30 Sep

« La Douleur », Duras – écrire pour oublier

Milieu des années 1980, une revue sollicite Marguerite Duras pour qu’elle lui retrouve un texte de jeunesse à publier. Dans ses recherches, Duras tombe sur un journal qu’elle avait oublié, dans les placards de sa maison à Neauphle-le-Château. Ce journal, « La Douleur », elle l’a commencé en avril 1945, quand dans la France libérée, elle espérait le retour de son mari, Robert Antelme, résistant fait prisonnier politique et envoyé dans un camp un an plus tôt. L’écriture de ce journal apparaît comme un exutoire, elle a une fonction cathartique : il s’agit de dire l’indicible, de dire la douleur, l’attente, l’horreur. Ce texte devenu l’une des œuvres centrales de la littérature concentrationnaire démontre l’un des pouvoirs de l’écriture : celui d’aider à oublier.

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24 Nov

« Trissotin ou Les Femmes savantes » de Molière au TGP : le rire comme moyen de résistance

Le soir-même d’un réveil douloureux à Saint-Denis, qui a donné le sentiment qu’il s’agissait bien d’une guerre alors que cinq milles balles ont été tirées lors des perquisitions qui ont eu lieu suite aux attentats du 13 novembre, Jean Bellorini avait décidé de maintenir les représentations des deux spectacles à l’affiche du TGP, M’appelle Mohamed Ali, de Dieudonné Niangouna, et Trissotin ou Les Femmes savantes, mis en scène par Macha Makeïeff. Le lendemain, malgré le contexte, la tension encore présente – palpable au moment d’entrer dans le théâtre, alors qu’il faut montrer l’intérieur de son sac mais aussi « ouvrir sa veste » –, le public n’est pas si essaimé pour aller voir du Molière. Au contraire, il est étonnamment présent sur les rangs des bancs rouges, solidaire et fier de contrer le terrorisme par la culture, de faire acte de résistance par là.

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04 Juil

« L’Eternel Mari » de Dostoïevski

Peu après avoir écrit L’Idiot, Dostoïevski s’attaque à un projet qui détonne au sein de la production de ses dernières années. Avec L’Eternel Mari, il ne s’agit pas d’une œuvre-fleuve qui multiplie les personnages et superpose les intrigues. Ce roman reprend le schéma traditionnel du théâtre de vaudeville, formé par le triangle amoureux du mari, de la femme et de l’amant, et en propose une version originale. Dans son appropriation de ce motif, Dostoïevski mêle le drame au vaudeville, et ainsi au comique la complexité des sentiments en jeu. Sur un mode apparemment plus léger, l’auteur capte une nouvelle fois avec ce roman un pan des profondeurs de la nature humaine.

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06 Nov

« Go down, Moses » de Romeo Castellucci au Théâtre de la Ville – Contemplations castelluciennes –

Le Festival d’Automne propose cette année un portrait de Romeo Castelluci, au travers de trois créations : Go down, Moses, présenté au Théâtre de la Ville ; Schwanengesang D744, au Théâtre des Bouffes du Nord fin novembre, et Le Sacre du Printemps, à la Grande halle de la Villette en décembre. Après Sur le concept du visage du fils de Dieu en 2011 et The Four Seasons Restaurant en 2013, l’artiste italien revient donc au Théâtre de la Ville et offre un nouveau spectacle, bien plus transparent que les précédents dans le propos et dans sa mise en œuvre, inspiré de l’histoire de Moïse, telle qu’elle est racontée dans la Bible mais aussi des œuvres de Faulkner, de Kafka et de Freud. Partant une nouvelle fois de sa réflexion sur la question de l’irreprésentabilité, de l’invisible, il s’intéresse ici moins à l’enfant abandonné qu’à sa mère, dans une série de tableaux qui placent dans un état contemplatif.

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23 Déc

« Georges Braque » au Grand Palais

A l’occasion du cinquantenaire de la mort de Georges Braque, le Grand Palais propose une monographie de son œuvre. Ce peintre du XXe siècle traverse les différents courants artistiques de l’époque, ainsi que ses guerres. A lui seul, Braque offre ainsi un parfait panorama de l’Histoire de l’art, depuis le fauvisme jusqu’au cubisme, avant un retour à un art plus figuratif, marqué par ses évolutions antérieures. Couleur, perspective et formes sont successivement interrogées sur ses toiles, suivant un cheminement artistique et intime passionnant.

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17 Juin

« Orlando » de Virginia Woolf

Virginia Woolf dit d’Orlando dans son Journal que ce roman n’est qu’une farce, « une récréation d’écrivain ». Le sujet, le ton employé et même le style de cette œuvre l’isolent en effet au sein de sa création. De façon tout à fait étonnante, c’est même un nouveau visage de l’écrivain anglais que l’on découvre à travers cette œuvre, bien différent de celui que peuvent laisser transparaître La Promenade au phare, Les Vagues ou même Mrs Dalloway.

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24 Mar

« Molly Bloom » d’après James Joyce au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

Depuis janvier 2012, l’œuvre de l’irlandais James Joyce est entrée dans le domaine public. Le théâtre français voit là l’occasion de se saisir d’Ulysse, œuvre majeure de la modernité, et tout particulièrement de son dernier chapitre, le fameux monologue de Molly Bloom. Opus à part entière, ce long discours intérieur livre le personnage dans son intimité la plus crue. Laurent Laffargue s’empare avec Céline Sallette de ce texte magistral et en propose un spectacle plutôt réussi.

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24 Fév

« J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne » de Lagarce aux Déchargeurs

Sur la petite scène des Déchargeurs, Catherine Decastel propose une mise en scène de la puissante pièce de Lagarce J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne. Entre les pantomimes d’une extrême densité et les dialogues intenses, l’émotion prend le pas sur la beauté du texte.

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