29 Nov

« Paris est une fête » d’Hemingway [extrait] – l’hiver dans les cafés

Et puis, il y avait la mauvaise saison. Elle pouvait faire son apparition du jour au lendemain, à la fin de l’automne. Il fallait alors fermer les fenêtres, la nuit, pour empêcher la pluie d’entrer, et le vent froid arrachait les feuilles des arbres, sur la place de la Contrescarpe. Les feuilles gisaient, détrempées, sous la pluie, et le vent cinglait de pluie les gros autobus verts, au terminus, et le café des Amateurs était bondé derrière ses vitres embuées par la chaleur et la fumée.

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30 Sep

« La Douleur », Duras – écrire pour oublier

Milieu des années 1980, une revue sollicite Marguerite Duras pour qu’elle lui retrouve un texte de jeunesse à publier. Dans ses recherches, Duras tombe sur un journal qu’elle avait oublié, dans les placards de sa maison à Neauphle-le-Château. Ce journal, « La Douleur », elle l’a commencé en avril 1945, quand dans la France libérée, elle espérait le retour de son mari, Robert Antelme, résistant fait prisonnier politique et envoyé dans un camp un an plus tôt. L’écriture de ce journal apparaît comme un exutoire, elle a une fonction cathartique : il s’agit de dire l’indicible, de dire la douleur, l’attente, l’horreur. Ce texte devenu l’une des œuvres centrales de la littérature concentrationnaire démontre l’un des pouvoirs de l’écriture : celui d’aider à oublier.

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16 Juin

« Si c’est un homme » de Primo Levi – l’éloquence de l’indicible

Si c’est un homme de Primo Levi est une des œuvres de la littérature concentrationnaire les plus connues aujourd’hui. Elle relate l’expérience de l’auteur, chimiste italien incarcéré au camp de Monowitz, à Auschwitz, en janvier 1944, qui a survécu là-bas jusqu’à la libération – ou plutôt l’abandon du camp par les SS – en janvier 1945. Ce récit, virtuellement commencé dès le camp, où il s’impose comme un témoignage nécessaire pour faire connaître cette réalité, est pour de bon mis en œuvre dès le retour de l’auteur chez lui plusieurs mois après sa libération, et lentement composé pendant un an. L’enjeu de cette écriture est de dire l’indicible, de rendre compte de l’irracontable, d’une horreur telle que face à elle les mots sont impuissants. Mais l’auteur ne renonce pas pour autant et s’évertue à faire état de ce qui a eu lieu, et cette impossibilité qui parcourt tout le texte devient puissamment éloquente.

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18 Mai

« Mémoire de fille » d’Annie Ernaux – l’écriture faite œuvre

L’écrivain Annie Ernaux consacre sa dernière œuvre, Mémoire de fille, au récit d’un épisode précis de sa vie, sa première fois avec un homme. Sur le mode de l’enquête, elle revient sur cet événement qui a continué à l’obséder longtemps après – au point d’y revenir près de soixante ans plus tard – et tente de réinscrire le mystère encore difficile à percer qu’il représente dans une continuité.

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18 Nov

« Ça ira (1) Fin de Louis » de Pommerat aux Amandiers : ça ira, oui, il faut bien que ça aille, alors ça ira

Après Au monde l’an dernier, Joël Pommerat propose une nouvelle création au Théâtre Nanterre-Amandiers, Ça ira (1) Fin de Louis. Le chiffre entre parenthèses du titre suggère qu’il s’agit là du premier volet d’une suite, d’une première partie, consacrée à la Révolution Française, de son avant, depuis 1787, à son après, jusqu’en 1791. Abordant pour la première fois le territoire de l’Histoire, Pommerat n’en renonce pas moins à la singularité de sa démarche, bien au contraire. Plutôt que de se contenter de reconstituer les faits et d’en donner la représentation, il met en récit les événements et propose à partir d’eux un déplacement du regard, un nouveau rapport au passé, extrêmement contemporain.

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09 Juil

« Wycinka Holzfällen » (Des arbres à abattre) d’après Thomas Bernhard à la FabricA : mise en scène et en colère

En 2013, Lupa reprenait à la Colline Perturbation, d’après Thomas Bernhard. Pour quelques dates seulement, il présente en ce début de Festival d’Avignon une nouvelle adaptation de l’auteur autrichien dont il dit qu’il l’habite, d’après Des arbres à abattre cette fois. Ou peut-être faudrait-il dire d’avant. Suivant la méthode de travail qui est la sienne, il dialogue avec l’œuvre et l’amplifie considérablement, jusqu’à faire concevoir son amont. La colère qui anime le narrateur bernhardien n’est plus alors seulement exprimée, mais bien suscitée, donnée à vivre.

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22 Avr

Jiminy Cricket

Nouveau rendez-vous avec Laura après lui avoir donné mes notes sur Jacques ou la Soumission et L’Avenir est dans les œufs. Alors qu’elle travaille en ce moment Journal en miettes, elle me fait remarquer que j’ai tendance à proposer une lecture manichéenne de la pièce, avec Jacques et Roberte d’un côté et leurs familles de l’autre. Elle me dit qu’elle voudrait sortir de cette logique qui distingue et sépare trop clairement personnages positifs et personnages négatifs, et qu’elle préfèrerait reléguer le jugement en spectateur, en entretenant une ambigüité. Pour appuyer sa pensée, elle me lit un extrait du Journal :

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18 Fév

« Voir hors de nous ce qui est en nous » :
Claude Régy, passeur de Tarjei Vesaas dans « Brume de dieu »

Communication dans le cadre de la journée d’études « Langages du théâtre et de la psychanalyse », organisée le 7 février 2015 par l’Ecole doctorale « Recherches en psychanalyse et psychopathologie » de l’Université Paris-Diderot. « Voir hors de nous ce qui est en nous » :  Claude Régy, passeur de Tarjei Vesaas dans Brume de dieu

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01 Sep

« Le Bourgeois gentilhomme » de Molière [extrait]

Acte II, scène 4 MONSIEUR JOURDAIN : […] Au reste, il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d’une personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous m’aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds. MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Fort bien. MONSIEUR JOURDAIN : Cela sera galant, oui. MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?

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16 Juil

« Hauteville House », la maison de Victor Hugo à Guernesey

Charles Hugo dit de la maison de son père à Guernesey qu’elle est un « poème en plusieurs étages ». En exil depuis le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, Victor Hugo trouve enfin dans cette île anglo-normande un refuge, après Bruxelles et Jersey qu’il a été forcé de quitter. Pour se consoler de ses pertes successives et pour reconstituer un foyer qui lui soit propre, il entreprend de décorer sa maison, Hauteville House, jusqu’à la rendre à la mesure de son œuvre, et plus encore de sa personnalité.

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