25 Fév

« La Poétique » d’Aristote

La Poétique d’Aristote est un petit manuel qui a rapidement traversé les âges. Dès la Renaissance, ses préceptes sont pris pour parole d’Evangile, et, par la suite, les artistes de la cour de Louis XIV mettent un point d’honneur à les appliquer à la lettre. Aujourd’hui encore, l’ouvrage devient un incontournable, aussi bien en littérature qu’en philosophie esthétique. Après Socrate, dont il est héritier, Aristote y propose une typologie des genres littéraires.

La PoétiqueDans La République, Platon pose la question de l’art en philosophie. Au livre III puis au livre X, il s’interroge sur la place que doivent avoir les artistes dans la cité idéale. Plaçant le vrai comme unique but vers lequel tendre, il les accuse de faire passer pour du réel ce qui n’est que copie et simulacre.

Aristote, au contraire, réhabilite les artistes et leur donne une place plus éminente dans la société. Il  s’attelle donc à son tour au problème ténu de l’art dans ce petit ouvrage, qui nous est malheureusement parvenu incomplet.

La théorie de l’art qu’il élabore, avec une rigueur et une concision extrêmes, se fonde sur le principe de  la mimésis, de l’imitation – la plus haute ambition que la poétique puisse avoir de son point de vue. Il entreprend donc un méticuleux travail de décorticage des éléments qui composent les différents genres littéraires, aussi bien dans la forme que dans le fond.

Ainsi, la tragédie doit selon lui s’attacher à représenter des actions plutôt que des personnages, actions ni totalement vertueuses ni totalement blâmables. Elle doit respecter la vraisemblance, avoir pour qualité l’unité, s’organiser autour des différentes étapes des péripéties, de la reconnaissance et de l’évènement pathétique, et le texte doit primer sur la représentation. Dans son poème intitulé « L’Art poétique », Boileau reprend ces préceptes un à un, tout comme la stylistique du XXème siècle.

Théâtre antiqueAux yeux d’Aristote, la tragédie et l’épopée sont les arts les plus nobles. Pour appuyer un tel jugement, il démontre les vertus curatives de ces deux formes d’art, et en particulier du théâtre. En provoquant la crainte et la pitié chez le spectateur, la tragédie libéreraient selon lui les hommes des passions qui les animent. Aristote nomme ce phénomène la catharsis, ou purgation des passions.

Ce concept fondamental dans la philosophie aristotélicienne et dans la pensée esthétique moderne est peu développé dans ce qu’il nous reste de son ouvrage. Néanmoins, les quelques lignes qui y sont consacrées ont suffit à faire couler des flots d’encre à sa suite.

La lecture de ce manuel extrêmement dense est aussi l’occasion de découvrir la misogynie du philosophe, pour qui la vraisemblance tient aussi au fait qu’une femme ne doit pas être représentée « virile ou trop intelligente » !

F.

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