« Un procès. Après un ennemi du peuple » de Christiane Jatahy et Wagner Moura au Gymnase du Lycée Aubanel – vacuité d’un tribunal populaire
Christiane Jatahy est à nouveau invitée au Festival d’Avignon cette année. Son nom est cette fois associé à celui de Wagner Moura, acteur brésilien devenu célèbre grâce à la série Narcos, dans laquelle il interprétait de manière mémorable le rôle de Pablo Escobar. On le découvre sur les planches pour la première fois avec Un procès. Après un ennemi du peuple. Après Tchekhov, Homère, Lars von Trier ou encore Shakespeare, la metteuse en scène brésilienne adapte cette fois un classique d’Ibsen. Avec Wagner Moura et le scénariste Lucas Paraizo, ils imaginent un procès pour le personnage principal, Thomas Stockmann, qui vise à trancher : est-il effectivement un ennemi du peuple ? Partant de la pièce, les artistes inventent une situation et un dispositif enrichi par le cinéma, qui pèche cruellement par manque de dramaturgie et démagogie.
Après plusieurs spectacles qui ont permis de découvrir et explorer des écritures britanniques contemporaines – de Denis Kelly ou Lucy Kirkwood – Chloé Dabert revient à une œuvre classique pour la première fois depuis son Iphigénie, en 2018. Son choix s’est porté sur Marie Stuart de Schiller, et il apparaît d’emblée que cette pièce lui va bien. Sa mécanique raffinée mise au service de l’affrontement de deux reines, l’intrication étroite de questions personnelles, religieuses et politiques dans des répliques denses et ciselées ou encore la nécessité d’une ample distribution – ce sont là des défis que le geste artistique de Chloé Dabert paraît en mesure de relever, sur le papier. Le résultat est une mise en scène d'une précision redoutable qui confirme pleinement cette intuition première.
