Étiquette : guerre

« L’Odyssée. Une histoire pour Hollywood » de Krzysztof Warlikowski à la Colline – Warlikowski, Dibbouk de notre temps

Bien que régulièrement invité avec ses opéras, cela fait plusieurs années que Warlikowski n’a pas présenté de mise en scène théâtrale en France. La plus récente remonte à 2018, il s’agissait d’On s’en va d’Hanokh Levin. Auparavant, il était venu avec Les Français d’après Proust en 2015, Phèdre(s) d’après Coetzee, Euripide, Sarah Kane et Sénèque en 2016, ou encore Contes africains d’après Shakespeare en 2012. Pour quelques dates, le public français le retrouve avec L’Odyssée. Une histoire pour Hollywood. Le titre paraît contenir la promesse d’un montage de textes et d’époque comme ceux dont est adepte le metteur en scène polonais, promesse redoublée par la durée du spectacle, annoncée de 3 heures 45. Si une partie des sièges restent vides après l’entracte, c’est peut-être autant en raison de cette longueur exigeante – quoique le temps passe vite – que parce que le spectacle aurait peut-être dû s’appeler : « La Shoah. Une histoire pour Hollywood ». La figure d’Ulysse qui parraine le spectacle n’est en effet qu’un des moyens parmi d’autres de relater un impossible retour et de faire œuvre de mémoire.
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« Et le coeur fume encore » de Margaux Eskenazi et Alice Carré au TGP – le présent depuis l’Histoire, l’Histoire depuis l’intime

La compagnie Nova, qui a commencé il y a quelques années avec des mises en scène d’œuvre classiques (Hernani, Richard III), présente au TGP sa dernière création, Et le cœur fume encore, spectacle présenté et remarqué dans le Off du Festival d’Avignon 2019. Il s’agit du deuxième volet d’un diptyque intitulé « Ecrire en pays dominé », amorcé en 2016 avec Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. Dans ces deux opus, la compagnie garde un lien fort avec la littérature, mais ses membres la mobilisent cette fois pour aborder certains pans de la réalité contemporaine française, que leur suggère leur expérience intime. Après avoir réfléchi au métissage des langues dont ils ont hérité, imprégnés de textes d’Aimé Césaire, Senghor et d’autres, ils s’attaquent dans Et le cœur fume encore à la mémoire de la guerre d’Algérie. Outre leurs histoires personnelles, l’impulsion leur est donnée par Kateb Yacine, grand auteur de la décolonisation, à qui ils empruntent un vers pour le titre de leur spectacle. Un vaste travail de collecte d’archives et de témoignages recueillis auprès de leurs proches, mené par Margaux Eskenazi et Alice Carré, leur a permis de reconstituer certains épisodes de la guerre d’indépendance algérienne, et de tisser une réflexion sur ses formes de permanences dans la société actuelle.
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« Place » de Tamara Al Saadi au T2G – art-thérapie pour schizophrénie avérée

Pour quelques dates seulement, est repris au T2G un spectacle présenté l’an dernier au Festival Impatience, consacré au théâtre émergent, récompensé du prix du jury et de celui des lycéen.ne.s. Il s’agit de Place de Tamara Al Saadi, qui s’interroge sur celle que les « étrangers » cherchent à occuper dans notre société française. Le terme entre guillemets désigne des individus issus d’immigrations plus ou moins récentes, profondément déchirés entre leurs racines familiales et le monde dans lequel ils essaient de se fondre. La jeune metteure en scène aborde cette question profondément actuelle depuis une perspective intime qui ne peut que toucher, et crée à partir d’elle un spectacle aux multiples qualités.
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« Nous, l’Europe, Banquet des peuples » de Laurent Gaudé et Roland Auzet – construire un récit européen, avec les Beatles

L’une des créations les plus attendues de ce Festival d’Avignon 2019 est Nous, l’Europe, Banquet des Nations, spectacle présenté dans la Cour du Lycée Saint-Joseph. Alors que dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes Rambert, ses acteurs et Jacques Weber soulevaient la question du nationalisme à travers le portrait d’une famille d’artistes de la veille de la Première Guerre mondiale à celle de la Seconde, Laurent Gaudé et Roland Auzet choisissent de traiter la même problématique à l’échelle européenne et non intime, avec des comédiens de toute nationalités. Ces spectacles sont comme l’envers l’un de l’autre, leurs défauts et leurs qualités paraissant symétriquement opposés si l’on en croit les retours qui ont entouré l’accueil d’Architecture. Alors que la dernière œuvre de Rambert est taxée d’être bavarde mais que le jeu de ses acteurs est chaque fois loué, la langue de Gaudé se distingue à nouveau par sa beauté et sa justesse, au point presque de menacer toute possibilité de jeu pour les acteurs.
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« Iphigénie » de Chloé Dabert au T2G – les vers de Racine, tout simplement

Le spectacle de Chloé Dabert, Iphigénie, présenté à Avignon l’été passé, est repris en ce début d’année au T2G et au 104. La simplicité de l’énoncé intrigue : est promise une mise en scène d’une tragédie classique, pas même « d’après » Racine, mais bien simplement « de » Racine. La formulation n’est pas trompeuse, car aucun parti-pris spectaculaire ne vient détourner de l’œuvre elle-même. Chacun de ses vers se retrouvent, dans une mise en scène aux accents certes contemporains mais qui n’a d’autre ambition que de mettre en valeur le texte. Ce qui a longtemps dominé le théâtre, qui lui a même servi de définition – la mise en scène d’une œuvre classique avec une perspective moderne – fait figure d’exception dans les programmations de ces dernières années. Le spectacle de Chloé Dabert ne promet donc « que » la redécouverte de l’œuvre de Racine à notre époque – et c’est finalement déjà pas mal.
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« Pour qui sonne le glas » d’Hemingway – « il sonne pour toi »

En 1936, Hemingway devient correspondant de guerre en Espagne, auprès de l’armée républicaine. L’auteur américain se veut engagé, aussi bien dans ses œuvres que dans la vie qu’il mène. C’est donc par conviction qu’il entreprend de combattre le franquisme, avant, quelques années plus tard, de se rendre en France pendant la Seconde Guerre mondiale pour participer à la libération du pays.…

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« La Douleur », Duras – écrire pour oublier

Milieu des années 1980, une revue sollicite Marguerite Duras pour qu’elle lui retrouve un texte de jeunesse à publier. Dans ses recherches, Duras tombe sur un journal qu’elle avait oublié, dans les placards de sa maison à Neauphle-le-Château. Ce journal, « La Douleur », elle l’a commencé en avril 1945, quand dans la France libérée, elle espérait le retour de son mari, Robert Antelme, résistant fait prisonnier politique et envoyé dans un camp un an plus tôt.…

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« Battlefield » de Peter Brook aux Bouffes du Nord : après la bataille

Trente ans après l’historique représentation du Mahabharata en 1985 au Festival d’Avignon, dans la mythique Carrière de Boulbon, Peter Brook revient avec Marie-Hélène Estienne sur ce spectacle issu de longues années de travail et en donne à voir un échantillon dans une salle elle aussi mythique, qui superpose les codes et les histoires et que Brook a faite sienne, celle des Bouffes du Nord.…

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« Toujours la tempête » de Peter Handke aux Ateliers Berthier – Le souffle épique de la mémoire

Alain Françon réunit autour de lui les comédiens qui lui sont chers pour sa dernière création, présentée aux Ateliers Berthier de l’Odéon. Toujours la tempête, texte de Peter Handke publié en 2012, est un récit épique qui touche à la mémoire et à l’histoire, à la traversée de la Deuxième Guerre mondiale par une famille de Slovènes de Carinthie, reconstituée par leur descendant, Peter Handke lui-même devenu narrateur, qui rend vie aux morts.…

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« La Marche de Radetzky » de Joseph Roth

La Marche de Radetzky est le roman le plus célèbre de Joseph Roth, auteur autrichien du début du début du XXe siècle. Dans cette œuvre d’abord publiée en feuilletons, il rend compte du déclin de l’Empire austro-hongrois, de la bataille de Solferino à la mort de l’Empereur François-Joseph, deux ans après le début de la Première Guerre mondiale.…

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