30 Jan

« Le Premier Homme » d’Albert Camus – lignes de fuite

Après le succès que rencontrent Les Possédés de Camus, d’après Dostoïevski, au Théâtre Antoine à Paris, la compagnie part en tournée dans toute la France au cours de l’année 1959. Camus, pris par son nouveau projet de roman, Le Premier Homme, renonce à tenir le rôle du narrateur dans sa pièce, et fait des aller-retours entre Lourmarin où il se retire pour écrire et les différentes villes dans lesquelles le spectacle est présenté. Au cours de l’un de ces trajets, jusqu’à Tourcoing cette fois, début 1960, il est tué dans un accident de voiture avec Michel Gallimard. Camus a 46 ans et laisse sa dernière œuvre inachevée, qui prend alors la forme d’un testament.

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24 Jan

« 10 Millones » de Carlos Celdrán – décharge collective

Vingt ans après la création de sa compagnie, Argos Teatro, le metteur en scène Carlos Celdrán a créé l’année dernière 10 Millones. Un de ces spectacles rapidement pris d’assaut par le public cubain, une fois encensé par le bouche à oreille qui fait ici office de réclame. Après plusieurs mois à attendre que la compagnie revienne de tournée, l’œuvre finalement découverte s’est révélée à la hauteur de l’engouement qu’elle a suscité, tant du point de vue théâtral que des problématiques aigües qu’elle charrie.

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03 Déc

« Paris est une fête » d’Hemingway – hymne à la ville

Près de quarante ans plus tard, Hemingway prend la plume et revient sur ses années de jeunesse à Paris, vers 1920, lorsqu’il y séjournait avec sa première femme, Hadley Richardson. De ses souvenirs, il compose des vignettes de la vie parisienne qui saisissent toute une époque, tout un univers de stimulation artistique, et tout un décor qui lui est resté cher : Paris. Quoiqu’inachevée, l’œuvre apparaît comme un hymne à la ville et à la vie qu’il menait alors.

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29 Août

« Paradiso » de José Lezama Lima – initiation au déchiffrement du monde

José Lezama Lima, poète, critique et romancier, est souvent désigné comme le « Proust cubain ». Un tel rapprochement se fait à la faveur de son premier roman Paradiso, incontournable de la littérature de son pays quoique censuré dès sa publication. En réalité, premier et dernier, de son vivant du moins, car ne paraîtra qu’après sa mort la suite de Paradiso, Oppiano Licario, œuvre inachevée. Auteur à œuvre unique, mis à part ses poèmes et ses articles dans les revues culturelles cubaines, qui brassent les littératures étrangères, il déploie dans ce roman innervé d’autobiographie, dans lequel le « je » surgit parfois à la place du « il », toute une perception du monde, profondément poétique.

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24 Juin

« L’Immoraliste » d’André Gide – conversion ou déchirement

Après avoir rencontré un certain succès avec les Nourritures terrestres en 1897, Gide reprend quelques années plus tard la même période de sa vie pour s’inspirer de son nouveau roman, L’Immoraliste. Les événements à peine perceptibles en filigrane dans son œuvre-poème sont ici ramenés au premier plan, et l’éthique louée sur le mode de l’incantation persuasive est désormais présentée au travers d’une découverte par l’expérience. Les deux œuvres, dont la continuité est signalée par le personnage de Ménalque, apparaissent ainsi comme le pendant l’une de l’autre. Par inversion, après le discours théorique vient donc le récit de la douloureuse conversion de Michel.

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22 Mai

« Confesiones » par le Grupo Yuyachkani – « My Life in Art »

Parmi tous les événements qui animent La Havane en ce mois de mai – le Festival du film français, le mois de la culture française, la biennale du design… – figure aussi le Mayo Teatral. Pour sa huitième édition depuis 2001, ce festival de théâtres d’Amérique latine et des Caraïbes met à l’honneur le « Grupo », la compagnie, le collectif, mode de création et de production majeur de cette région du monde. Parmi les spectacles accueillis, le Grupo Yuyachkani – « je pense, je me souviens » en quechua –, l’un des plus importants du Pérou, qui fête cette année ses 45 ans, reprend Confesiones, créé en 2013 et mis en scène par Miguel Rubio Zapata. 

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18 Mai

« Mémoire de fille » d’Annie Ernaux – l’écriture faite œuvre

L’écrivain Annie Ernaux consacre sa dernière œuvre, Mémoire de fille, au récit d’un épisode précis de sa vie, sa première fois avec un homme. Sur le mode de l’enquête, elle revient sur cet événement qui a continué à l’obséder longtemps après – au point d’y revenir près de soixante ans plus tard – et tente de réinscrire le mystère encore difficile à percer qu’il représente dans une continuité.

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12 Déc

« Rouge décanté » d’après Jeroen Brouwers à la Bastille : nouveau choc esthétique et émotionnel signé Cassiers

Après plus de dix ans de tournée et de reprises régulières, Guy Cassiers présente enfin son Rouge décanté à Paris. Les retrouvailles avec le metteur en scène ont lieu au Théâtre de la Bastille, où le même acteur depuis la création du spectacle reprend le rôle qu’il est capable d’interpréter en plusieurs langues. Comme dans Cœur ténébreux – le point de départ d’une fidélité sans faille au travail de Cassiers –, l’adaptation du roman autobiographique de Jeroen Brouwers se bâtit autour d’un seul homme, mais le recours à la technique, et notamment à la vidéo, multiplie les effets de présence. La perception ainsi mise en jeu par la scène, la dramaturgie est une nouvelle fois offerte à la sensibilité de façon suraigüe.

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21 Juin

« Contre Sainte-Beuve » de Proust

1908, Proust a renoncé à écrire La Recherche. Malgré la fièvre et la fatigue, il rédige pour Le Figaro un article, « Contre Sainte-Beuve », qui prend la forme d’une « conversation avec maman », et devient finalement un essai conséquent sur la littérature, et plus encore, un embryon du livre qu’il décide de reprendre après cette expérience. Aux reproches adressées au critique littéraire, se mêlent ainsi dans cette œuvre inclassable les commentaires sur quelques grands auteurs, et une collection de souvenirs que l’on retrouve amplifiés dans A la Recherche du temps perdu.

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17 Oct

« Autres rivages – Autobiographie » de Vladimir Nabokov [extrait]

Le berceau balance au-dessus d’un abîme, et le sens commun nous apprend que notre existence n’est que la brève lumière d’une fente entre deux éternités de ténèbres. Bien que celles-ci soient absolument jumelles, l’homme, en règle générale, considère l’abîme prénatal avec plus de sérénité que celui vers lequel il s’avance (à raison d’environ quatre mille cinq cents battements de cœur par heure).

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