30 Oct

« Peer Gynt » d’Ibsen [extrait]

Acte III, scène 4 Chez Âse. Le soir. Un feu de bûches illumine la cheminée. Le chat est sur une chaise au pied du lit. Âse est au lit et promène fébrilement ses mains sur sa couverture. Âse. – Seigneur mon Dieu, il ne vient pas ? Ce temps d’attente est si pesant. Je n’ai personne pour aller le chercher, et j’avais tant de choses à lui dire. Il n’y a pas de temps à perdre. Tout a été si vite ! Qui aurait cru ? Âse, si seulement tu avais su, tu n’aurais pas été si dure. Peer Gynt, il arrive. – Bonsoir !

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29 Oct

« Peer Gynt » d’Ibsen : féérie

« Ce que j’ai écrit de plus fou ». C’est en ces termes qu’Ibsen parle de sa pièce Peer Gynt, écrite lors d’un moment de crise, alors qu’il est en exil volontaire en Italie et qu’il se trouve donc loin de son pays et loin du théâtre. Replacée dans le contexte du drame européen du XIXe siècle, cette œuvre surprend en effet par sa liberté totale à l’égard des conventions théâtrales. Mais sans pour autant être condamnée au ban des pièces injouables, elle met la scène au défi de restituer la vie extraordinaire de son personnage éponyme et de restituer sa pleine densité.

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04 Août

« Les Nuits blanches » de Dostoïevski – Fulgurance

Au début de sa carrière, une fois sa réputation acquise mais peu avant l’expérience radicale qu’a constitué le bagne, Dostoïevski écrit des nouvelles, des courts récits qui contiennent en quelques pages de la densité de ses romans composés de plusieurs livres et publiés en plusieurs tomes. Les Nuits blanches, c’est une histoire d’amour fulgurante, qui se déroule sur cinq jours et donne autant à vivre et à penser qu’une histoire de dix ans – d’autant plus qu’elle a duré quatre nuits justement.

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31 Mai

« Liliom » de Ferenc Molnár aux Ateliers Berthier
– funambule –

Jean Bellorini reprend aux Ateliers Berthier le premier spectacle qu’il a présenté en tant que directeur du TGP de Saint-Denis, en 2013. Après Victor Hugo ou Rabelais, adaptés à la scène, il s’était cette fois-ci intéressé à la pièce du dramaturge hongrois Ferenc Molnár, Liliom. Bellorini crée pour elle un univers poétique inspiré du cirque, qui n’est pas sans évoquer le film de Wim Wenders, Les Ailes du désir, habité par des anges lui aussi. Affirmant une esthétique singulière, faite de ruptures et de contrastes, le metteur en scène aborde le texte avec une certaine candeur, une simplicité enfantine qui tend à atténuer le caractère social de la pièce sans pour autant la trahir.

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08 Avr

Notes et contre-notes sur « Jacques ou la Soumission » (3/3)

Vient alors la troisième révolte de Jacques, qui dit « Non ! non ! Elle n’en a pas assez ! Il m’en faut une avec trois nez. Je dis : trois nez, au moins ! ». Ce non rappelle celui de Dom Juan face à la figure du Commandeur, dans le dernier acte de la pièce de Molière. C’est là la parole du libertin, qui refuse de se repentir jusqu’au dernier moment, de se soumettre même sous la menace, celle qui contient toute sa révolte.

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25 Juin

La Bête, de Madame de Villeneuve à Walt Disney en passant par Jean Cocteau

Que ce soit en littérature ou au cinéma, par les mots ou par l’image, la représentation de la Bête du conte La Belle et la Bête est un défi posé à l’art. Contrairement au beau, à chaque époque défini par des règles et des canons bien précis, le monstrueux est moins codé, bien plus libre. Si certains considèrent qu’il suffit de prendre à rebours les principes du premier – l’harmonie, l’équilibre ou encore la grâce pour les Grecs – d’autres artistes préfèrent explorer le bizarre ou l’inquiétante étrangeté. L’important est que, dans tous les cas, la Bête en soit véritablement une. L’idée est que la nature monstrueuse de la Bête, terrible et inhumaine, est ce qui permet de croire au conte. S’il ne s’agit que d’une métaphore, que l’appellation « la Bête » ne sert qu’à désigner un homme sauvage, violent, reclus du monde, et pourtant bien humain, le conte perd en puissance et devient simplement moral. Pour qu’il prenne son sens, pour qu’il s’élève au-dessus du rang de simple histoire, il faut que la Bête apparaisse comme un monstre indompté, suscitant frayeur et horreur. Ce conte apparaît comme tel au XVIIIe siècle, sous la plume de Madame de Villeneuve. Cette version écrite – la plus longue qui soit – inspire de nombreuses œuvres par la suite, littéraires ou picturales, mais aussi, deux siècles plus tard, cinématographiques. Si, comme on va le voir, la représentation de la Bête y est très elliptique, elle inspire néanmoins les créatures de Jean Cocteau et de Walt Disney, devenues emblématiques dans l’imaginaire collectif.

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11 Juin

« Cendrillon » de Joël Pommerat aux Ateliers Berthier

Aux Ateliers Berthier est reprise la Cendrillon de Joël Pommerat, « spectacle pour tous, à partir de 8 ans ». Cette information apparemment mineure doit être constamment gardée à l’esprit pour prendre la pleine mesure de cette création. Avec elle, le metteur en scène nous offre une très belle réécriture du conte et une œuvre scénique d’une qualité rare pour un spectacle jeune public.

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28 Fév

« La Belle et la Bête » d’après Mme de Villeneuve à Chaillot

La compagnie Lemieux Pilon 4D art s’empare pour son dernier spectacle du conte mythique La Belle et la Bête. S’inspirant très librement de la version originale de Madame de Villeneuve, ils en proposent une lecture qui se veut contemporaine, tant dans la réécriture que dans la mise en œuvre scénique. Le résultat est décevant, la technique visuelle ayant monopolisé l’ardeur des artistes au détriment de tout le reste.

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26 Juin

« Prenez garde à l’amour » d’après Guy de Maupassant

Le texte est savoureux. Six contes nous sont lus, pour nous faire rire ou nous faire pleurer. Les phrases sont soyeuses et nous bercent dans l’univers de Maupassant où l’amour règne comme seul souverain. Confronté à la solitude, au passé, au mariage, au dénuement ou à la mort, il est partout ! D’où la mise en garde du poète…

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