Catégorie : Festival d’Avignon 2026

« Bâtir » de Salim Djaferi et Clément Papachristou au Théâtre Benoît-XII – démonstration imparable et sensible du caractère raciste des politiques urbaines

Alors qu’il y a quatre ans Salim Djaferi jouait son premier spectacle dans le Off, au Théâtre des Doms, le voilà programmé cette année dans le In avec son deuxième spectacle, Bâtir. Comme pour le précédent, Koulounisation, l’artiste s’est entouré de personnes de choix pour l’accompagner dans sa démarche : Clément Papachristou à la mise en scène, Sacha Martelli au jeu et Adeline Rosenstein à la dramaturgie. La singularité de son geste théâtral est cette fois mise au service d’une enquête sur les cités, de l’Algérie française à la France. Pour mettre au jour le caractère racial des politiques urbaines depuis la guerre de décolonisation, Salim Djaferi a mobilisé des spécialistes de ces questions, avec lesquels il s’est plongé dans des archives. Sa démonstration, si elle est d’une clarté et d’une efficacité redoutables, n’est pas dépourvue de sensibilité, loin s’en faut.
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« The Last Hamlet » de Ben Duke au Cloître des Célestins – Hamlet à mort, vive Hamlet !

Au Cloître des Célestins, l’artiste britannique Ben Duke, auquel le Théâtre de la Ville consacre à la rentrée prochaine tout un Focus, présente The Last Hamlet. Une variation sur la pièce de Shakespeare avec des moyens limités qui aspire cependant à être la dernière mise en scène d’Hamlet, car elle finira de démontrer que l’histoire de ce personnage dépressif et misogyne infuse en profondeur notre société et qu’il est nécessaire de s’en débarrasser. Cette ambition est aussi démesurée que l’humour mobilisé pour l’atteindre est fin, mélange qui donne un cocktail dramaturgique savoureux.
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« CAPRA (une chèvre) » de Jeanne Candel au Gymnase du Lycée Mistral – dans le ventre de la poétesse

Jeanne Candel, qui reprenait l’an dernier son formidable spectacle jeune public Fusées au Festival d’Avignon, est cette fois invitée avec une création. Celle-ci est intitulée CAPRA (une chèvre), titre qui évoque de loin en loin le bouc de Dionysos mais qui ne crée pas d’horizon d’attente particulier. La signature de l’artiste promet cependant un théâtre irrigué de musique, et la distribution – extrêmement réjouissante dès la lecture des noms des acteurs et actrices réunis, qui mêle la bande Jeanne Candel à celle de Samuel Achache avec lequel elle a plusieurs fois travaillé – achève de convaincre de se laisser prendre au jeu. L’idée est cette fois d’immerger dans l’âme brouillonne d’une poétesse, projet qui prend l’allure d’un voyage en absurdie.
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« Un procès. Après un ennemi du peuple » de Christiane Jatahy et Wagner Moura au Gymnase du Lycée Aubanel – vacuité d’un tribunal populaire

Christiane Jatahy est à nouveau invitée au Festival d’Avignon cette année. Son nom est cette fois associé à celui de Wagner Moura, acteur brésilien devenu célèbre grâce à la série Narcos, dans laquelle il interprétait de manière mémorable le rôle de Pablo Escobar. On le découvre sur les planches pour la première fois avec Un procès. Après un ennemi du peuple. Après Tchekhov, Homère, Lars von Trier ou encore Shakespeare, la metteuse en scène brésilienne adapte cette fois un classique d’Ibsen. Avec Wagner Moura et le scénariste Lucas Paraizo, ils imaginent un procès pour le personnage principal, Thomas Stockmann, qui vise à trancher : est-il effectivement un ennemi du peuple ? Partant de la pièce, les artistes inventent une situation et un dispositif enrichi par le cinéma, qui pèche cruellement par manque de dramaturgie et démagogie.
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« 5 secondes » de Catherine Benhamou mis en scène par Hélène Soulié à la Manufacture – du fait divers patriarcal à la performance drag

À la Manufacture, Hélène Soulié présente une mise en scène de 5 secondes, texte de Catherine Benhamou inspiré d'un fait divers. Le monologue qu'il a inspiré est confié à Maxime Taffanel, qui le prend en charge à bras-le-corps. Après l’épure du début du spectacle, se déploie une esthétique drag inattendue qui prend appui sur toutes les ressources de l’acteur et décuple la puissance du texte.
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« Che dolore terribile è l’amore » de Daria Deflorian au Cloître des Carmes – délicate opération de resensibilisation

La langue invitée de cette 80e édition du Festival d’Avignon est le coréen. Parmi les artistes programmés, plusieurs qui viennent de Corée, et d’autres qui s’intéressent à des œuvres coréennes. C’est le cas de Daria Deflorian, qui adapte le dernier roman du Prix Nobel de littérature 2024, Han Kang, Impossibles adieux. Très bizarrement, le directeur du Festival, Tiago Rodrigues, a par ailleurs proposé à Julie Deliquet d’orchestrer une lecture de ce même roman avec Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Cette redondance qui n’est commentée nulle part donne l’impression qu’il n’y a qu’une autrice en Corée, et même qu’une œuvre d’elle. De nombreuses différences distinguent les deux projets, à commencer par le fait que Daria Deflorian est familière de l’autrice, et qu’elle a en quelques sortes devancé cette édition du Festival lorsqu’en 2024, avant même la consécration du Nobel, elle a adapté un autre roman d’Han Kang, La Végétarienne, avec une infinie délicatesse. La metteuse en scène italienne revient donc avec légitimité à cette écriture et en confirme sa compréhension profondément sensible dans Che dolore terribile è l’amore.
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« Le Pas du monde » du Collectif XY à la Villette – expérience de la symbiose

Le Collectif XY est accueilli à la Villette pour plusieurs semaines avec Le Pas du monde, dernière création qui vient couronner vingt ans d’activité. Le chapiteau est à cette occasion comble, d’un public parfois jeune car le spectacle est indiqué à partir de 8 ans, mais qui n’est pas pour autant celui d’un spectacle jeune public. L’attente fébrile des enfants et des adultes se révèle à la hauteur de la virtuosité de la proposition artistique, mais aussi des images puissantes que convoque le porté acrobatique, qui, au-delà de la performance, illustre les vertus d’une vie en symbiose.
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