« Le Shaga » de Duras à l’Athénée

En ce moment à l’Athénée, se jouent simultanément Le Shaga et Savannah Bay, toutes deux écrites par Marguerite Duras. La première pièce, mise en scène par Claire Deluca et Jean-Maris Lehec, a investi la petite salle Christian-Bérard, que l’on découvre en gravissant les marches du théâtre au-delà même des galeries les plus hautes de la grande salle. Dans ce grenier de luxe est offert un délire verbal à la Ionesco.

L’ouvreur nous avait prévenus : la salle Christian-Bérard est de style néo-pompéien. En attendant que les lumières s’éteignent et que le public réuni en petit comité s’installe, on le constate en effet, tout en se demandant où se trouve la régie. Le plateau, proportionnel à la salle, nous présente un écran bleu, unique élément de scénographie. Pour le reste, tout tient au texte et aux comédiens.

En se réveillant un matin, une jeune fille découvre qu’elle parle le Shaga. Elle n’arrive plus à articuler un mot de Français mais elle parle le Shaga comme si c’était sa langue maternelle. Une femme plus âgée, qui la connaissait la veille, s’étonne et lui fait raconter cette transformation, déduisant des sons qu’elle émet le sens de sa réponse.

Arrive un homme avec un bidon d’essence vide, qui vient compléter le tableau. On se croirait dans Huis Clos de Sartre, mais aussi dans une pièce de Ionesco. Les trois personnages sont là sans raison apparente et échangent au gré de leurs envies et de leurs histoires. Il n’y a ni intrigue ni rebondissement ni dénouement. C’est le langage lui-même qui est exploré, essayé et mis à l’épreuve de la communication.

Cette « folie », comme la caractérisait Duras, ne porte pas de message au-delà des mots, ou de dénonciation implicite. Il faut se contenter du langage, de ses pirouettes et de ses extravagances. On voit ainsi passer un oiseau qui parle, qui dit « Allo allo, c’est moâ », un lion qui pèse une demi-tonne, une sirène sur un banc de corail.

Ces images font voyager au-delà des costumes bons bourgeois des comédiens et du petit plateau étriqué qui leur laisse peu de liberté. Il faut simplement se laisser aller au rire sans vouloir trouver un sens à tout cela, et accepter de les voir repartir comme ils sont arrivés, sans poser la question « Et on va où avec ça, Monsieur ? » mais plutôt « Shava ? ».

F. pour Inferno

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