05 Déc

« Angelus novus » de Sylvain Creuzevault à la Colline – la science et les rêves

Pour la quatrième fois après Le Père Tralalère, Notre Terreur et Le Capital et son Singe, Sylvain Creuzevault est reçu à la Colline, qui programme en cette fin d’année son nouveau spectacle, Angelus novus. Le metteur en scène passe cette fois dans la grande salle du théâtre, et délaisse le dispositif bifrontal pour une scénographie largement inspirée par sa résidence à la Fonderie, dans les murs où œuvre François Tanguy. L’influence du Radeau sur ce spectacle est sensible, tant sur le plan visuel que sur la façon d’agencer par montage les multiples ressources invoquées sur un mode citationnel. Quant au propos, il évolue encore par rapport aux précédentes créations de Creuzevault et s’éloigne un peu de la sphère politique pour questionner le savoir et ses limites.

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04 Nov

« Procès ivre » de Koltès : un cauchemar

Quelques temps avant l’écriture des pièces qui le rendront célèbres et qui resteront attachés à son nom, alors qu’il n’a que vingt-trois ans Koltès, marqué par ses récentes lectures de Dostoïevski, écrit Procès ivre. Reprenant les figures principales de Crime et Châtiment, il compose une variation à partir du roman et en saisit l’essence. Cauchemar du lecteur de Dostoïevski hanté par ses personnages et leurs dialogues ou cauchemar de Raskolnikov hanté par son geste meurtrier, le texte pourrait se lire comme un envers de l’œuvre qui a constitué son incitation première.

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30 Oct

« Peer Gynt » d’Ibsen [extrait]

Acte III, scène 4 Chez Âse. Le soir. Un feu de bûches illumine la cheminée. Le chat est sur une chaise au pied du lit. Âse est au lit et promène fébrilement ses mains sur sa couverture. Âse. – Seigneur mon Dieu, il ne vient pas ? Ce temps d’attente est si pesant. Je n’ai personne pour aller le chercher, et j’avais tant de choses à lui dire. Il n’y a pas de temps à perdre. Tout a été si vite ! Qui aurait cru ? Âse, si seulement tu avais su, tu n’aurais pas été si dure. Peer Gynt, il arrive. – Bonsoir !

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10 Août

Extraits en miettes des « Notes et contre-notes » de Ionesco

Les Notes et contre-notes ne sont pas une œuvre de Ionesco mais un recueil de documents, d’articles et de conférences qui portent sur son théâtre. Son propos prend la forme de déclarations qui suivent le cours de ses pensées ou de réponses à des journalistes lors d’entretiens, et l’ensemble se constitue au gré des débats, sans structure autre que celle du temps.

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17 Juil

« A mon seul désir » de Gaëlle Bourges au Gymnase du Lycée Saint-Joseph
De l’art à la danse, d’un dialogue esthétique à l’autre

Au haut de la page de présentation d’A mon seul désir dans le programme du Festival, se trouve l’inscription « danse ». La catégorie est trompeuse pour ce spectacle qui mêle au corps et à sa mise en espace le texte – comme les formes hybrides présentées dans le cadre des Sujets à vif. D’une rêverie sur une tapisserie, La Dame à la licorne, naît un rêve qui embarque dans l’intimité du dialogue mis en place par Gaëlle Bourges avec cette œuvre.

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08 Avr

Notes et contre-notes sur « Jacques ou la Soumission » (3/3)

Vient alors la troisième révolte de Jacques, qui dit « Non ! non ! Elle n’en a pas assez ! Il m’en faut une avec trois nez. Je dis : trois nez, au moins ! ». Ce non rappelle celui de Dom Juan face à la figure du Commandeur, dans le dernier acte de la pièce de Molière. C’est là la parole du libertin, qui refuse de se repentir jusqu’au dernier moment, de se soumettre même sous la menace, celle qui contient toute sa révolte.

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15 Nov

« La Mission » de Heiner Müller [extrait]

Je suis entouré d’hommes qui me sont inconnus dans un vieil ascenseur dont la cage brinqueballe pendant la montée. Je suis habillé comme un employé ou comme un ouvrier un jour férié. J’ai même mis une cravate, le col me gratte le cou, je transpire. Quand je tourne la tête, le col me serre le cou. J’ai rendez-vous avec le chef (en pensée je l’appelle Numéro Un), son bureau est au quatrième étage, ou bien était-ce le vingtième ; à peine j’y pense, je n’en suis déjà plus sûr.

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06 Mai

« Les Ruines circulaires » de Jorge Luis Borges [nouvelle]

Nul ne le vit débarquer dans la nuit unanime, nul ne vit le canot de bambou s’enfoncer dans la fange sacrée, mais, quelques jours plus tard, nul n’ignorait que l’homme taciturne venait du Sud et qu’il avait pour patrie un des villages infinis qui sont en amont, sur le flanc violent de la montagne, où la langue zende n’est pas contaminée par le grec et où la lèpre est rare.

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29 Avr

« Le Livre de l’intranquillité » de Fernando Pessoa [fragments]

110 20 juillet 1930 Lorsque je dors de nombreux rêves, je sors dans la rue, les yeux grands ouverts, mais voguant encore dans leur sillage et leur assurance. Et je suis stupéfié de mon automatisme, qui fait que les autres m’ignorent. Car je traverse la vie quotidienne sans lâcher la main de ma nourrice astrale, tandis que mes pas au long des rues s’accordent et s’harmonisent aux desseins obscurs de mon imagination semi-dormante. Et cependant je marche normalement ; je ne trébuche pas, je réponds correctement ; j’existe.

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29 Avr

« Le Livre de l’intranquillité » de Fernando Pessoa

Le Livre de l’intranquillité est l’unique œuvre en prose du poète portugais Fernando Pessoa. Posthume, elle est constituée de centaines de fragments non organisés les uns par rapport aux autres, écrits entre 1913 et 1935. Cette œuvre, immense, insaisissable, s’apparente à un journal intime entièrement consacré à l’exploration de la sensation. La lecture singulière de ces fragments, inévitablement inscrite dans la durée, impose progressivement au lecteur une discipline stoïcienne, proche de celle adoptée par le narrateur à l’égard de la vie.

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