« La maison du retour » de Jean-Paul Kauffmann

A la lecture de la quatrième de couverture, l’on s’attend à un témoignage poignant sur la détention de l’auteur pendant les trois ans qu’il a passé au Liban. Il n’en est rien. S’il y fait en effet allusion pour donner les raisons qui l’ont amené à acheter une maison dans la région désertée des Landes, il ne s’attarde pas sur le sujet. Le journaliste d’avant a fait place à l’être humain redécouvrant le monde.

Ce n’est pas un roman que l’on tient entre nos mains, c’est le récit d’une reconstruction personnelle où le « je » s’assume pleinement. Au jour le jour, suivant les différentes étapes depuis l’achat jusqu’à la remise en forme de sa bâtisse, Kauffmann met à l’écrit ce qu’il redécouvre, ce qu’il ressent, ce qui l’inquiète. Au milieu des Hautes Landes, il précise bien qu’il n’est pas isolé mais retiré. Ce qu’il recherche c’est un moyen de ré-apprivoiser le monde qui l’entoure, ceux qui l’habitent et son passé lourd de souffrances.

Sa maison est élevée sur un piédestal. Il a beau l’avoir acquise, il attend d’elle d’en être accepté, comme aux débuts d’une histoire d’amour où le coup de foudre n’a été qu’univoque. C’est pour cette raison qu’il décide de l’occuper malgré les travaux, en compagnie de Castor et Pollux, les deux ouvriers. Cette période transitoire lui permet de reprendre contact avec la nature, mais aussi avec les livres dont il s’est détourné depuis son enfermement. C’est en attendant de reprendre une vie véritablement « normale ».

Maison du retour. Retour d’une mort partielle, des sens et de l’âme. Maison de la renaissance. C’est cette renaissance dont il nous fait part, à pas feutrés. La simplicité dont il fait preuve est celle d’un homme qui se confie en toute intimité. Pas de suspense, pas d’intrigue, à la manière de Virgile dont l’âme se manifeste tout au long du livre. Seuls des personnages pittoresques viennent ponctuer les pensées de l’auteur. Les pages se tournent d’elles-mêmes jusqu’à ce que le livre se referme sur la maison finalement achevée.

Le calme règne autour du narrateur, mais aussi parmi les phrases. Parce qu’un livre est déterminé par le temps de la lecture, celui-ci s’apparente à l’été qui arrive. On pressent la chaleur timide, tout en sachant qu’elle va finir par arriver. La lecture est sereine et apaisante.

F.

Tout en moi était dévasté. Il fallait commencer à repeupler ce paysage de désolation, établir une nouvelle relation de confiance avec le monde.