Catégorie : Spectacles

« Summertime » de Céline Ohrel à la Comédie de Caen – le berceau de la tech en flammes

La Comédie de Caen présente en cette fin d’année la dernière création de Céline Ohrel, Summertime. L’artiste, restée associée au CDN de la direction de Marcial di Fonzo Bo à celle d’Aurore Fattier, signe tout à la fois l’écriture et la mise en scène de ce spectacle, et en est en plus interprète aux côtés de Philippe Grand’Henry, partenaire de longue date. À eux deux, ils plongent dans un drame familial permettant de raconter les débuts d’internet et les utopies contrariées qu’avait laissé entrevoir cette invention vieille de quarante ans à peine.
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« Le Paradoxe de John » de Philippe Quesne à la Bastille – la pratique de l’art comme remède à l’être-ensemble

Dans le cadre du Festival d’Automne, Philippe Quesne est invité avec sa dernière création, Le Paradoxe de John. Le titre s’impose d’emblée comme une référence à l’un des premiers spectacles de l’artiste, qui s’est constitué en tube théâtral à force de reprises et de tournées : L’Effet de Serge. Cet effet miroir n’est là que le premier indice de la place accordée au souvenir de ce spectacle passé, souvenir qui hante Le Paradoxe de John et cultive une profonde nostalgie qui entretient la comparaison et retarde le moment d’envisager cette nouvelle création pour elle-même.
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« Pétrole » de Sylvain Creuzevault, d’après Pasolini, au Théâtre de l’Odéon – plongée dans les méandres d’un chantier romanesque tentaculaire

Après Dostoïevski, après Peter Weiss et son envers Edelweiss, Sylvain Creuzevault inaugure un nouveau cycle théâtral sur Pasolini. En plus d’études proposées avec les élèves du CNSAD autour de quatre œuvres de l’artiste italien et une Fabrique Pasolini qui compile plusieurs types de textes et leurs commentaires, il s’est engagé dans l’adaptation d’un roman inachevé et publié et de manière posthume : Pétrole. Avec ses précédents spectacles, le metteur en scène s’est rendu maître dans l’art de rendre sensibles et intelligibles des matériaux d’une densité et d’une complexité incroyables. Ce nouveau spectacle le démontre une nouvelle fois, à ceci près que Creuzevault ne parvient pas à reconduire sur scène la quête formelle engagée par Pasolini dans son chantier romanesque.
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« Trust me for a while » de la compagnie Plexus Polaire au Sablier – la révolte des marionnettes

Dans le cadre des Boréales, festival normand dédié à la culture nordique, le Sablier accueille un spectacle qui a d’abord tourné dans des lycées et des centres sociaux avant d’être programmé dans le festival Théâtre en Mai à Dijon et de débuter une nouvelle vie en salle. Il s’agit de Trust me for a while, de la compagnie Plexus Polaire, dirigée par Yngvild Aspeli. L’artiste norvégienne ne se positionne cette fois pas en marionnettiste virtuose – comme dans le spectacle qui l’a fait connaître, Chambre noire, ou dans le dernier en date, Maison de poupée – mais en metteuse en scène d’élèves récemment diplômés de l’ESNAM. La particularité de Trust me for a while est également de ne pas prendre appui sur une œuvre du répertoire ou sur un texte existant, mais d’être une création originale qui replace la dramaturgie au centre du geste artistique d’Aspeli – d’autant plus au centre que le spectacle propose une réflexion méta sur la pratique marionnettique.
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« Le Pas du monde » du Collectif XY à la Villette – expérience de la symbiose

Le Collectif XY est accueilli à la Villette pour plusieurs semaines avec Le Pas du monde, dernière création qui vient couronner vingt ans d’activité. Le chapiteau est à cette occasion comble, d’un public parfois jeune car le spectacle est indiqué à partir de 8 ans, mais qui n’est pas pour autant celui d’un spectacle jeune public. L’attente fébrile des enfants et des adultes se révèle à la hauteur de la virtuosité de la proposition artistique, mais aussi des images puissantes que convoque le porté acrobatique, qui, au-delà de la performance, illustre les vertus d’une vie en symbiose.
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« La Guerre n’a pas un visage de femme » de Julie Deliquet au TGP – chœur de femmes guerrillères

Après Chloé Dabert à Reims et Aurore Fattier à Caen, c’est au tour de Julie Deliquet d’inaugurer la saison du CDN qu’elle dirige avec une ample création réunissant une dizaine de personnes sur scène. La directrice du TGP de Saint-Denis a jeté son dévolu sur la première et la plus célèbre œuvre de Svetlana Alexievich, prix Nobel 2015 : La Guerre n’a pas un visage de femme. Ce choix s’inscrit dans la continuité de ses précédents spectacles, Huit heures ne font pas un jour d’après Fassbinder, et Welfare d’après Frederick Wisemen, dans lesquels elle explorait la crête escarpée qui sépare ou unit fiction et documentaire. À partir des témoignages poignants de femmes récoltés par l’autrice biélorusse, elle recrée neuf personnages chargés de raconter la guerre qui a opposé les Allemands aux soviétiques entre 41 et 45, formant un chœur qui donne corps à la polyphonie de l’œuvre.
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« Recommencer ce monde » de Jérôme Bel, Estelle Zhong Mengual et Jolente de Keersmaeker à la Comédie de Caen – pister les présences invisibles

Dans le cadre d’une vaste programmation intitulée « Recommencer ? Manifestation pour le vivant ! », qui réunit des spectacles, des films, des conférences ou encore des marches, Jérôme Bel, artiste associé à la Comédie de Caen, présente sa dernière création, Recommencer ce monde, cosignée avec Estelle Zhong Mengual, historienne de l’art elle aussi associée au CDN, et l’actrice flamande Jolente de Keersmaeker. Tous trois élaborent une proposition minimale à partir de textes philosophiques de Baptiste Morizot et Val Plumwood, dont l’ambition est pourtant immense comme le redit le descriptif du spectacle, après le titre. L’écart entretenu fonctionne – jusqu’à un certain point.
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« Pour un temps sois peu » de Laurène Marx à l’Espace 1789 – parcours du combattant d’une femme trans (et neuroatypique)

Trois ans après sa création au Théâtre de Belleville, après une polémique qui a avorté une première version du spectacle dans laquelle le texte était pris en charge par une actrice cisgenre, Pour un temps sois peu, spectacle qui a révélé Laurène Marx et lui a immédiatement octroyé une place dans le paysage théâtral contemporain, est symptomatiquement repris dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Pour la 150e représentation, l’Espace 1789 est plein à craquer, d’un public en grande partie acquis, ou du moins heureux de s’inscrire à cette session de rattrapage. Le trouble créé par ce spectacle, qui a beaucoup été commenté entre temps, est sans doute d’une nature un peu différente aujourd’hui, mais il y a bien trouble - dans le genre et dans le champ neuroatypique.
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« Le Dindon » de Georges Feydeau, mis en scène par Aurore Fattier à la Comédie de Caen – le parti de la farce

La nouvelle saison est inaugurée à la Comédie de Caen avec Le Dindon, première création d’Aurore Fattier en tant que directrice de ce CDN. À cette occasion, l’artiste revient à un auteur qu’elle a déjà côtoyé et avec lequel elle a même inauguré son geste de mise en scène : Georges Feydeau. Sans que l’on cerne bien sous quel signe elle place son mandat avec ce choix – celui de la relecture subversive des classiques ou celui du divertissement, ou peut-être les deux –, ce spectacle n’en propose pas moins une fête du théâtre, grâce à une équipe de personnalités riches en couleur qui parvient à faire rire à partir d’un matériau désigné comme profondément anachronique.
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« Marie Stuart » de Schiller, mis en scène par Chloé Dabert à la Comédie de Reims – optique de pointe pour une œuvre de 1800

Après plusieurs spectacles qui ont permis de découvrir et explorer des écritures britanniques contemporaines – de Denis Kelly ou Lucy Kirkwood – Chloé Dabert revient à une œuvre classique pour la première fois depuis son Iphigénie, en 2018. Son choix s’est porté sur Marie Stuart de Schiller, et il apparaît d’emblée que cette pièce lui va bien. Sa mécanique raffinée mise au service de l’affrontement de deux reines, l’intrication étroite de questions personnelles, religieuses et politiques dans des répliques denses et ciselées ou encore la nécessité d’une ample distribution – ce sont là des défis que le geste artistique de Chloé Dabert paraît en mesure de relever, sur le papier. Le résultat est une mise en scène d'une précision redoutable qui confirme pleinement cette intuition première.
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