28 Juin

« Dans l’intimité des frères Caillebotte » au Musée Jacquemart André

La mise en regard de la peinture et de la photographie est prometteuse dès l’affiche du musée Jacquemart André. Si le nom de Caillebotte n’évoque pas immédiatement quelque chose, la trace impressionniste de Gustave attire le regard et rétablit un univers familier. L’exposition l’est d’autant plus que les photographies de Martial nous immergent dans l’intimité d’une riche famille du XIXème siècle.

L’Histoire a moins retenu Gustave Caillebotte comme peintre que comme mécène des plus grands impressionnistes. Néanmoins, les sujets sont les mêmes et sa pâte est proche de celle de ses contemporains. D’une toile à l’autre, son style est moins régulier que celui d’un Renoir, mais son originalité se situe dans les points de vue et les cadrages de ses toiles.

C’est là que la mise en regard avec les photographies de son frère est la plus frappante. Après les modèles et les paysages communs, les vues en plongée et la rupture de la symétrie propre à la modernité sont des ponts esthétiques évidents.

L’organisation thématique de l’exposition est très efficace : Paris, la famille, les jardins, la campagne… Peintures et photos se font écho et se mettent en lumière mutuellement. Le tout permet de donner un riche aperçu de la vie de deux Parisiens de milieu aisé à la fin du XIXème.

Les mutations à venir des deux arts ici croisés sont perceptibles. Le contexte de révolution industrielle et les travaux d’Haussmann à Paris modifient le regard du photographe et le trait du peintre. L’un comme l’autre deviennent plus audacieux et étonnamment proches de notre actualité.

Pour Gustave, la stabilité imposante des chemins de fer ou des ponts, figurée par des traits nets, s’oppose à la nature fuyante des bateaux sur la Seine, saisis par petites touches qui rapprochent les toiles du pointillisme. Martial s’attache à saisir la vitesse des voiliers qui le passionnent et le geste au naturel, allant jusqu’à braver les règles strictes de la pudeur.

A l’image de deux frères, peintures et photos se complètent et dialoguent, de façon plus ou moins équilibrée, l’un prenant parfois le dessus sur l’autre. La présentation des photographies est particulièrement réussie et tend à les faire préférer à la peinture, alors que l’intérêt-même de l’exposition est le face à face.

 

F.

 

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