Étiquette : écriture

« Rambuku » de Jon Fosse au Théâtre de la Bastille – scène de la vie conjugale : quelqu’un va venir

Les saisons passent, qui plus est bousculées depuis maintenant près de deux ans par la crise sanitaire, mais certains rendez-vous théâtraux se maintiennent. Le Théâtre de la Bastille accueille une fois de plus les tg STAN en cette fin d’année, offrant ainsi la stabilité d’un repère par temps troubles. Après Quoi/Maintenant et Je suis le vent, le collectif anversois revient une nouvelle fois à un texte de l’écrivain norvégien Jon Fosse, « Rambuku ». Un titre mystérieux pour un texte tout aussi mystérieux, qui invite les acteurs à mobiliser leur sensibilité pour se l’approprier, avant de solliciter celle des spectateurs. À trois au plateau, ils livrent une « scène de la vie conjugale » – titre d’un scénario de Bergman adapté par les tg STAN il y a quelques années – fondée sur une promesse : « quelqu’un va venir » – titre d’un autre texte de Jon Fosse.
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« La Plâtrière » de Thomas Bernhard [extrait] – la folie intellectuelle

« Vous le savez, j’écris un traité dont je vous ai souvent parlé. C’est toujours ce traité qui m’absorbe », aurait-il dit, « une folie, vous savez, une folie à laquelle toute ma vie est suspendue, vous savez, – a-t-il dit, d’après Wieser – la folie intellectuelle a ceci de particulier qu’on y accroche sa vie, il faut se consumer pour elle à l’exclusion du reste.…

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« La Plâtrière » de Thomas Bernhard – pouvoir de fascination de l’obsession

La Plâtrière est le quatrième roman de Thomas Bernhard, publié en 1970. Il vient après Gel, qui fait connaître l’auteur, ou Perturbation, mais avant les grandes œuvres que sont Le Neveu de Wittgenstein, Le Naufragé, Des arbres à abattre, Maîtres anciens ou Extinction. Le style si singulier de Bernhard, déployé au cours d’interminables paragraphes, caractérisé par la répétition, est déjà en place. De même que la thématique indissociable de ce style, celle de l’obsession. Dans La Plâtrière, l’obsession de Konrad, personnage saisi au moment critique où il vient de tuer sa femme, s’accorde au pluriel.
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Adolescence et territoire(s) : « Les messages d’amour finiront bien par arriver » – ode à la jeunesse

Après l’Odéon et avant l’Espace 1789 de Saint-Ouen, les jeunes qui participent depuis le début de l’année au programme « Adolescence et territoire(s) » ont présenté au T2G le résultat d’un an de travail. Ils sont plus de vingt et viennent de Paris 17è, Gennevilliers et Saint-Ouen ; ils sont pour la plupart lycéens, âgés entre 15 et 20 ans. Mais ce sont là leurs seuls points communs - pour le reste, le groupe qu’ils forment se distingue par son hétérogénéité. Cette année, l’artiste qui les a accompagnés et qui a écrit pour eux une œuvre est Marie Piémontèse. Elle est surtout connue en tant qu’actrice de Joël Pommerat, mais est aussi auteure et metteure en scène au sein de la compagnie Hana San Studio, fondée par Florent Trochel qui co-signe la mise en scène de ce spectacle, Les Messages d’amour finiront bien par arriver. Ensemble, ces deux artistes ont offert à ces jeunes un très beau texte et une très belle œuvre scénique, qui donne foi en la jeunesse d’aujourd’hui.
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« Fêlures. Le silence des hommes » de D’ de Kabal à la Colline – questions au masculin pluriel

L’artiste D’ de Kabal présente sa dernière œuvre, Fêlures. Le Silence des hommes au Théâtre de la Colline – théâtre qui depuis la nomination de Wajdi Mouawad prend pleinement en charge sa mission de faire découvrir de nouvelles écritures, et qui devient ainsi un lieu où sont mis en partage des questionnements profondément ancrés dans notre monde contemporain. Le sujet ici abordé est celui de la « crise de la masculinité ». D’ de Kabal l’aborde dans un très beau texte, qui loin de se réduire à une tribune se révèle le résultat d’une longue maturation. L’auteur, également rappeur et slameur, aspire encore à être metteur en scène, directeur d’acteurs et acteur pour cette œuvre. S’il est moins convaincant dans ces dernières fonctions, sa langue et son propos réussissent à compenser ses faiblesses au moment d’aborder la scène.
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« Quills » mis en scène par Robert Lepage à la Colline – Sade, héros de Broadway

Wajdi Mouawad, artiste libano-canadien à la tête du Théâtre National de la Colline depuis avril dernier, a invité pour sa première saison un compatriote québécois, Robert Lepage. Une espèce d’aura entoure le théâtre de ce dernier, qui rayonne outre-Atlantique et au-delà. Néanmoins, il vient ici moins avec ses talents de magicien de la scène, qu’il doit à sa maîtrise des nouvelles technologies, qu’avec une figure presque mythique : celle du Marquis de Sade. S’appuyant sur le texte méconnu en France de l’Américain Doug Wright, Quills, qui imagine les derniers jours du libertin dans l’asile de Charenton, il interroge avec cette figure hors du commun la possibilité d’empêcher un homme d’écrire, quand son besoin a la puissance et le caractère incontrôlable de ses pulsions sexuelles.
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« La Douleur », Duras – écrire pour oublier

Milieu des années 1980, une revue sollicite Marguerite Duras pour qu’elle lui retrouve un texte de jeunesse à publier. Dans ses recherches, Duras tombe sur un journal qu’elle avait oublié, dans les placards de sa maison à Neauphle-le-Château. Ce journal, « La Douleur », elle l’a commencé en avril 1945, quand dans la France libérée, elle espérait le retour de son mari, Robert Antelme, résistant fait prisonnier politique et envoyé dans un camp un an plus tôt.…

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« Si c’est un homme » de Primo Levi – l’éloquence de l’indicible

Si c’est un homme de Primo Levi est une des œuvres de la littérature concentrationnaire les plus connues aujourd’hui. Elle relate l’expérience de l’auteur, chimiste italien incarcéré au camp de Monowitz, à Auschwitz, en janvier 1944, qui a survécu là-bas jusqu’à la libération – ou plutôt l’abandon du camp par les SS – en janvier 1945.…

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« Mémoire de fille » d’Annie Ernaux – l’écriture faite œuvre

L’écrivaine Annie Ernaux consacre sa dernière œuvre, Mémoire de fille, au récit d’un épisode précis de sa vie, sa première fois avec un homme. Sur le mode de l’enquête, elle revient sur cet événement qui a continué à l’obséder longtemps après – au point d’y revenir près de soixante ans plus tard – et tente de réinscrire le mystère encore difficile à percer qu’il représente dans une continuité.…

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