20 Mar

« Five Easy Pieces » de Milo Rau – le théâtre comme moyen d’apprivoiser l’horreur

Le dernier spectacle du metteur en scène, essayiste, journaliste et réalisateur suisse Milo Rau est une nouvelle fois accueilli au Théâtre des Amandiers de Nanterre ce printemps. Dans son théâtre, Milo Rau interroge le réel dans ses épisodes les plus violents, prenant souvent le risque de la censure. Dans Five Easy Pieces, il s’empare ainsi d’un matériau particulièrement dérangeant : l’affaire Marc Dutroux, violeur de petites filles et meurtrier dont les crimes ont ébranlé la Belgique et l’Europe en 1996. Pour travailler ce sujet délicat, Milo Rau a l’audace, voire l’insolence, de faire appel à des enfants, aidé par le Centre d’art Campo de Gand qui accompagne de nombreux enfants dans la voie théâtrale. Loin de n’être que pure provocation, ce spectacle nous amène à penser le théâtre comme un moyen d’apprivoiser l’horreur – pour le spectateur, mais peut-être plus encore pour les acteurs ici. 

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09 Nov

« Fin de l’histoire » d’après Witold Gombrowicz à la Colline : monceaux d’histoires et d’Histoire

Trois ans après Nouveau Roman, Christophe Honoré revient à la Colline pour présenter Fin de l’histoire. Des écritures de Duras, Simon, Sarraute, Mauriac, Butor ou Robbe-Grillet, il passe à la pensée de Gombrowicz, sans autre transition que celle du temps et de tout ce qui le transforme en durée. De l’un à l’autre spectacle pourtant, des constantes : un décor imposant et stylisé, qui évoque une époque passée, un espace jonché de micros qui multiplient les strates sonores, et une composition dramaturgique qui mêle les sources et les irrigue d’un travail au plateau.

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07 Oct

« Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni » et « Reality » de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini à la Colline : diptyque

Dans le cadre du Festival d’Automne, les Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini présentent à la Colline deux spectacles, Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni et Reality. En plus d’être le fruit de la collaboration des deux artistes, metteurs en scène et comédiens pour ces créations, de se partager le même cahier-programme, leur esthétique est commune, mise au service d’une réflexion sur le rapport du théâtre au réel, sa capacité à le représenter et à l’interroger. De l’un à l’autre, pourtant, les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, et par conséquent leurs effets, la perception que l’on peut en avoir.

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25 Juin

La Bête, de Madame de Villeneuve à Walt Disney en passant par Jean Cocteau

Que ce soit en littérature ou au cinéma, par les mots ou par l’image, la représentation de la Bête du conte La Belle et la Bête est un défi posé à l’art. Contrairement au beau, à chaque époque défini par des règles et des canons bien précis, le monstrueux est moins codé, bien plus libre. Si certains considèrent qu’il suffit de prendre à rebours les principes du premier – l’harmonie, l’équilibre ou encore la grâce pour les Grecs – d’autres artistes préfèrent explorer le bizarre ou l’inquiétante étrangeté. L’important est que, dans tous les cas, la Bête en soit véritablement une. L’idée est que la nature monstrueuse de la Bête, terrible et inhumaine, est ce qui permet de croire au conte. S’il ne s’agit que d’une métaphore, que l’appellation « la Bête » ne sert qu’à désigner un homme sauvage, violent, reclus du monde, et pourtant bien humain, le conte perd en puissance et devient simplement moral. Pour qu’il prenne son sens, pour qu’il s’élève au-dessus du rang de simple histoire, il faut que la Bête apparaisse comme un monstre indompté, suscitant frayeur et horreur. Ce conte apparaît comme tel au XVIIIe siècle, sous la plume de Madame de Villeneuve. Cette version écrite – la plus longue qui soit – inspire de nombreuses œuvres par la suite, littéraires ou picturales, mais aussi, deux siècles plus tard, cinématographiques. Si, comme on va le voir, la représentation de la Bête y est très elliptique, elle inspire néanmoins les créatures de Jean Cocteau et de Walt Disney, devenues emblématiques dans l’imaginaire collectif.

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