11 Juil

« Le Cantique des Cantiques » par la Compagnie du Théâtre du Partage

Qu’on ne s’attende pas une théâtralisation du Cantique des Cantiques, ni même à une déclamation habitée de ce texte. Francescu Raffaelli et sa danseuse Coraldine Zaïna s’emparent de ce dialogue sur un mode interrogatif, et donnent à voir une répétition, en amont et en vue d’un spectacle.

Cantique des CantiquesAprès une introduction sur ce chant d’amour et sa postérité dans trois des plus grandes religions – le christianisme, le judaïsme et l’islam – le metteur en scène et comédien s’assied à sa table et commence un travail d’exploration de ce texte fondamental dans notre culture, dans une esthétique sobre. Francescu Raffaelli interprète donc ici un metteur en scène, ce qu’il est aussi.

Fiction et réalité sont encore plus inextricables quand il annonce avant l’entrée de Corladine Zaïna qu’il a fait appel à une danseuse, non pas tant pour qu’elle improvise des chorégraphies à partir des mots, mais pour écarter le risque d’une interprétation trop figée, et pour qu’elle dise le texte avec la candeur et l’innocence qui sont celles de la Sulamite.

Le comédien supposé donner la réplique à la jeune femme étant absent, toute l’attention est tournée vers elle. Les parties du bien-aimé sont donc dites rapidement, sans temps d’arrêt, sans place pour la réflexion, pour revenir plus rapidement à cette ou ces voix de femme-s.

CantiqueFranscecu Raffaelli parle pour ce spectacle de mise en abyme pirandellienne. Ce procédé qui lui permet d’intégrer ses interrogations à son spectacle tend à vulgariser l’approche de ce texte considéré comme sacré. Ceci en offusquera peut-être certains, qui ne veulent pas le voir ainsi manipulé et retourné, et auraient probablement préféré l’entendre, quelles que soient les conditions de son émission.

Il y a donc peu, voire pas d’interprétation, d’incarnation dans le très beau chœur de la Chapelle Saint-Louis, mais un dialogue autour de ce dialogue. Qui parle ? A qui s’adresse la Sulamite ? Que comprendre par telle ou telle image ? Telles sont les questions posées, dont les réponses tentent d’apporter un peu de clarté sur ce texte plein de mystères. Celles-ci sont plus ou moins didactiques, et parfois un peu rapides, mais ouvrent dans l’ensemble de belles perspective.

On a parfois l’impression que les deux artistes improvisent, qu’une hésitation, un flottement s’installe entre une question et une réponse. Coraldine Zaïna n’étant vraiment pas comédienne, elle butte sur certains mots et n’assume pas toutes ses répliques. L’acoustique de la Chapelle est intraitable de ce point de vue-là, et requiert une diction nette et assumée. Néanmoins, la danseuse nous offre de beaux moments purement physiques, qui quoique dénués de tout accompagnement musical, paraissent trop rares.

Ce spectacle est intéressant, plutôt riche, et mérite d’être perfectionné, avec plus de danse et plus d’élan et de transport. Même si le parti-pris est celui de l’enquête, on voudrait se laisser emporter par la beauté extraordinaire et incomparable de ce poème.

F. pour Le Bruit du Off

Pour en savoir plus sur « Le Cantique des Cantiques », rendez-vous sur le site du Off d’Avignon.

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