« Splendid’s » de Genet à l’Athénée

Cristèle Alves Meira a littéralement investi le théâtre de l’Athénée avec sa mise en scène de Splendid’s de Genet. Grâce à une approche audacieuse et huit comédiens puissants, elle revisite cette pièce que l’auteur n’a jamais vue publiée ni jouée de son vivant.

Sept gangsters et un policier qui a retourné sa veste se trouvent en huis clos dans l’hôtel qu’ils ont pris d’assaut, le Splendid’s. Une jeune héritière américaine y a été prise comme otage, mais l’un d’eux l’a tuée par inadvertance. Les négociations avec la police sont donc compromises comme le laisse entendre la voix off de la radio. Ce qui nous est alors donné à voir, ce sont des jeux de manipulation, des rapports de force au sein d’un groupe qui se révèle en fin de compte peu soudé.

Alors que le public s’installe, il découvre des bouleversements dans le théâtre à l’italienne. La scène se trouve surélevée au centre de l’orchestre et les spectateurs l’entourent de part et d’autre. Les lumières restent allumées et les portes ne se referment pas. Nous voilà cernés et pris dans l’hôtel qui suit les contours du théâtre et de ses loges. Les comédiens surgissent de tous les côtés, à tous les étages, et circulent comme des ombres dans les couloirs : la mise en condition est totale.

Avec leur kalachnikov à la main, toutes personnalisées par la bandoulière, les membres de la Rafale apparaissent chacun à leur tour et occupent l’espace tout entier de leur corps et de leurs pas. La radio en arabe surtitré leur indique le temps qu’il leur reste, pour vivre ou se rendre. Dans ce contexte de tension extrême, les passions sont catalysées.

Scott a beau rappeler que la politesse est de mise, les rapports sont violents et brusques. La scène très étrange de la folie de Pierrot, qui occupe bien un quart du spectacle, en témoigne. Désespéré par la mort de son frère, il veut le faire revivre à travers son corps. Nu et couvert de sang, il est secoué par des spasmes qui l’empêchent de se redresser. Finalement, c’est lui qui ôtera son arme à Johnny, le leader du groupe ainsi déchu.

Sans chef, la peur exacerbe les émotions et les limites sont encore repoussées. Le moment approche où la police débarquera dans l’hôtel. Que faire : se battre jusqu’à la dernière minute ou se rendre ? Le suicide, la lâcheté, le changement de camp, tout est envisagé. La seule chose qui compte, c’est d’avoir le courage d’aller au bout de sa propre décision.

Mieux qu’un film de gangsters, cette pièce prend aux tripes et on se surprend à avoir peur quand un comédien nous frôle d’un peu trop près. On y retrouve néanmoins tout l’érotisme propre aux textes de Genet et ce mélange est explosif.

F. pour Inferno

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