22 Déc

« Déjeuner chez Wittgenstein » mis en scène par Krystian Lupa aux Abbesses – un pavé dans la mare

En plus de ses deux dernières créations, Des arbres à abattre et Place des héros, Krystian Lupa présente en cette fin d’année un spectacle qui date d’il y a près de vingt ans, Déjeuner chez Wittgenstein, dans le cadre du portrait que dresse de lui le Festival d’Automne. Un tel choix s’explique autant par le fait que le spectacle n’a cessé de tourner et d’être repris depuis 1996, mais aussi parce que l’auteur qu’invoque Lupa avec cette œuvre est encore Thomas Bernhard. Au Théâtre des Abbesses, le metteur en scène rassemble donc une nouvelle fois les comédiens avec qui il a créé le spectacle au départ – qui n’ont cessé de vieillir avec leurs personnages pendant toutes ces années –, et démontre la continuité de son travail à la scène.

Lire la suite »
21 Déc

« Place des Héros » mis en scène par Krystian Lupa – espaces entre

Le Polonais Krystian Lupa, déjà présent aux deux dernières éditions du Festival d’Avignon, est un des invités d’honneur de ce Festival d’Automne. Un portrait lui est consacré au travers de plusieurs rencontres et trois spectacles, Des arbres à abattre, Place des héros et Déjeuner chez Wittgenstein. La cohérence du portrait est autant assurée par le metteur en scène que par l’auteur qu’il a choisi pour ces trois œuvres, Thomas Bernhard. Depuis La Platrière, qu’il a adapté en 1992, l’auteur autrichien n’a cessé de nourrir son travail, et notamment ses recherches avec les comédiens. Alors que l’adaptation implique une démarche de réécriture, assortie dans sa pratique d’une série d’improvisations avec les acteurs, la mise en scène d’une pièce telle que Place des héros donne à comprendre ce qui a pu être aussi déterminant dans sa rencontre avec cet Bernhard. Ce que recherche Lupa dans d’autres textes est déjà ici présent, et la familiarité du metteur en scène avec l’auteur, l’intimité qu’il a construite avec lui, s’impose comme une évidence par sa direction d’acteurs.

Lire la suite »
14 Sep

« Les Frères Karamazov » d’après Dostoïevski à la Friche Babcock – dynamitage signé Castorf

Après Bellorini cet été à Avignon, c’est au tour de l’Allemand Frank Castorf de présenter son adaptation des Frères Karamazov, créée en 2015. Le metteur en scène, venu en France il y a quatre ans pour la dernière fois avec sa Dame aux camélias, a cette fois été invité dans le cadre du Festival d’Automne. A quelques mois de son départ de la Volksbhüne, grande scène du théâtre allemand, et après l’adaptation de tous les grands romans de Dostoïevski – Les Démons, Humiliés et offensés, L’Idiot et Crime et châtiment – ce spectacle apparaît comme la fin d’un cycle, sinon comme un testament théâtral et esthétique qui s’épanouit dans toute sa plénitude.

Lire la suite »
27 Nov

« Ödipus der Tyrann » de Castellucci au Théâtre de la Ville : hébétude esthétique

Pour la deuxième année consécutive, Romeo Castellucci est invité d’honneur du Festival d’Automne. Présent régulièrement depuis 2000, il présente pour cette saison trois spectacles dans trois lieux différents : Ödipus der Tyrann d’Hölderlin, au Théâtre de la Ville, Le Metope del Partenone, à la Villette, d’après les frises du Parthénon d’Athènes, et Orestie (une comédie organique ?) à l’Odéon, reprise d’une création vieille de vingt ans, « capsule temporelle » dont l’esthétique semble différer un peu de celle que l’on connaît, mais où l’on devine la continuité des questionnements en jeu. Le premier de ces spectacles s’inscrit dans la lignée du Four Seasons Restaurant, déjà d’après Hölderlin et présenté au même endroit il y a un peu plus de trois ans : même fascination face aux images, même malaise quand la langue prend place sur scène.

Lire la suite »
13 Oct

« Las Ideas » de Federico León au Théâtre de la Bastille : théâtre et technologie

A l’occasion du Festival d’Automne, Federico León met à nu son processus de création artistique avec Las Ideas, présenté dans la petite salle du Théâtre de la Bastille. En compagnie de Julián Tello sur scène, le metteur en scène argentin prend son propre travail pour objet de réflexion et en propose une approche documentaire, la plus proche qui soit de la réalité, questionnant ainsi ses limites avec la fiction. Sans aucune prétention et avec beaucoup d’humour, son spectacle invite à une réflexion sur la représentation et sur les emplois artistiques de la technologie qui nous entoure.

Lire la suite »
07 Oct

« Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni » et « Reality » de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini à la Colline : diptyque

Dans le cadre du Festival d’Automne, les Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini présentent à la Colline deux spectacles, Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni et Reality. En plus d’être le fruit de la collaboration des deux artistes, metteurs en scène et comédiens pour ces créations, de se partager le même cahier-programme, leur esthétique est commune, mise au service d’une réflexion sur le rapport du théâtre au réel, sa capacité à le représenter et à l’interroger. De l’un à l’autre, pourtant, les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, et par conséquent leurs effets, la perception que l’on peut en avoir.

Lire la suite »
22 Sep

« Gala » de Jérôme Bel aux Amandiers : spectacle de début d’année

L’été terminé, la saison théâtrale reprend et l’on passe du Festival d’Avignon au Festival d’Automne, d’une saison à l’autre et d’une programmation à l’autre, de la frénésie des trois semaines à la dilution des trois mois, qui brassent nécessairement plus d’artistes, plus de spectacles, plus de variété dans les formes et plus de spectateurs. A l’échelle d’un créateur aussi la transition est sensible, en l’occurrence ici Jérôme Bel, qui présentait Cour d’honneur dans la Cour d’honneur du Palais des Papes en 2013, et qui inaugure le Festival d’Automne avec Gala aux Amandiers de Nanterre avant d’aller avec ce spectacle à la Commune, au Théâtre de la Ville, puis à Pontoise et Trembley-en-France.

Lire la suite »
09 Nov

« IDIOT ! Parce que nous aurions dû nous aimer » d’après Dostoïevski aux Amandiers

Dans le cadre du Festival d’Automne, Vincent Macaigne reprend au Théâtre de la Ville puis aux Amandiers de Nanterre Idiot !, spectacle créé en 2009. Avec une énergie aussi folle que pour son adaptation d’Hamlet, Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, présenté en 2011 à Chaillot, le jeune metteur en scène reprend son appropriation d’une autre œuvre immense, cette fois romanesque, L’Idiot de Dostoïevski, avec un spectacle crié, hurlé, qui a autant vocation de faire réagir le spectateur que d’être fidèle à l’esprit du texte. Une très belle tension se met ainsi en place entre le désir de secouer le public, de le sortir de ses habitudes, et celui de raconter une histoire, celle du prince Mychkine.

Lire la suite »
06 Nov

« Go down, Moses » de Romeo Castellucci au Théâtre de la Ville – Contemplations castelluciennes –

Le Festival d’Automne propose cette année un portrait de Romeo Castelluci, au travers de trois créations : Go down, Moses, présenté au Théâtre de la Ville ; Schwanengesang D744, au Théâtre des Bouffes du Nord fin novembre, et Le Sacre du Printemps, à la Grande halle de la Villette en décembre. Après Sur le concept du visage du fils de Dieu en 2011 et The Four Seasons Restaurant en 2013, l’artiste italien revient donc au Théâtre de la Ville et offre un nouveau spectacle, bien plus transparent que les précédents dans le propos et dans sa mise en œuvre, inspiré de l’histoire de Moïse, telle qu’elle est racontée dans la Bible mais aussi des œuvres de Faulkner, de Kafka et de Freud. Partant une nouvelle fois de sa réflexion sur la question de l’irreprésentabilité, de l’invisible, il s’intéresse ici moins à l’enfant abandonné qu’à sa mère, dans une série de tableaux qui placent dans un état contemplatif.

Lire la suite »
29 Sep

« Triptyque – Des années 70 à nos jours… »
par le Collectif In Vitro au Théâtre des Abbesses –
« un théâtre très pauvre »

Dans le cadre du Festival d’Automne, Julie Deliquet et le Collectif In Vitro proposent au Théâtre des Abbesses un Triptyque, « Des années 70 à nos jours… », composé de La Noce de Brecht, Derniers remords avant l’oubli de Lagarce et Nous sommes seuls maintenant, création collective. En trois temps les artistes proposent de réfléchir à l’héritage de 1968, moins du point de vue politique que familial. L’ensemble, finalement pas si unifié, nourri par l’improvisation et le rejet « du théâtre classique découpé en scènes », amène à s’interroger sur la nature de ce projet, qui progressivement dérive jusqu’à faire naître une question : montrer (ce que l’on croit être) la vie sur scène suffit-il pour faire du théâtre ?

Lire la suite »