Catégorie : Spectacles

« Misterios y pequeñas historias » de Carlos Celdrán – récit de (dé-)formation

Dans Misterios y pequeñas piezas, Carlos Celdrán passe une nouvelle fois sa vie au tamis du théâtre. Après le roman des origines, qui reconstituait la triade père-mère-fils et partant ainsi du plus intime atteignait le cœur de problématiques politiques dans Diez millones, le metteur en scène se penche cette fois sur sa formation et se demande comment apprendre d’un maître et comment s’en affranchir pour s’affirmer comme artiste à son tour. Ce récit s’élabore cette fois encore entre la table et le plateau, et travaille à innerver le vécu de fiction pour le rétablir de la distance et le rendre partageable.
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« Les Idoles » de Christophe Honoré à l’Odéon – hommage aux morts et au théâtre

Christophe Honoré suit Stéphane Braunschsweig du Théâtre de la Colline à celui de l’Odéon, pour présenter après Nouveau Roman et Fin de l’histoire sa dernière création, Les Idoles. Dans ce spectacle, le metteur en scène assume une perspective plus intime, et propose une rêverie autour de tous les morts du sida qui ont peuplé sa jeunesse.…

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« Pavillon noir » des collectifs OS’O et Traverse au 104 – la scène à l’abordage du web

Au 104, centre culturel et artistique du 19earrondissement, se déroule depuis mi-janvier le Festival « Les Singuliers », qui a pour vocation de réunir « des artistes singuliers, des formes plurielles », dont les spectacles sont en effet caractérisés par l’hybridation des formes. C’est dans ce contexte qu’est accueilli Pavillon noir, œuvre créée l’année dernière par deux collectifs de jeunes artistes, les acteurs d’OS’O (« On s’organise »), issus de l’Ecole supérieure de théâtre de Bordeaux, et les jeunes auteurs de Traverse. Les premiers ont commandé aux seconds un texte parlant du deep webou du freedom web, ambivalence terminologique qui d’emblée place au cœur du débat suscité par ces revers de l’internet, qui se constituent en arme à double tranchant capable de contrôler l’individu autant que d’émanciper la société.
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« Le Carnaval baroque » du Poème Harmonique à l’Opéra royal de Versailles – petit bijou hors du temps

Hors du temps, loin de l’actualité, le Poème Harmonique maintient en place une petite bulle intacte à l’Opéra royal de Versailles, où l’ensemble de musique baroque reprend son Carnaval baroque, spectacle vieux de presque dix ans maintenant, qui tourne à travers le monde entier et rencontre chaque fois son public. Si le succès de la pièce est tel, c’est parce qu’il évoque le faste de la France de Louis XIV, qu’il est immédiat grâce à la musique et aux mimes comiques, et parce qu’il est d’une précision esthétique remarquable. Une petite pépite pour les nostalgiques d’un âge d’or poli par le temps.
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« 20 mSv » de Bruno Meyssat à la MC93 – Reconquête du réel par le sensible

20 mSv est le titre énigmatique de la nouvelle création de Bruno Meyssat, présentée à la MC93. L’artiste, connu pour ses spectacles documentés – et non documentaires –, se penche cette fois sur la catastrophe de Fukushima, et au-delà sur le nucléaire. Après la crise grecque ou celle des subprimes, il s’efforce donc d’approcher un autre pan de la réalité contemporaine, qui a lui aussi pour caractéristique d’être irreprésentable. Il ne s’agit pas pour Meyssat de reproduire sur scène ces événements qui façonnent notre histoire, mais de les ramener à notre esprit, de dépasser leur caractère inconcevable qui décourage la volonté de les comprendre et de les penser, et pousse à un déni collectif, parce qu’il n’est pas possible de vivre dans un état d’alerte permanent.
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« Joueurs » de Julien Gosselin aux Ateliers Berthier – Réflexions sur le live cinéma

Après Michel Houellebecq et Roberto Bolaño, le jeune metteur en scène Julien Gosselin s’est tourné vers l’écrivain américain Don DeLillo pour poursuivre ses recherches théâtrales dans le champ du romanesque. Pour l’édition 2018 du Festival d’Avignon, il n’a retenu non pas une mais trois de ses œuvres : Joueurs, Mao II et Les Noms. En tournée à l’Odéon, dans le cadre du Festival d’Automne, le spectacle-fleuve de 10 heures est décomposé en trois spectacles indépendants les soirs de semaine.
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« Dans le pays d’hiver » de Silvia Costa à la MC93 – invoquer le divin pour penser l’humain

Silvia Costa, metteure en scène et plasticienne, est également interprète dans l’œuvre qu’elle présente dans le cadre du Festival d’Automne, à la MC93, Dans le pays d’hiver. L’artiste arrive d’Italie, comme le duo Daria Deflorian et Antonio Tagliarni, qui viennent une nouvelle fois en France avec leur dernière création, Quasi niente. L’art de ces artistes se situe pourtant aux antipodes, avec d’une part un théâtre documentaire situé au plus près du réel, volontairement très peu spectaculaire, et de l’autre un théâtre qui se nourrit de mythologie pour créer des visions scéniques à caractère pictural.
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« Les Démons » de Sylvain Creuzevault aux Ateliers Berthier – embarquement au cœur de la tempête dostoïevskienne

Après Jean Bellorini et Frank Castorf ces derniers mois, c’est au tour de Sylvain Creuzevault de se prêter à l’adaptation d’un roman de Dostoïevski. La pratique est fréquente depuis 1910 en France, initiée par Jacques Copeau, bientôt imité par Gaston Baty, André Barsacq, Albert Camus, Chantal Morel, Roger Planchon ou Vincent Macaigne – pour ne pas citer les autres grands metteurs en scène européens qui s’y sont essayés. En adaptant Les Démons, Sylvain Creuzevault s’inscrit donc dans cette grande tradition théâtrale et se soumet à ce qui est presque devenu un passage obligé dans le parcours d’un artiste.
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« Desagüe » de Laura Liz Gil – vivre, envers et contre tout

Après la trêve estivale, le Théâtre Argos rouvre ses portes au public avec la reprise de Desagüe, pièce mise en scène par l’une des actrices de la compagnie, Yailin Coppola, qui monte une œuvre de la jeune Laura Liz Gil, récompensée par le Prix National de Dramaturgie de jeunes auteurs en 2016. Dans ce texte, dont le titre désigne un tuyau d’écoulement, qui annonce par métaphore que le plateau sera le lieu d’un déversoir, les tragédies qui font le quotidien de chaque famille cubaine s’accumulent. Alors que le miroir tendu au public pourrait servir à désigner en grand la société, le reflet est ici littéral, la scène devient l’exacte reproduction de la réalité, sans autre ambition qu’en désigner les travers plus ou moins grands avec amertume et humour, dérision et tendresse.
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« L’Avare » mis en scène par Ludovic Lagarde à l’Odéon – générosité d’un avare

En cette fin de saison, l’Odéon accueille L’Avare de Ludovic Lagarde, spectacle créé à Reims en 2014, au Centre dramatique national que dirige le metteur en scène. Depuis quatre ans, l’œuvre tourne à travers toute la France, et il est aisé de comprendre pourquoi : Lagarde s’empare d’un classique que le temps enrichit plutôt qu’il n’atteint, en offre une approche profondément corporelle qui met en valeur chaque nuance du texte de Molière, place au cœur de son spectacle un acteur qui transcende la scène et l’entoure d’autres comédiens qui sont loin de rester dans son ombre… Rien d’extraordinaire en apparence dans ce projet, et pourtant, le résultat, parce qu’il conjugue la puissance d’un texte, la performance remarquable d’acteurs et l’art abouti d’un metteur en scène, est fabuleux.
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