« Electre » d’après Hofmannsthal et Sophocle par le Théâtre de l’Enfumeraie

Le décor inspire et séduit dès l’entrée, les costumes sont magnifiques et les huit comédiennes sont en parfaite harmonie. Le spectacle que nous propose le théâtre de l’Enfumeraie, très abouti et très novateur, propose une lecture complète du mythe d’Electre.

La représentation renoue avec le théâtre antique en alliant théâtre, chant, danse et musique. Un chœur, de vierges ou d’Erinyes selon le masque, scande autour d’Electre l’histoire du meurtre de son père par sa mère Clytemnestre et son amant, Egisthe.

Semblables aux démons qui habitent la jeune fille assoiffée de vengeance, des femmes l’entourent, l’encouragent, la menacent. Le texte devient partition quand les phrases font entendre plusieurs modulations et un seul rythme. Sans cesse en interaction, ces femmes sont semblables aux membres d’un même corps, articulé par leurs soins.

Les changements de rôles sont aussi fluides que l’ouverture des portes du palais à la japonaise, dont la transparence des battants permet de jouer avec les ombres et de démultiplier les personnages de cette tragédie avec grâce et précision.

La musique et le chant viennent soutenir les moments d’intensité dramatique et accompagnent Electre dans son deuil. C’est Oreste qu’elle attend pour venger son père, c’est en lui que sont placés tous ses espoirs et qui seul peut mettre fin à ses gémissements, à son incapacité de vivre dans le palais de la mère régicide et adultère.

Electre est tiraillée entre l’amour d’un père et la haine d’une mère, son mal-être ne peut se résoudre que dans les retrouvailles avec le frère et dans le meurtre de celle qui a tué. Là seulement, une nouvelle vie pourra être envisagée. Le chœur sert sa quête identitaire et lui donne une portée plus large.

La performance rend hommage au mythe dans le mélange des textes (Sophocle et Hofmannsthal essentiellement) et des influences. L’histoire d’Electre est rendue à son universalité, c’est une réussite !

F.