Catégorie : Spectacles

« The Last Hamlet » de Ben Duke au Cloître des Célestins – Hamlet à mort, vive Hamlet !

Au Cloître des Célestins, l’artiste britannique Ben Duke, auquel le Théâtre de la Ville consacre à la rentrée prochaine tout un Focus, présente The Last Hamlet. Une variation sur la pièce de Shakespeare avec des moyens limités qui aspire cependant à être la dernière mise en scène d’Hamlet, car elle finira de démontrer que l’histoire de ce personnage dépressif et misogyne infuse en profondeur notre société et qu’il est nécessaire de s’en débarrasser. Cette ambition est aussi démesurée que l’humour mobilisé pour l’atteindre est fin, mélange qui donne un cocktail dramaturgique savoureux.
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« CAPRA (une chèvre) » de Jeanne Candel au Gymnase du Lycée Mistral – dans le ventre de la poétesse

Jeanne Candel, qui reprenait l’an dernier son formidable spectacle jeune public Fusées au Festival d’Avignon, est cette fois invitée avec une création. Celle-ci est intitulée CAPRA (une chèvre), titre qui évoque de loin en loin le bouc de Dionysos mais qui ne crée pas d’horizon d’attente particulier. La signature de l’artiste promet cependant un théâtre irrigué de musique, et la distribution – extrêmement réjouissante dès la lecture des noms des acteurs et actrices réunis, qui mêle la bande Jeanne Candel à celle de Samuel Achache avec lequel elle a plusieurs fois travaillé – achève de convaincre de se laisser prendre au jeu. L’idée est cette fois d’immerger dans l’âme brouillonne d’une poétesse, projet qui prend l’allure d’un voyage en absurdie.
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« Un procès. Après un ennemi du peuple » de Christiane Jatahy et Wagner Moura au Gymnase du Lycée Aubanel – vacuité d’un tribunal populaire

Christiane Jatahy est à nouveau invitée au Festival d’Avignon cette année. Son nom est cette fois associé à celui de Wagner Moura, acteur brésilien devenu célèbre grâce à la série Narcos, dans laquelle il interprétait de manière mémorable le rôle de Pablo Escobar. On le découvre sur les planches pour la première fois avec Un procès. Après un ennemi du peuple. Après Tchekhov, Homère, Lars von Trier ou encore Shakespeare, la metteuse en scène brésilienne adapte cette fois un classique d’Ibsen. Avec Wagner Moura et le scénariste Lucas Paraizo, ils imaginent un procès pour le personnage principal, Thomas Stockmann, qui vise à trancher : est-il effectivement un ennemi du peuple ? Partant de la pièce, les artistes inventent une situation et un dispositif enrichi par le cinéma, qui pèche cruellement par manque de dramaturgie et démagogie.
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« 5 secondes » de Catherine Benhamou mis en scène par Hélène Soulié à la Manufacture – du fait divers patriarcal à la performance drag

À la Manufacture, Hélène Soulié présente une mise en scène de 5 secondes, texte de Catherine Benhamou inspiré d'un fait divers. Le monologue qu'il a inspiré est confié à Maxime Taffanel, qui le prend en charge à bras-le-corps. Après l’épure du début du spectacle, se déploie une esthétique drag inattendue qui prend appui sur toutes les ressources de l’acteur et décuple la puissance du texte.
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« Che dolore terribile è l’amore » de Daria Deflorian au Cloître des Carmes – délicate opération de resensibilisation

La langue invitée de cette 80e édition du Festival d’Avignon est le coréen. Parmi les artistes programmés, plusieurs qui viennent de Corée, et d’autres qui s’intéressent à des œuvres coréennes. C’est le cas de Daria Deflorian, qui adapte le dernier roman du Prix Nobel de littérature 2024, Han Kang, Impossibles adieux. Très bizarrement, le directeur du Festival, Tiago Rodrigues, a par ailleurs proposé à Julie Deliquet d’orchestrer une lecture de ce même roman avec Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Cette redondance qui n’est commentée nulle part donne l’impression qu’il n’y a qu’une autrice en Corée, et même qu’une œuvre d’elle. De nombreuses différences distinguent les deux projets, à commencer par le fait que Daria Deflorian est familière de l’autrice, et qu’elle a en quelques sortes devancé cette édition du Festival lorsqu’en 2024, avant même la consécration du Nobel, elle a adapté un autre roman d’Han Kang, La Végétarienne, avec une infinie délicatesse. La metteuse en scène italienne revient donc avec légitimité à cette écriture et en confirme sa compréhension profondément sensible dans Che dolore terribile è l’amore.
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« Prendre soin » d’Alexander Zeldin aux Abbesses – innocuité de l’hyperréalisme

En octobre 2025, le premier spectacle d’Alexander Zeldin a été recréé dans une version française. Beyond Caring est ainsi devenu Prendre soin – traduction qui mériterait d’emblée un commentaire. La démarche de l’artiste britannique dans ce spectacle, accueilli en cette fin de saison aux Abbesses, paraît proche de LOVE, sa deuxième création. Pourtant, elle ne fonctionne pas ce coup-ci et se révèle même problématique à plusieurs égards. Est-ce parce que le geste artistique de Zeldin – que l’on découvre dans le désordre en France – a mûri avec Une mort dans la famille et qu’il a tenté de se déplacer avec The Confessions ? Ou est-ce la transposition spatio-temporelle et culturelle, du Royaume-Uni de 2014 à la France de 2026 qui échoue – et démontre une nouvelle fois que les spectacles ne sont pas des objets qu’il est possible de conserver en bocal, que leur succès est étroitement lié au contexte dans lequel ils émergent, à leur capacité à mettre en résonance le moment présent ? Dans tous les cas, Prendre soin, aujourd’hui, sonne faux.
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« Scenes from a marriage » de Markus Öhrn à l’Odéon – scènes de violences conjugales

Le metteur en scène plasticien Markus Öhrn est invité pour la première fois en France depuis 2018 par le Théâtre de l’Odéon, avec la création de Scenes from a marriage. Pour cette adaptation du scénario d’Ingmar Bergman, l’artiste travaille avec un couple français, Hélène Morelli et Mathieu Perotto, et reprend le langage qui est le sien : une boîte blanche, des masques et des voix transformées. Sur le papier, ces partis pris semblent hautement incompatibles avec l’œuvre choisie, uniquement faite de dialogues qui invitent à un jeu psychologique capable de rendre toutes les nuances qu’il exprime et tous les sentiments contradictoires qu’il charrie. Cependant, ce langage scénique n’est pas tant mis au service d’une mise en scène de ce texte que de son envers : Markus Öhrn s’aventure dans son inconscient – son inconscient le plus trash et le plus gore. Il prend ainsi l’œuvre à contrepied pour dénoncer la toxicité de nos relations conjugales, mais aussi pour déchaîner la violence présente en puissance chez Bergman.
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« La Maison de Bernarda Alba » de Federico García Lorca, mis en scène par Thibaud Croisy au T2G – à couteaux tirés

En cette saison qui touche déjà à sa fin, Thibaud Croisy présente au T2G La Maison de Bernarda Alba. Après plusieurs créations de son cru et une mise en scène de Copi, l’artiste a cette fois jeté son dévolu sur la dernière pièce de l’écrivain espagnol Federico García Lorca. Ce texte de 1936, moins connu que Noces de sang, est présenté dans une nouvelle traduction du metteur en scène et de Laurey Braguier qui en exhausse toute la modernité. La mise en scène incisive de ce huis clos féminin magistralement interprété prend la forme d’une dénonciation acerbe du rigorisme moral et du repli sur soi.
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« Edith Beale au Reno Sweeney » de Pierre Maillet – rencontre cabarétique avec une icône

Le Théâtre des Cordes du CDN de Caen est métamorphosé en cabaret par Pierre Maillet pour la présentation de sa dernière création, Edith Beale au Reno Sweeney. Le titre de ce spectacle paraît sans doute sibyllin à la majorité du public, qui se fie à l’artiste et à son équipe, fidèles de la maison, et se laisse ainsi embarquer dans une aventure pleine de surprises et de découvertes. Ce cabaret à première vue léger et déluré se révèle d’une profondeur dramaturgique réjouissante, en grande partie grâce à la performance magistrale de Frédérique Loliée qui institue de manière définitive Edith Beale en icône.
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« OVTR (On va tout rendre) » de Gaëlle Bourges au Théâtre Public de Montreuil – enquête chantée et dansée sur le pillage du Parthénon

Le Théâtre Public de Montreuil laisse carte blanche à Gaëlle Bourges pour l’événement "Quartiers d’artistes » : pendant un mois, la chorégraphe et danseuse propose avec sa compagnie des spectacles, des performances, des ateliers et des conférences. À cette occasion, Gaëlle Bourges reprend certaines de ses œuvres, comme OVTR (On va tout rendre) créé en 2021, qui s’inspire de l’histoire des « marbres d’Elgin », ou du pillage de l’Acropole par un ambassadeur britannique au début du XIXe siècle. Ce spectacle semble s’inscrire dans le sillage du triptyque inaugural de Gaëlle Bourges, Vider Vénus, mais il révèle que les mêmes ressorts ne produisent pas toujours le même résultat, qu’un équilibre subtil est nécessaire pour que survienne l’émotion et opère la rencontre avec les œuvres.
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