18 Nov

« Pour qui sonne le glas » d’Hemingway – « il sonne pour toi »

En 1936, Hemingway devient correspondant de guerre en Espagne, auprès de l’armée républicaine. L’auteur américain se veut engagé, aussi bien dans ses œuvres que dans la vie qu’il mène. C’est donc par conviction qu’il entreprend de combattre le franquisme, avant, quelques années plus tard, de se rendre en France pendant la Seconde Guerre mondiale pour participer à la libération du pays. Pour qui sonne le glas – titre qu’il emprunte au poète John Donne [1]– s’inspire de son expérience espagnole, autant des événements dont il a été témoin que des sentiments qui l’animent, et de la philosophie humaniste qu’il en tire.

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30 Août

« Paradiso » de José Lezama Lima [extrait] : deux chenilles au cinéma

Cemí était encore trop marqué par cette matinée quand il décida de descendre à pied jusque chez lui par San Lázaro. Il se remémorait ce que Fronesis et Foción avaient dit avec une apparence d’objectivité. Il pensait aussi au roman qui se cachait sous ces paroles. Mais il ne parvenait pas à reconstituer de quelle façon s’hypostasiaient les discours entendus. Il avait fait la connaissance de Fronesis grâce à une excursion et à une histoire racontée par lui. En dehors de son oncle Alberto, ç’avait été la seule personne qui se fût tournée vers lui. Il sentait que la rencontre de Foción participait du hasard, alors que dans celle de Fronesis il y avait élection. Il sentait aussi que, dans ce hasard et dans ce choix, il y avait une égale profondeur, un destin identique.

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29 Sep

« Eugène Onéguine » de Pouchkine

L’œuvre de Pouchkine, Eugène Onéguine, constitue le tournant vers la modernité de la littérature russe, encore toute imprégnée par le romantisme qu’elle dépasse. Ce roman en vers, composé de huit chapitres de près de 400 strophes, retrace le parcours du personnage éponyme dans la Russie du XIXe siècle. Désigné par un critique contemporain de l’auteur comme une « encyclopédie de la vie russe », ce classique connu de tous les enfants du pays a profondément marqué les auteurs qui ont succédé à Pouchkine et ont tenté à leur tour de saisir ce que l’Occident appelle « l’âme russe ».

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04 Août

« Les Nuits blanches » de Dostoïevski – Fulgurance

Au début de sa carrière, une fois sa réputation acquise mais peu avant l’expérience radicale qu’a constitué le bagne, Dostoïevski écrit des nouvelles, des courts récits qui contiennent en quelques pages de la densité de ses romans composés de plusieurs livres et publiés en plusieurs tomes. Les Nuits blanches, c’est une histoire d’amour fulgurante, qui se déroule sur cinq jours et donne autant à vivre et à penser qu’une histoire de dix ans – d’autant plus qu’elle a duré quatre nuits justement.

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04 Juil

« L’Eternel Mari » de Dostoïevski

Peu après avoir écrit L’Idiot, Dostoïevski s’attaque à un projet qui détonne au sein de la production de ses dernières années. Avec L’Eternel Mari, il ne s’agit pas d’une œuvre-fleuve qui multiplie les personnages et superpose les intrigues. Ce roman reprend le schéma traditionnel du théâtre de vaudeville, formé par le triangle amoureux du mari, de la femme et de l’amant, et en propose une version originale. Dans son appropriation de ce motif, Dostoïevski mêle le drame au vaudeville, et ainsi au comique la complexité des sentiments en jeu. Sur un mode apparemment plus léger, l’auteur capte une nouvelle fois avec ce roman un pan des profondeurs de la nature humaine.

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23 Mai

« Les Fausses Confidences » de Marivaux à l’Odéon

Comme à son habitude, Luc Bondy voit les choses en grand et réunit du beau monde pour sa dernière mise en scène. Après Pinter, Molière ou Tchekhov depuis son arrivée à la tête de l’Odéon, il s’intéresse cette fois à Marivaux et y applique sa recette habituelle : une scénographie imposante mais dont la pertinence est douteuse, des noms qui attirent – ici Isabelle Huppert, Louis Garrel, Bulle Ogier… –, et beaucoup de conformisme dans la mise en œuvre. Mais cette fois cela l’ensemble fonctionne mieux que d’habitude grâce à des effets de décalages comiques qui dérangent un peu le caractère lisse de la représentation.

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06 Mar

« La Bête dans la jungle » et « La Maladie de la mort »
de Marguerite Duras à la Colline : le lisible et l’invisible

Dans sa dernière création présentée à la Colline, Célie Pauthe met en scène l’adaptation de Marguerite Duras de La Bête dans la jungle, nouvelle d’Henry James, qu’elle fait suivre d’un court texte au genre indéterminé, également de Duras, La Maladie de la mort. Le rapprochement de ces deux œuvres sur scène souligne leur résonance, autour de la thématique de l’amour manqué. De l’un à l’autre, l’esthétique scénique évolue, de la simple mise en voix et en espace du texte à un travail plus visuel qui donne à percevoir les mots au-delà de l’écoute.

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19 Jan

« Platonov » de Tchekhov à la Colline, vivant et mélancolique

Le parcours du collectif Les Possédés avait commencé en 2004 avec Oncle Vania de Tchekhov. Après avoir monté des œuvres de Lagarce, Mauvignier, Céline ou John Cheever, chaque fois en quête de ce qu’elles disent sur l’humain, ils reviennent à ce premier auteur et s’attaquent à sa toute première pièce, Platonov. Longtemps resté sans titre, ce texte retrouvé après sa mort a récemment fait l’objet d’une nouvelle traduction signée par André Markowicz et Françoise Morvan, dans une langue moderne qui rend compte de la vitalité des paroles des personnages, paroles dont s’emparent sans peine les Possédés. Le spectacle présenté à la Colline est une lente traversée de l’œuvre, une immersion aussi insolente et drôle que tragique, qui se soumet à la langueur de la pièce tout en offrant une image vivifiante de la vie, aussi désespérée soit-elle.

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22 Nov

« L’Idiot » de Fiodor Dostoïevski

L’Idiot paraît pour la première sous forme de feuilleton, en 1869, dans la revue Le Courrier russe. Lors de la rédaction de cette œuvre, Dostoïevski vit en Europe suivant les recommandations de ses médecins en conséquence de ses nombreuses crises d’épilepsie, et il joue toute sa fortune dans l’espoir vain de se libérer de ses dettes. Dans ce contexte d’écriture se trouvent deux thèmes essentiels de l’œuvre, qui sont l’épilepsie, qui touche le héros du roman, et l’argent, omniprésent, qui pervertit toutes les relations nouées entre les personnages. A partir de ces deux éléments, l’auteur bâtit un drame extrêmement concentré, qui s’étend sur quelques mois seulement, au cours duquel chaque décision prise est une mise en jeu de sa propre vie.

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09 Nov

« IDIOT ! Parce que nous aurions dû nous aimer » d’après Dostoïevski aux Amandiers

Dans le cadre du Festival d’Automne, Vincent Macaigne reprend au Théâtre de la Ville puis aux Amandiers de Nanterre Idiot !, spectacle créé en 2009. Avec une énergie aussi folle que pour son adaptation d’Hamlet, Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, présenté en 2011 à Chaillot, le jeune metteur en scène reprend son appropriation d’une autre œuvre immense, cette fois romanesque, L’Idiot de Dostoïevski, avec un spectacle crié, hurlé, qui a autant vocation de faire réagir le spectateur que d’être fidèle à l’esprit du texte. Une très belle tension se met ainsi en place entre le désir de secouer le public, de le sortir de ses habitudes, et celui de raconter une histoire, celle du prince Mychkine.

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