25 Jan

« Les Justes » par Diastème

Quasiment en même temps que Sartre avec Les Mains sales, Camus s’attaque en 1948 à une problématique dans l’air du temps : celle des attentats terroristes au nom d’idées révolutionnaires. Dans Les Justes, la scène se passe en 1905, et le parti socialiste révolutionnaire, représenté par quatre hommes et une femme, s’apprête à tuer à la bombe le grand-duc Serge.

Contrairement à Sartre, dans la pièce duquel la réflexion prend le pas sur l’acte, Camus, lui, poursuit le débat jusqu’à l’après-attentat, lors du temps des remords ou des pensées a posteriori. En effet, les cinq tableaux suivent la logique classique : montée de l’angoisse jusqu’à l’acmé – le plus fort de la pièce – , avant la rechute vers des eaux plus calmes mais tout autant tourmentées.

Dans ce texte magnifique et puissant, il n’est pas seulement question d’idéologies politiques, mais aussi de conscience, de suicide, d’avenir et, plus étonnant, de bonheur, d’amour. Certaines phrases sonnent comme des vérités éternelles quels que soit le comédien ou la mise en scène.

Celle de Diastème est pour le moins sobre, mais pas épurée pour autant. Elle enrobe le texte et lui donne un cadre neutre, ce qui est positif. Quant aux acteurs, on ne peut pas leur reprocher grand-chose, si ce n’est qu’on ne retient peut-être pas leur nom. Est-ce leur faute ou celle de Camus, dont le texte transcende toute personnalité ? Difficile à dire.

Quoiqu’il en soit, le rythme est là, la perception de la pièce aussi. Quand Diastème dit « C’est une pièce qui nous rend plus intelligent, qui nous fait comprendre ce qu’il y a de plus compliqué chez l’homme, avec des mots si simples que chacun d’entre eux nous transperce le cœur », on adhère.

F.

En bonus, quelques citations :

La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre. – Stepan

J’aime la beauté, le bonheur ! C’est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer ? La révolution bien sûr ! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie, tu comprends ? […] Et puis, nous tuons pour bâtir un monde où plus jamais personne ne tuera ! Nous acceptons d’être criminels pour que la terre se couvre enfin d’innocents. – Yanek

Mais non, c’est l’éternel hiver. Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes. Il y a une chaleur qui n’est pas pour nous. […] Il faut du temps pour aimer. Nous avons à peine assez de temps pour la justice. – Dora

Laissez-moi me préparer à mourir. Si je ne mourais pas, c’est alors que je serais un meurtrier. – Yanek

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