13 Sep

« Les Égarements du cœur et de l’esprit » de Crébillon fils

Dans Les Egarements du cœur et de l’esprit, le jeune Meilcour fait ses premiers pas dans l’univers très codifié de l’amour et du libertinage. Novice, il apprend au contact de Madame de Lursay et de Versac, maîtres en la matière. Habileté dans l’art de la parole et dans celui de la dissimulation doivent se substituer à la candeur et à la passion trop lisible.

Sous forme de mémoires, le jeune homme revient sur ses débuts dans le monde. Ses premiers émois s’adressent à l’amie de sa mère, Madame de Lursay, qui se fait une joie de s’attacher un homme aussi jeune. Fasciné par la séduction qu’il exerce, Meilcour se laisse entraîner, jusqu’au moment de rencontrer la belle Hortense qui vient accaparer toutes ses pensées.

De façon progressive, l’auteur dissémine ses personnages et complexifie l’intrigue. Ce sont alors des jeux de séduction et des séries de coup bas qui se nouent autour de Meilcour, souvent muet. Manipulé par Madame de Lursay, ballotté par Versac, entraîné malgré lui dans les bras de la Senanges, le personnage échoue dans la seule chose qu’il veut réellement : séduire Mademoiselle de Théville.

Les rapports de force se lisent dans la distribution de la parole : les plus puissants mentent impunément pour parvenir à leur fin, et les objets convoités sont réduits au silence. Crébillon fils met cet usage de la parole en valeur en faisant l’ellipse, à de nombreuses reprises, sur les sentiments torturés qui habitent le jeune homme. Ce que Crébillon privilégie, ce sont les échanges, les dialogues, les parties de discussion qui sont autant de combats à armes déguisées.

Les trois parties du roman marquent l’évolution de son initiation. Le roman n’étant que la première partie d’un ensemble inachevé, il n’aboutit pas sur la conquête d’Hortense. Ce sont les révélations de Versac sur son jeu et sa véritable personnalité qui referment le livre. Cela laisse donc présager un avenir libertin dans la lignée de Valmont pour Meilcour, devenu sûr de ses charmes et maître de sa parole.

La forme des mémoires que prétend adopter Crébillon fils n’est en réalité une parade. Les scènes et échanges sont rapportés avec tant de précision que l’on a d’avantage le sentiment de lire un récit raconté à la première personne comme celui de Des Grieux dans Marion Lescaut ou d’Armand Duval dans La Dame aux Camélias.

Contrairement à La Nuit et le moment, fait uniquement de dialogues, les épisodes de narration rendent la lecture plus fluide. Les pages se tournent avec délectation grâce à un rythme soutenu et une fine distribution des personnages.

F.

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