« Soulages » au Centre Pompidou

 

Soulages, on le sait, peint en noir, il est le « peintre du noir et de la lumière ». C’est sa couleur de prédilection. Dans chacune de ses œuvres (il y en a plus de 100 rassemblées dans cette exposition), c’est inévitable. Que ce soit un trait épais ou la part majeure de la toile, elle est là.

Mais il serait réducteur de ne dire que cela de son œuvre. Car si cela peut, de prime abord, apparaître comme hermétique, la réflexion de l’artiste, que l’on peut entrevoir par bribes durant l’exposition, donne du sens à son travail. Ainsi, il dit « Ce qui importe au premier chef, c’est la réalité de la toile peinte : la couleur, la forme, la matière, où naissent la lumière et l’espace, et le rêve qu’elle porte ».

 

Ses premières toiles sont de taille modeste, et ce sont encore des traits, dans lesquels on peut voir une croix, parfois gammée (on est en pleine guerre), ou des symboles chinois. On voit même des pièces uniques dans son travail, faites de goudron sur verre. Par la suite, le format est plus imposant, et le noir prend plus d’importance.

Chaque toile porte comme titre « peinture, dimensions et année de production ». Impossible de voir une clé de lecture. Il faut laisser son esprit faire des connexions par lui-même. Une fois le processus mis en route, on perçoit des jets de lumière, des lavis chinoisants, des trous de serrure, des plages…

Mais à partir des années 1950, la couleur disparaît peu à peu, ainsi que les bandes non peintes. Le noir pur et simple est mis à l’honneur dans l’intégralité de la toile. Ce que l’on voit alors, ce sont des aplats noirs, pas si plats. L’artiste joue sur la peinture en tant que matière, pouvant être volumineuse, en relief, ou au contraire très lisse. On est proches de pans laqués, de bois travaillés, mais ce ne sont le résultat que de coups de pinceau.

Si les dernières toiles offrent peu de variations, on peut malgré tout apprécier les jeux de lumière, accentués par la mise en scène en polyptiques. Car en effet, le noir a, dans l’esprit de Soulages, la faculté de capter la lumière et d’en renvoyer l’éclat. Le noir se colore, prend des reflets : c’est l’outrenoir.

 

L’intention de l’artiste est d’offrir un miroir au spectateur, que son œuvre soit propice à l’introspection, à l’intériorisation. L’exposition, d’ailleurs, ne tend pas à être didactique. Elle respecte l’intention de l’artiste qui veut nous confronter dans un rapport intime à ses œuvres.

Finalement, Soulages peint dans une philosophie picturale, cherchant à montrer la peinture dans son geste, dans sa dimension poétique et signifiante.

 

F.

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