30 Août

« Paradiso » de José Lezama Lima [extrait] : deux chenilles au cinéma

Cemí était encore trop marqué par cette matinée quand il décida de descendre à pied jusque chez lui par San Lázaro. Il se remémorait ce que Fronesis et Foción avaient dit avec une apparence d’objectivité. Il pensait aussi au roman qui se cachait sous ces paroles. Mais il ne parvenait pas à reconstituer de quelle façon s’hypostasiaient les discours entendus. Il avait fait la connaissance de Fronesis grâce à une excursion et à une histoire racontée par lui. En dehors de son oncle Alberto, ç’avait été la seule personne qui se fût tournée vers lui. Il sentait que la rencontre de Foción participait du hasard, alors que dans celle de Fronesis il y avait élection. Il sentait aussi que, dans ce hasard et dans ce choix, il y avait une égale profondeur, un destin identique.

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15 Juil

« Les Damnés » d’Ivo van Hove dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes – jeux d’échelle, le gros plan l’emporte

Le spectacle de cette édition du Festival d’Avignon, celui pour lequel on s’arrache les places, on fait des heures de queue dans l’espoir d’entrer, l’Ostermeier de l’an dernier… il s’agit bien des Damnés. Il faut dire que dès sa présentation, il est prometteur : signé par Ivo van Hove, présenté dans la Cour d’Honneur, réunissant la troupe de la Comédie Française, et en outre pour un projet pas si conventionnel, celui de reprendre au théâtre le scénario du film de Visconti. Les premières critiques et le bouche-à-oreille aidant, le public est nombreux, parsemé de personnalités. L’engouement n’est pas volé, car le spectacle est d’une intensité hyperbolique – surtout en cette nuit du 14 juillet –, même si après coup, on ne sait trop qu’en extraire.

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11 Juil

« Les Idiots » d’après Lars von Trier dans la Cour du Lycée Saint-Joseph – Mistral gagnant

Kirill Serebrennikov est invité cette année au Festival d’Avignon pour présenter une adaptation théâtrale du film de Lars von Trier, Les Idiots. Le spectacle a lieu dans la Cour du Lycée Saint-Joseph, et ce 9 juillet, les artistes doivent composer avec le mistral qui entraîne voire fait tout basculer côté cour, sans relâche. Cette intrusion forcée aurait difficilement pu trouver mieux sa place que dans ce spectacle, où il s’agit de déplacer, de déranger, de mettre en mouvement pour repenser son rapport à l’autre, au grand Autre.

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29 Juin

« Le Mariage de Maria Braun » d’après Fassbinder au Théâtre de la Ville

En 2007, Thomas Ostermeier adapte le film de Rainer Werner Fassbinder Le Mariage  de Maria Braun à la scène. L’an dernier, il reprend cette création et la présente notamment dans le cadre du Festival d’Avignon, et ce même spectacle continue sa tournée jusqu’au Théâtre de la Ville où il est présenté en cette fin de saison. Après des créations telles que Mesure pour mesure, Les Revenants, Un ennemi du peuple ou Mort à Venise, remarquables par leur puissance dramatique et visuelle, cette adaptation donne davantage l’impression d’un jeu, aussi sérieux soit-il.

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13 Avr

Thérèse Raquin :
de la nouvelle au film en passant par le roman et la pièce,
 du silence à la parole

En 1865, Zola publie une nouvelle dans le Figaro, intitulée « Un mariage d’amour ». Dans ce court récit se trouve en germe l’un de ses romans les plus connus, Thérèse Raquin. Avec l’histoire dramatique d’un couple d’amants hanté par le mari de la jeune femme qu’ils ont tué pour vivre leur amour, Zola crée un personnage féminin fascinant par son silence et le mystère qui en découle. Un an après la parution de son roman, qui déclenche une vive polémique, l’auteur adapte son histoire au théâtre,dans le but de renouveler cet art. Près d’un siècle plus tard, en 1953, Marcel Carné fait entrer le personnage dans un nouveau milieu, en adaptant librement le roman au cinéma. D’un genre à l’autre, c’est la parole de Thérèse qui est en jeu, et son importance plus ou moins grande permet de saisir la singularité du support qui l’accueille, plus encore que de révéler le personnage.

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26 Mai

« L’Ange du bizarre – le Romantisme noir de Goya à Max Ernst » au Musée d’Orsay

Le Musée d’Orsay propose une nouvelle exposition passionnante avec L’Ange du bizarre – le Romantisme noir de Goya à Max Ernst. Véritable plongée dans un monde animé par des puissances maléfiques, la visite dévoile tout un pan obscur de la création artistique allant du XVIIIe au XXe siècle et invite à redécouvrir sous cet angle des œuvres familières qui se teintent alors d’étrangeté. Une sorte de cauchemar terrifiant et réjouissant.

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27 Oct

Deux adaptations cinématographiques d’«Oncle Vania » de Tchekhov : Andreï Konchalovksi et Louis Malle

La pièce d’Anton Tchekhov, Oncle Vania, a fait l’objet de deux adaptations cinématographiques, séparées l’une de l’autre de près d’un quart de siècle. La première est réalisée en 1970 par Andreï Konchalovski, cinéaste qui transpose à l’écran de grandes œuvres du patrimoine russe. La seconde, Vanya on 42nd Street, date de 1994. Elle est le dernier film du Français Louis Malle, réalisé quelques mois avant sa mort. L’une comme l’autre respecte fidèlement le texte de Tchekhov. Leur singularité se situe au niveau de l’esthétique adoptée et de l’exploitation des différents moyens offerts par le médium cinématographique.

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23 Oct

Deux adaptations cinématographiques de « La Mouette » de Tchekhov : Youli Karassik et Angela Schanelec

En 1972, Youli Karassik adapte au cinéma la pièce de Tchekhov, La Mouette. En 2007, Angela Schanelec s’inspire de cette même pièce de Tchekhov pour son film Nachmittag. Ces films représentent deux extrêmes de l’étendue que recouvre l’expression « adaptation cinématographique ». La comparaison de leurs démarches, très différentes, révèle la force inépuisable du texte du dramaturge russe.

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