« Le Vrai Spectacle » de Joris Lacoste au T2G

Derrière le titre prometteur et plutôt prétentieux de la dernière création de Joris Lacoste, se cache une expérience originale d’hypnose collective. Le Vrai Spectacle s’inscrit dans une réflexion de l’artiste sur cet état de demi-conscience, qui a déjà connu quelques réalisations. Ici, l’imaginaire de chacun devient le lieu d’un spectacle intime et onirique.

Face au plateau 2 de Genevilliers, les sièges nous attendent avec des couvertures. Une place sur deux uniquement étant occupée, on se voit octroyé un espace inattendu au théâtre. Chacun s’installe, dépliant timidement sa polaire et les voix se taisent d’elles-mêmes dans cette atmosphère feutrée.

Rodolphe Congé arrive sur scène sans artifice et vient nous raconter ce qu’il va se passer. Nous allons vivre un spectacle littéralement hypnotique. Pour nous mettre en condition, il nous raconte sa propre expérience avec un hypnothérapeute, tout en nous incitant à trouver notre confort. On s’enfonce dans nos fauteuils et on se prend à enlever nos chaussures.

Ce que le comédien nous annonce, c’est un état second avec pour seule drogue les mots. Rien qu’avec ça, on se sent émerveillés et l’on veut tout mettre en œuvre pour y croire, pour ne rien laisser nous empêcher de vivre cela. Sa parole déjà lancinante nous berce et nous met en état de réception.

Petit à petit, on réalise que cette introduction fait déjà partie du spectacle, et on se laisse aller à rêvasser, à laisser certains mots à d’autres, sans peur d’avoir raté quelque chose : pour la première fois, on s’autorise à somnoler au théâtre, sans états d’âme. Il faut dire que le texte n’est pas franchement poétique dans sa simplicité répétitive, nécessaire au voyage.

Nos yeux se ferment insensiblement et les mots de la litanie de Rodolphe Congé invoquent nos pensées et se mêlent à elles. L’expérience devient de plus en plus intime : c’est en chacun que se forme la scène, avec nos représentations et nos souvenirs. Derrière nos paupières apparaissent des papillons qui ont les formes et les couleurs de notre imagination.

En plus de la voix, lumière et sons jouent sur nos sens, abandonnés au flou du sommeil. L’effet peut être puissant. Pour ma part, peu après le début du spectacle, mon buste s’est mis à tourner à une allure folle vers la droite et mes jambes au même rythme vers la gauche. J’ai ressenti un léger sentiment de nausée et le besoin de trouver un point fixe, comme sous la fièvre.

A part le mal de dos qui oblige à trouver une autre position, les autres effets étaient moins physiques que mentaux : images et bribes du passé, choc épidermique des sons… Souvent, le cheminement était interrompu par la voix du comédien qui nous menait ailleurs et nous sortait du même coup de l’univers ouaté de nos pensées. A plusieurs reprises, j’aurais voulu continuer d’explorer seule la boîte de velours qui a été ouverte.

Est-ce qu’il s’agit d’hypnose ou simplement d’un état de rêverie lié à la fatigue et plus prolongé qu’au quotidien ? Difficile à dire. Finalement, c’est un rêve dont on sort peut-être un peu déçus, même si le partage lui a donné une autre teneur que celui qui nous attend en rentrant. L’impact est certainement plus puissant quand la fiction vient de l’extérieur.

Quoiqu’il en soit, après être redescendus dans nos fauteuils et une fois que le froid est venu fouetter nos corps engourdis, on ressent le besoin de partager. Pour cela, un blog a été mis en place, où ceux qui ont été le plus loin dans le l’hypnose ont fait part de leur expérience toute personnelle.

F. pour Inferno

Pour en savoir plus sur le spectacle, cliquez ici.