08 Déc

« No51Mu Naine Vihastas » du Teater 99 aux Amandiers : la re-présentation en question

Présenté au Festival d’Avignon 2015, No51Mu Naine Vihastas, du Teater 99 venu d’Estonie, est repris dans le cadre du Festival d’Automne aux Amandiers de Nanterre en cette fin d’année, en parallèle d’un autre spectacle, No43. Le nom de la compagnie et ceux des deux œuvres mettent d’emblée sur la voie d’un projet qui dépasse l’unité-spectacle : Ene-Liis Semper et Tiit Ojasoo ont prévu de faire 99 créations, chacune numérotée selon un décompte qui programme une fin, et inscrit dans une série dont les termes sont à chaque création reconfigurés. Dans leur entreprise, ils s’essaient en effet à tous les registres du spectacle vivant, ce dont on peut prendre la mesure à la seule échelle du numéro 51, à peu près au milieu. Entre théâtre et performance, cette œuvre hybride invite à questionner notre rapport aux images, en partant de la pratique la plus commune de la photographie : celle des photographies de vacances.

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01 Fév

« Les Carnets de la maison morte » de Dostoïevski [extrait] – le théâtre des bagnards

Avant le lever du rideau, la salle présentait un spectacle étrange et animé. D’abord, la masse des spectateurs, écrasés, bousculés, pressés de tous côtés, le visage patient et bienheureux, attendant le début de la représentation. Dans les derniers rangs, des gens qui se démenaient les uns derrière les autres.

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07 Oct

« Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni » et « Reality » de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini à la Colline : diptyque

Dans le cadre du Festival d’Automne, les Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini présentent à la Colline deux spectacles, Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni et Reality. En plus d’être le fruit de la collaboration des deux artistes, metteurs en scène et comédiens pour ces créations, de se partager le même cahier-programme, leur esthétique est commune, mise au service d’une réflexion sur le rapport du théâtre au réel, sa capacité à le représenter et à l’interroger. De l’un à l’autre, pourtant, les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, et par conséquent leurs effets, la perception que l’on peut en avoir.

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22 Sep

« Gala » de Jérôme Bel aux Amandiers : spectacle de début d’année

L’été terminé, la saison théâtrale reprend et l’on passe du Festival d’Avignon au Festival d’Automne, d’une saison à l’autre et d’une programmation à l’autre, de la frénésie des trois semaines à la dilution des trois mois, qui brassent nécessairement plus d’artistes, plus de spectacles, plus de variété dans les formes et plus de spectateurs. A l’échelle d’un créateur aussi la transition est sensible, en l’occurrence ici Jérôme Bel, qui présentait Cour d’honneur dans la Cour d’honneur du Palais des Papes en 2013, et qui inaugure le Festival d’Automne avec Gala aux Amandiers de Nanterre avant d’aller avec ce spectacle à la Commune, au Théâtre de la Ville, puis à Pontoise et Trembley-en-France.

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06 Nov

« Go down, Moses » de Romeo Castellucci au Théâtre de la Ville – Contemplations castelluciennes –

Le Festival d’Automne propose cette année un portrait de Romeo Castelluci, au travers de trois créations : Go down, Moses, présenté au Théâtre de la Ville ; Schwanengesang D744, au Théâtre des Bouffes du Nord fin novembre, et Le Sacre du Printemps, à la Grande halle de la Villette en décembre. Après Sur le concept du visage du fils de Dieu en 2011 et The Four Seasons Restaurant en 2013, l’artiste italien revient donc au Théâtre de la Ville et offre un nouveau spectacle, bien plus transparent que les précédents dans le propos et dans sa mise en œuvre, inspiré de l’histoire de Moïse, telle qu’elle est racontée dans la Bible mais aussi des œuvres de Faulkner, de Kafka et de Freud. Partant une nouvelle fois de sa réflexion sur la question de l’irreprésentabilité, de l’invisible, il s’intéresse ici moins à l’enfant abandonné qu’à sa mère, dans une série de tableaux qui placent dans un état contemplatif.

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11 Juil

« Le Soulier de satin » de Paul Claudel

Le Soulier de satin est un drame divisé en quatre journées qui relate l’amour impossible de Don Rodrigue et Doña Prouhèze, au temps des conquêtes espagnoles. Cette somme de Paul Claudel, conçue en plus de cinq ans et en partie inspirée de son expérience personnelle, confronte de façon magistrale l’aspiration au bonheur individuel et l’injonction d’un impératif extérieur qui en détourne. Si la pièce est difficile à porter à la scène, l’imagination nourrit le théâtre mental du lecteur, emporté.

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25 Juin

La Bête, de Madame de Villeneuve à Walt Disney en passant par Jean Cocteau

Que ce soit en littérature ou au cinéma, par les mots ou par l’image, la représentation de la Bête du conte La Belle et la Bête est un défi posé à l’art. Contrairement au beau, à chaque époque défini par des règles et des canons bien précis, le monstrueux est moins codé, bien plus libre. Si certains considèrent qu’il suffit de prendre à rebours les principes du premier – l’harmonie, l’équilibre ou encore la grâce pour les Grecs – d’autres artistes préfèrent explorer le bizarre ou l’inquiétante étrangeté. L’important est que, dans tous les cas, la Bête en soit véritablement une. L’idée est que la nature monstrueuse de la Bête, terrible et inhumaine, est ce qui permet de croire au conte. S’il ne s’agit que d’une métaphore, que l’appellation « la Bête » ne sert qu’à désigner un homme sauvage, violent, reclus du monde, et pourtant bien humain, le conte perd en puissance et devient simplement moral. Pour qu’il prenne son sens, pour qu’il s’élève au-dessus du rang de simple histoire, il faut que la Bête apparaisse comme un monstre indompté, suscitant frayeur et horreur. Ce conte apparaît comme tel au XVIIIe siècle, sous la plume de Madame de Villeneuve. Cette version écrite – la plus longue qui soit – inspire de nombreuses œuvres par la suite, littéraires ou picturales, mais aussi, deux siècles plus tard, cinématographiques. Si, comme on va le voir, la représentation de la Bête y est très elliptique, elle inspire néanmoins les créatures de Jean Cocteau et de Walt Disney, devenues emblématiques dans l’imaginaire collectif.

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