Étiquette : massacre

« Che dolore terribile è l’amore » de Daria Deflorian au Cloître des Carmes – délicate opération de resensibilisation

La langue invitée de cette 80e édition du Festival d’Avignon est le coréen. Parmi les artistes programmés, plusieurs qui viennent de Corée, et d’autres qui s’intéressent à des œuvres coréennes. C’est le cas de Daria Deflorian, qui adapte le dernier roman du Prix Nobel de littérature 2024, Han Kang, Impossibles adieux. Très bizarrement, le directeur du Festival, Tiago Rodrigues, a par ailleurs proposé à Julie Deliquet d’orchestrer une lecture de ce même roman avec Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Cette redondance qui n’est commentée nulle part donne l’impression qu’il n’y a qu’une autrice en Corée, et même qu’une œuvre d’elle. De nombreuses différences distinguent les deux projets, à commencer par le fait que Daria Deflorian est familière de l’autrice, et qu’elle a en quelques sortes devancé cette édition du Festival lorsqu’en 2024, avant même la consécration du Nobel, elle a adapté un autre roman d’Han Kang, La Végétarienne, avec une infinie délicatesse. La metteuse en scène italienne revient donc avec légitimité à cette écriture et en confirme sa compréhension profondément sensible dans Che dolore terribile è l’amore.
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Jean Genet au sujet des « Frères Karamazov » – l’allégresse de Dostoïevski

Les chefs-d’œuvre artistiques ou poétiques sont la plus haute forme de  l’esprit humain, son expression la plus convaincante : voilà un lieu commun qu’on se doit de conserver sous le titre de vérité éternelle. Qu’ils soient la plus haute forme de l’esprit humain, ou la forme la plus haute donnée à l’esprit humain, ou la plus haute forme prise, patiemment ou vite, par un coup de pot, toujours hardiment si l’on veut, il s’agit d’une forme, et cette forme est loin d’être la limite où peut s’aventurer un homme. Passons à Dostoïevski ou plutôt aux Frères Karamazov, chef-d’œuvre du roman, grand livre, audacieuse instigation des âmes, démesure et démesures.
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« Je vole… et le reste je le dirai aux ombres » de Jean-Christophe Dollé – approcher le mystère d’un fait divers avec le théâtre

Dans Mangez-le si vous voulez déjà, Jean-Christophe Dollé se servait du théâtre pour questionner l’horreur, le moment à la fois précis et indéchiffrable de bascule où le quotidien vire au drame, où le bon sens s’éloigne et laisse place à la folie meurtrière. D’un village du Périgord au XIXe siècle, il passe dans Je vole... et le reste je le dirai aux ombres au Paris du XXIe siècle, de la folie d’un village tout entier à la détresse d’un seul homme, de toute une après-midi à une seule seconde – celle qui précède le moment où Richard choisit de se jeter par la fenêtre et de se servir de son pouvoir secret, celui de voler, pour quelques instants au moins.
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