarina à l’Odéon

« Quand on aime on ne compte ». Le guichetier de l’Odéon a bien raison, quand on aime Novarina, on peut bien endurer deux heures et demie de spectacle. Après sa découverte il y a trois ans à la Colline, ce sont de vraies retrouvailles, de celles qui nous montrent que l’on ne change pas tant que ça.

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