27 Nov

« Inconnu à cette adresse » mis en scène par Xavier Béja

Sur scène, deux acteurs grandioses (Xavier Béjà et Guillaume Orsat), et un violoniste qui vient combler les silences et signifier le temps qui s’écoule entre deux lettres. Car c’est bien là le fondement du spectacle, de la même façon qu’elles l’étaient pour l’œuvre de Kressmann Taylor.


C’est l’histoire d’une amitié, entre un Allemand et un juif Américain, qui se délite à mesure de la montée en puissance d’Hitler et de son idéologie antisémite. Au début, en 1932, leur relation est à son comble, alors que Martin est retourné vivre avec toute sa famille en Allemagne. Max, lui, est resté à San Francisco où il tient la galerie qui les a réunis et a forgé leur amitié.

Les lettres sont à ce stade un moyen d’entretenir leur complicité et le feu de leurs souvenirs ensemble. Peu à peu elles deviennent alarmantes, puis suppliantes avant de devenir un arrêt de mort.

Martin, séduit par le nouveau gouvernement qui met fin à la honte de la Grande Guerre, en vient à renoncer à ses principes moraux et jusqu’à ses rapports avec le juif Max. C’est ce reniement qui le perdra car n’ayant pas porté secours à la sœur de Max, Giselle, celui-ci ne cessera d’envoyer des lettres compromettantes pour celui qui fut son ami. Ces dérèglements grandissant et cette perte des repères ne  prend fin qu’avec la mention « inconnu à cette adresse » qui lui indique que Martin a été condamné.

inconnu-a-cette-adresseLa mise en scène est juste et vivante. Pourtant, on sait combien il est dur d’enchaîner les monologues que sont les lettres sans faire intervenir l’interlocuteur. Toute la finesse de Xavier Béjà est cette confrontation qui ne se fait que par onomatopées, gestes et rires. La difficile réception du monologue est estompée par cette communion à demi-silencieuse, où le regard en dit plus que les mots eux-mêmes.

Les acteurs réussissent cette prouesse à tel point que l’émotion n’est pas immédiatement dissipée par les applaudissements : les yeux sont encore brillants, les sourires mettent du temps à revenir.

C’est concis, puissant et intense.

F.

1 commentaire

  1. AD - 1 décembre 2009 at 9:40

    je garde un très bon souvenir de cette représentation vue il y a quelques années, où le jeu des acteurs et la montée en puissance du ton des lettres étaient bouleversants … merci pour cette critique finement analysée …

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