« Être ou ne pas être » par Luca Francheschi et la Compagnia dell’Improvviso

« Un comédien décide de réaliser le rêve de sa vie : jouer dix monologues des plus grands héros de l’œuvre de Shakespeare ». Cette description alléchante suffit à rameuter plus d’un spectateur au Théâtre La Luna. Pourtant, ce programme n’est en rien respecté, et heureusement !

Le public est accueilli par une sorte de clown, un personnage de Commedia dell’arte, qui non content de nous voir si nombreux, décide de barricader la porte pour décourager ceux qui voudraient partir avant la fin. Cet être facétieux n’est pas n’importe qui : il est un personnage. Un personnage qui a kidnappé le corps d’un comédien pour continuer de vivre.

Sur scène, il nous raconte comment il en est venu à commettre ce crime et rejoue l’histoire du comédien. Oui, le personnage joue le comédien : c’est à y perdre la tête ! La célèbre question d’Hamlet qui donne son titre au spectacle prend alors une toute autre tournure dans cette situation.

Luca Francheschi nous met sur la voie d’une réflexion métathéâtrale, sur le théâtre et ses différentes composantes, entre humour et tragique. Antoine, le comédien prisonnier de son personnage, aurait voulu interpréter les dix monologues de Shakespeare. Mais il subit la direction d’un metteur en scène aux conseils métaphysiques et snobs, et le désintérêt des professionnels venus juger son projet.

Derrière ces airs farcesques, le spectacle dresse une amère satire du système, qui ne laisse pas de place aux « personnages sympathiques », distingue les registres de façon trop tranchée et préfère le grandiloquant au comique.

Ici, on retrouve le comique et le tragique sur scène : Luca Francheschi passe de l’un à l’autre en un tour de main, du personnage au comédien, grâce à un bonnet magique. Sa faculté à se métamorphoser est sidérante, et il suscite tantôt le rire tantôt l’empathie.

Shakespeare est bien présent dans ce spectacle, outre les quelques monologues qui nous parviennent. Ce personnage de clown rappelle celui du Roi Lear ou le Feste de La Nuit des rois, et ce procédé de mise en abyme, de théâtre dans le théâtre, est caractéristique des pièces du grand William.

En plus d’être délicieux, le spectacle nous invite à mener une salubre réflexion sur le théâtre, précieuse en ce temps de festival.

F. pour Le Bruit du Off

Pour en savoir plus sur « Etre ou ne pas être », rendez-vous sur le site du Off d’Avignon.