Étiquette : adaptation

« L’Absence de père » de Lorraine de Sagazan – trentenaires d’aujourd’hui, génération perdue

La nouvelle salle de la MC93 de Bobigny a été transformée en arène pour le spectacle de Lorraine de Sagazan, L’Absence de père. Le public est en effet réparti sur quatre côtés, autour d’un grand carré sur lequel est reconstitué un intérieur, composé de plusieurs espaces – une table commune, un coin salon, un coin chambre, et deux boudoirs. C’est sur ce plateau que prend forme une adaptation de Platonov, pièce de Tchekhov, grâce à laquelle la metteure en scène s’interroge sur la génération des trentenaires d’aujourd’hui – une génération perdue.
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« The Way She Dies » de Tiago Rodrigues à la Bastille – déclaration d’amour, à la littérature

Après Bovary en avril 2016, Tiago Rodrigues s’attaque à une autre grande héroïne de la littérature, Anna Karénine, dans The Way She Dies. Avec ce titre, il attire d’emblée l’attention sur la mort célèbre du personnage, qui se jette sous les roues d’un train dans la gare-même où elle avait rencontré son amant Vronski. La mise en valeur du suicide du personnage laisse croire à une reconstitution de l’histoire qui y a mené. Néanmoins, l’approche de Tiago Rodrigues est tout autre, et cet épisode qui paraît au centre de l’adaptation n’en est en réalité que le point de fuite. Le travail mené par l’auteur avec deux membres du tg STAN et deux acteurs portugais déplace en effet le centre de gravité du spectacle, du suicide d’Anna Karénine à sa séparation avec son mari, du tragique romanesque au quotidien, plus proche, plus sensible et ainsi plus appropriable.
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« Tandis que j’agonise » de William Faulkner – Requiem pour une mère

En avril 1934, paraît en France la traduction de As I Lay Dying, de l’Américain William Faulkner. Le roman est préfacé par Valéry Larbaud, lecteur d’Edouard Dujardin et de James Joyce qui a le premier employé l’expression « monologue intérieur » pour qualifier la technique singulière de ces auteurs, qui déplace la perspective du lecteur en révélant l’intériorité des personnages. Le rôle d’introduire cette œuvre lui revient logiquement, car Tandis que j’agonise est uniquement composé des monologues entrecroisés des membres d’une famille et de leur entourage, autour du corps d’une mère mourante.
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« The Hidden Force » d’Ivo van Hove à la Villette – dissolution des frontières

Dans le cadre du Festival 100% qu’organise la Villette, qui réunit plusieurs disciplines, sont invités les metteurs en scène belges Jan Lauwers et Ivo van Hove. Ce dernier présente un autre volet de sa trilogie autour des œuvres de Louis Couperus, auteur néerlandais méconnu au-delà des frontières de son pays : après Les Choses qui passent, présenté à Avignon l’année dernière, le public français découvre désormais The Hidden Force. Pour ce spectacle, Ivo Van Hove s’inspire d’un roman qui porte sur l’histoire coloniale des Pays-Bas, centré sur la figure du Résident. Comme le Consul de Malcolm Lowry dans Au-dessous du volcan, ou le directeur de comptoir Kurtz d’Au cœur des ténèbresde Conrad, ce personnage incarne le choc de deux civilisations et la nécessaire dissolution de l’une dans l’autre – mais pas celle que l’on croit. Pour figurer les contradictions d’Otto van Oudjick, Ivo van Hove entraîne au cœur de la jungle indonésienne, où se déchaînent les éléments et s’évanouissent les repères.
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« Fanny et Alexandre » de Julie Deliquet à la Comédie-Française – autoportrait de la troupe

Après Vaniaen 2016, Julie Deliquet est à nouveau invitée par Eric Ruf à diriger la troupe de la Comédie-Française. Pour ce deuxième spectacle, la jeune metteure en scène fait un choix original et judicieux, par lequel elle fait entrer au répertoire de l’institution un texte inqualifiable d’Ingmar Bergman, situé entre le cinéma, le théâtre et le roman. Fanny et Alexandreétait en effet au départ un scénario de film, adapté au format de la série télévisé, et repris sous forme de roman. Deliquet exploite encore un potentiel latent mais non réalisé de ce texte en le transformant en pièce de théâtre – ce que Bergman, cinéaste, directeur de théâtre et metteur en scène, qui nourrit ses œuvres de cette porosité entre les arts, n’aurait certainement pas désavoué.
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« Joueurs » de Julien Gosselin aux Ateliers Berthier – Réflexions sur le live cinéma

Après Michel Houellebecq et Roberto Bolaño, le jeune metteur en scène Julien Gosselin s’est tourné vers l’écrivain américain Don DeLillo pour poursuivre ses recherches théâtrales dans le champ du romanesque. Pour l’édition 2018 du Festival d’Avignon, il n’a retenu non pas une mais trois de ses œuvres : Joueurs, Mao II et Les Noms. En tournée à l’Odéon, dans le cadre du Festival d’Automne, le spectacle-fleuve de 10 heures est décomposé en trois spectacles indépendants les soirs de semaine.
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« Les Démons » de Sylvain Creuzevault aux Ateliers Berthier – embarquement au cœur de la tempête dostoïevskienne

Après Jean Bellorini et Frank Castorf ces derniers mois, c’est au tour de Sylvain Creuzevault de se prêter à l’adaptation d’un roman de Dostoïevski. La pratique est fréquente depuis 1910 en France, initiée par Jacques Copeau, bientôt imité par Gaston Baty, André Barsacq, Albert Camus, Chantal Morel, Roger Planchon ou Vincent Macaigne – pour ne pas citer les autres grands metteurs en scène européens qui s’y sont essayés. En adaptant Les Démons, Sylvain Creuzevault s’inscrit donc dans cette grande tradition théâtrale et se soumet à ce qui est presque devenu un passage obligé dans le parcours d’un artiste.
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Dostoïevski théâtralisable ? Copeau, Camus et Macaigne, entre attirance pour le théâtre et stimulation pour la scène

 

Article paru dans la revue Fabula-LhT, n°19,
Les Conditions du théâtre : le théâtralisable et le théâtralisé, dir. Romain Bionda, en ligne, 2017.

Dostoïevski est fait pour la scène. Non seulement il est fait pour la scène, mais Dostoïevski a toute sa vie voulu écrire pour la scène.…

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« Les Fils de la terre » mis en scène par Elise Noiraud au Théâtre des Lucioles – la réalité des campagnes sur scène

Dans Les Fils de la terre, Élise Noiraud à adapté au théâtre le documentaire du même titre d’Edouard Bergeon. Ce fils et petit-fils d’agriculteur devenu journaliste a pris la caméra pour rendre compte de la tragédie des paysans aujourd’hui, qui, croulant sous les dettes et subissant la pression de la concurrence internationale, en viennent pour beaucoup à mettre fin à leurs jours.

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« Les Frères Karamazov » d’après Dostoïevski à la Friche Babcock – dynamitage signé Castorf

Après Bellorini cet été à Avignon, c’est au tour de l’Allemand Frank Castorf de présenter son adaptation des Frères Karamazov, créée en 2015. Le metteur en scène, venu en France il y a quatre ans pour la dernière fois avec sa Dame aux camélias, a cette fois été invité dans le cadre du Festival d’Automne.…

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