21 Déc

« Place des Héros » mis en scène par Krystian Lupa – espaces entre

Le Polonais Krystian Lupa, déjà présent aux deux dernières éditions du Festival d’Avignon, est un des invités d’honneur de ce Festival d’Automne. Un portrait lui est consacré au travers de plusieurs rencontres et trois spectacles, Des arbres à abattre, Place des héros et Déjeuner chez Wittgenstein. La cohérence du portrait est autant assurée par le metteur en scène que par l’auteur qu’il a choisi pour ces trois œuvres, Thomas Bernhard. Depuis La Platrière, qu’il a adapté en 1992, l’auteur autrichien n’a cessé de nourrir son travail, et notamment ses recherches avec les comédiens. Alors que l’adaptation implique une démarche de réécriture, assortie dans sa pratique d’une série d’improvisations avec les acteurs, la mise en scène d’une pièce telle que Place des héros donne à comprendre ce qui a pu être aussi déterminant dans sa rencontre avec cet Bernhard. Ce que recherche Lupa dans d’autres textes est déjà ici présent, et la familiarité du metteur en scène avec l’auteur, l’intimité qu’il a construite avec lui, s’impose comme une évidence par sa direction d’acteurs.

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09 Oct

« La Peste » de Camus [extrait] – l’homme confronté à un fléau

Le mot de « peste » venait d’être prononcé pour la première fois. A ce point du récit qui laisse Bernard Rieux derrière sa fenêtre, on permettra au narrateur de justifier l’incertitude et la surprise du docteur, puisque, avec des nuances, sa réaction fut celle de la plupart de nos concitoyens. Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus.

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29 Août

« Paradiso » de José Lezama Lima – initiation au déchiffrement du monde

José Lezama Lima, poète, critique et romancier, est souvent désigné comme le « Proust cubain ». Un tel rapprochement se fait à la faveur de son premier roman Paradiso, incontournable de la littérature de son pays quoique censuré dès sa publication. En réalité, premier et dernier, de son vivant du moins, car ne paraîtra qu’après sa mort la suite de Paradiso, Oppiano Licario, œuvre inachevée. Auteur à œuvre unique, mis à part ses poèmes et ses articles dans les revues culturelles cubaines, qui brassent les littératures étrangères, il déploie dans ce roman innervé d’autobiographie, dans lequel le « je » surgit parfois à la place du « il », toute une perception du monde, profondément poétique.

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05 Déc

« The Ventriloquists Convention » de Gisèle Vienne aux Amandiers : l’étrangeté de l’étranger en soi

Quelques mois après This Is How You Will Disappear, Gisèle Vienne, artiste associée au Théâtre Nanterre-Amandiers depuis presque un an, y présente cette fois The Ventriloquists Convention dans le cadre du Festival d’Automne. Point de forêt ni de brume inquiétante dans ce spectacle, dont le texte est signé par Dennis Cooper, son acolyte depuis onze ans, mais tout de même de multiples formes d’étrangetés et de troubles produites par la présence sur scène de marionnettes – qui inscrit le spectacle dans la lignée de Jerk – mais aussi de ventriloques. Suivant un parcours du rire aux larmes, le spectacle propose une enquête sur l’intime et sur notre rapport à la mort.

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30 Oct

« Peer Gynt » d’Ibsen [extrait]

Acte III, scène 4 Chez Âse. Le soir. Un feu de bûches illumine la cheminée. Le chat est sur une chaise au pied du lit. Âse est au lit et promène fébrilement ses mains sur sa couverture. Âse. – Seigneur mon Dieu, il ne vient pas ? Ce temps d’attente est si pesant. Je n’ai personne pour aller le chercher, et j’avais tant de choses à lui dire. Il n’y a pas de temps à perdre. Tout a été si vite ! Qui aurait cru ? Âse, si seulement tu avais su, tu n’aurais pas été si dure. Peer Gynt, il arrive. – Bonsoir !

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07 Oct

« Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni » et « Reality » de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini à la Colline : diptyque

Dans le cadre du Festival d’Automne, les Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini présentent à la Colline deux spectacles, Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni et Reality. En plus d’être le fruit de la collaboration des deux artistes, metteurs en scène et comédiens pour ces créations, de se partager le même cahier-programme, leur esthétique est commune, mise au service d’une réflexion sur le rapport du théâtre au réel, sa capacité à le représenter et à l’interroger. De l’un à l’autre, pourtant, les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, et par conséquent leurs effets, la perception que l’on peut en avoir.

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31 Mai

« Liliom » de Ferenc Molnár aux Ateliers Berthier
– funambule –

Jean Bellorini reprend aux Ateliers Berthier le premier spectacle qu’il a présenté en tant que directeur du TGP de Saint-Denis, en 2013. Après Victor Hugo ou Rabelais, adaptés à la scène, il s’était cette fois-ci intéressé à la pièce du dramaturge hongrois Ferenc Molnár, Liliom. Bellorini crée pour elle un univers poétique inspiré du cirque, qui n’est pas sans évoquer le film de Wim Wenders, Les Ailes du désir, habité par des anges lui aussi. Affirmant une esthétique singulière, faite de ruptures et de contrastes, le metteur en scène aborde le texte avec une certaine candeur, une simplicité enfantine qui tend à atténuer le caractère social de la pièce sans pour autant la trahir.

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27 Mai

Extraits en miettes du « Journal » de Ionesco

Récits de rêves, opinions, souvenirs, réflexions morales, notes sur la littérature : ce Journal en miettes n’est pas un journal habituel, où seraient consignés, au jour le jour, les événements d’une vie. C’est, en quelque sorte, à une entreprise contraire que se livre ici Eugène Ionesco : raconter, non pas chaque jour ce qui arrive, mais chaque jour ce qui n’arrive pas. Un homme cherche à surmonter la crise permanente qu’est la pensée de la vie et de la mort, à résoudre les interrogations, à triompher de l’angoisse, à y voir clair, et note ses obsessions, ses doutes, ses refus. L’enfance resurgit dans le présent, les images oniriques recouvrent soudain le réel, le passé se confond avec l’avenir : peu à peu, miette par miette, se reconstitue une chronologie intérieure au-delà de la chronologie, au-delà du portrait les silences, les mystères, comme le négatif d’un homme et d’une œuvre.

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22 Avr

Jiminy Cricket

Nouveau rendez-vous avec Laura après lui avoir donné mes notes sur Jacques ou la Soumission et L’Avenir est dans les œufs. Alors qu’elle travaille en ce moment Journal en miettes, elle me fait remarquer que j’ai tendance à proposer une lecture manichéenne de la pièce, avec Jacques et Roberte d’un côté et leurs familles de l’autre. Elle me dit qu’elle voudrait sortir de cette logique qui distingue et sépare trop clairement personnages positifs et personnages négatifs, et qu’elle préfèrerait reléguer le jugement en spectateur, en entretenant une ambigüité. Pour appuyer sa pensée, elle me lit un extrait du Journal :

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10 Mar

« Place du marché 76  » de Jan Lauwers au T2G

Après Jan Fabre et son fameux spectacle Le Pouvoir des folies théâtrales, créé en 1984 et recréé en 2012, le T2G accueille un autre Flamand, Jan Lauwers, qui présente avec la Needcompany Place du marché 76, joué pour la première fois en France lors du Festival d’Avignon 2013. A travers le récit de la vie d’un village, de l’été au printemps, les artistes proposent une fable sur la douleur et explorent sans pathos tous les moyens possibles de son expression sur scène.

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