04 Oct

« Andreas » d’après Strindberg à la Commune d’Aubervilliers : à mi-chemin

Artiste associé à la Commune d’Aubervilliers, Jonathan Châtel ouvre la nouvelle saison là-bas avec Andreas, spectacle qui était programmé au Festival d’Avignon cet été. En plus d’en signer la mise en scène, le Franco-Norvégien est également traducteur et adaptateur de la pièce-fleuve d’August Strindberg, Le Chemin de Damas, qu’il condense autour de sa figure centrale, l’Inconnu. Mais bien que sa démarche veuille rapprocher ce texte mystique de la scène, celui-ci semble encore garder de sa résistance et de son caractère injouable.

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08 Avr

Notes et contre-notes sur « Jacques ou la Soumission » (2/3)

Jacques, une fois seul sur scène, se met en effet à parler, avec gravité, après un long silence qui marque une pause après le flux ininterrompu de parole auquel on a assisté. Il se demande « que me veut-on ? », exprimant le sentiment d’être tenu à quelque chose, débiteur par rapport à sa famille. Le pronom « on », anonyme, met à distance les siens, les rend étrangers. La phrase est unique, isolée, ne rendant pas compte de la réflexion intérieure de Jacques, elle n’initie pas un monologue qui nous livrerait le personnage, qui reste encore inconnu, mystérieux, et qui redevient silencieux.

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25 Juin

La Bête, de Madame de Villeneuve à Walt Disney en passant par Jean Cocteau

Que ce soit en littérature ou au cinéma, par les mots ou par l’image, la représentation de la Bête du conte La Belle et la Bête est un défi posé à l’art. Contrairement au beau, à chaque époque défini par des règles et des canons bien précis, le monstrueux est moins codé, bien plus libre. Si certains considèrent qu’il suffit de prendre à rebours les principes du premier – l’harmonie, l’équilibre ou encore la grâce pour les Grecs – d’autres artistes préfèrent explorer le bizarre ou l’inquiétante étrangeté. L’important est que, dans tous les cas, la Bête en soit véritablement une. L’idée est que la nature monstrueuse de la Bête, terrible et inhumaine, est ce qui permet de croire au conte. S’il ne s’agit que d’une métaphore, que l’appellation « la Bête » ne sert qu’à désigner un homme sauvage, violent, reclus du monde, et pourtant bien humain, le conte perd en puissance et devient simplement moral. Pour qu’il prenne son sens, pour qu’il s’élève au-dessus du rang de simple histoire, il faut que la Bête apparaisse comme un monstre indompté, suscitant frayeur et horreur. Ce conte apparaît comme tel au XVIIIe siècle, sous la plume de Madame de Villeneuve. Cette version écrite – la plus longue qui soit – inspire de nombreuses œuvres par la suite, littéraires ou picturales, mais aussi, deux siècles plus tard, cinématographiques. Si, comme on va le voir, la représentation de la Bête y est très elliptique, elle inspire néanmoins les créatures de Jean Cocteau et de Walt Disney, devenues emblématiques dans l’imaginaire collectif.

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