« Au Pays des (Asphalt Jungle 2) » de Sylvain Levey par le Théâtre Rictus

Au Pays des est une fable sociale dont on a ôté le merveilleux. Les costumes de la parade sont encore là mais la magie a fait place à un réalisme cruel qui cherche à faire réagir, ou du moins réfléchir.


Deux chronologies se mêlent, spatialement distinguées. À l’avant-scène, trois employés du « team » reviennent sur la dégradation, par étapes bien précises, d’un quatrième. De l’ignorance au dénuement matériel, l’employé voit, mois par mois, sa situation empirer jusqu’au désespoir.

À l’arrière-plan, de l’autre côté de la barrière, ce sont les subalternes, les figurants d’une parade Disney. Ils déplorent le suicide de l’un des leurs, non pas tant pour la perte que pour l’embarras que cela provoque dans les rangs : pas de Sept nains sans Blanche-Neige, pas de trio de canard s’il en manque un.

Ce qui lie les deux mondes, outre la victime, c’est la soumission à l’ordre supérieur. Comme le Big Brother d’Orwell, on ne sait pas vraiment d’où émanent les consignes, mais il faut les suivre à la lettre. Le risque, si on y déroge, est de subir la violence verbale et morale, celle-là même à laquelle on assiste.

Que ce soit à l’un ou l’autre rang dans l’échelle de la boîte, le discours est miné par la répétition et le faux-fuyant. La parole se distribue d’un comédien à un autre selon une partition très précise et rythmée, qui n’est pourtant pas garante de la communication.

La scénographie sert à point le propos du deuxième volet de cette trilogie urbaine.

 

F. pour Le Bruit du Off