09 Mar

« La Nuit des rois » de Shakespeare par Jean-Michel Rabeux

Quoi de mieux qu’une comédie festive de Shakespeare pour célébrer mardi gras ? La Nuit des rois appartient en effet à ce genre, et avec la pièce revisitée par Jean-Michel Rabeux, autant dire que le festif et le carnavalesque répondent à l’appel.

Pas de rideaux, une entrée en scène qui se fait côté public, un large plateau où les comédiens sont aussi spectateurs à tour de rôle : très vite le ton est donné. Quand une musique rock’n’roll retentit et que les célèbres vers d’Orsino qui ouvrent la pièce sont perçus, les familiers du texte se crispent un peu.

Le choix est de se l’approprier : on le coupe, on le tord, on le retourne, on l’enrichit… On pourrait voir là un écho de ce qui avait effectivement lieu à la fin du XVIIe, alors que l’auteur n’avait aucun droit sur son texte une fois que des comédiens s’en étaient emparés, mais l’explication n’est pas pleinement satisfaisante.

Passons, il reste encore au moins deux heures de spectacle, autant optimiser l’expérience et ne pas se faire appeler puritain comme Malvolio. L’attention sera donc moins accordée aux paroles qu’aux jeux de scène, aux costumes et au réel talent de chacun des comédiens.

 La pièce de Shakespeare réunit de nombreux personnages, compte plusieurs intrigues et la présence de jumeaux peut vite prêter à confusion. Pour aider le spectateur novice, un code couleur semble être activé, chaque personnage étant monochrome.

Ainsi chez le duc Orsino, c’est les couleurs chaudes qui dominent, tandis que chez Olivia ce sont logiquement les couleurs froides. Le Fou et Viola, déguisée en homme, sont en noirs et blancs, couleurs neutres qui correspondent à leur va-et-vient entre les deux demeures. Quant aux deux compères que sont Sir Andrew et Sir Toby, leurs atours complémentaires dessinent une grappe de raisin et sa feuille.

Le vin et l’ivresse sont centraux dans cette pièce, et c’est bien ce que montre la bouteille qui trône sur le devant du plateau tout au long du spectacle. Avec l’amour passionnel pour acolyte, ils brouillent les frontières, et jusqu’à celles du théâtre. Plus d’une fois, les personnages explorent les limites de la scène, verbalement et physiquement, et interrogent ce qu’il se passe au moment de jouer – attitude proprement shakespearienne pour le coup.

Le public est hilare et émerveillé, agrémentant le spectacle de commentaires spontanés. Une fois la scène de reconnaissance finale un peu tronquée passée, et un dernier morceau de musique en live, il se lève, applaudit et siffle d’encouragement la performance. L’ambiance débridée a été communicative et peu importe quel a vraiment été le rôle de Shakespeare dans l’histoire. On conclut « fallait oser », avec un sourire en coin.

F.

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