08 Juin

« Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé » à l’Athénée

Deux ans après L’Autre monde ou les Etats et Empires de la lune de Cyrano de Bergerac, Benjamin Lazar investit une nouvelle fois le théâtre de l’Athénée, avec ses bougies et son vieux français chantant.

Le concept commence à être connu des habitués, mais il ne finit pas d’émerveiller. Une fois encore, le metteur en scène confirme son talent dans la direction des comédiens, si particulière quand le seul éclairage est la flamme d’une bougie, source statique donc, qui façonne le visage et les traits.

L’oreille s’étonne toujours dès les premiers alexandrins, quand la voix chantante prononce toutes les lettres et roule les « r ». Mais bien vite, cette musique vient donner vie au propos, et le servir. Avec en plus une gestuelle précise et hautement symbolique, le texte de Théophile de Viau est des mieux lotis.

L’histoire de Pyrame et Thisbé, si elle n’évoque pas immédiatement quelque chose dans nos esprits, nous est pourtant familière. C’est celle de Shakespeare, dans Roméo et Juliette, mais avant lui, celle qu’Ovide traitait au livre IV des Métamorphoses. Ce sont donc deux amants dont les familles ennemies s’opposent à leur union. La pièce se termine dans le sang, par le suicide des deux amants.

Les vers de Théophile de Viau révèlent en plusieurs endroits une grande poésie et des formulations mémorables. A d’autres moments, ils sont retentissants de violence, et font parfois même sourire. On y retrouve les thématiques baroques, ceux de la folie et de la raison, de l’amour et du pouvoir, de l’argent et de l’allégeance.

Contrairement à ses contemporains, Racine, Molière mais surtout Boileau, Théophile de Viau n’hésite pas à violer la bienséance et montrer sur scène aussi bien des combats que la mort et le sang.

Pourtant, la scène du rêve prémonitoire de la mère de Thisbé pourrait se substituer aux morts successives des deux héros, comme Théramène relate celle d’Hyppolite dans Phèdre. Ici, c’est plutôt l’occasion pour les deux personnages de déclamer une dernière tirade, où la culpabilité à l’égard de l’autre et la haine des siens percent.

La plus grande partie de l’œuvre se déroulant la nuit, c’est dans une atmosphère très intime que se retrouvent les personnages, pour comploter ou pour s’aimer à travers un mur. En ce sens, Lazar a fait le choix d’un décor réduit aux structures mobiles qui portent les bougies et déterminent l’espace en fonction des scènes. Pour ce qui est des costumes, on perçoit qu’ils sont beaux, mais l’œil se voit frustré de ne les voir plus à la lumière artificielle.

Si la pièce est moins étonnante que le texte de science-fiction de Cyrano de Bergerac, ce spectacle est une nouvelle preuve du succès du  rétablissement de l’esthétique baroque dans notre XXIème siècle.

F.

Narbal
Ne sait-il pas qu’il est obligé de me plaire ?
Que cet amour furtif irrite ma colère ?
Qu’il va dans ce projet mes jours diminuant,
Et fait un parricide en le continuant ?

Lidias
Vous voulez qu’Ixion, lié dans les Enfers,
S’arrache de sa roue et qu’il brise ses fers,
Qu’un homme déjà mort sa guérison reçoive,
Que Sisyphe repose et que Tantale boive ?

Pyrame
Mais je me sens jaloux de tout ce qui te touche,
De l’air qui si souvent entre et sort par ta bouche ;
Je crois qu’à ton sujet le soleil fait le jour
Avecque des flambeaux et d’envie et d’amour ;
Les fleurs que sous tes pas tous les chemins produisent
Dans l’honneur qu’elles ont de te plaire me nuisent ;
Si je pouvais complaire à mon jaloux dessein,
J’empêcherais tes yeux de regarder ton sein ;
Ton ombre suit ton corps de trop près, ce me semble,
Car nous deux seulement devons aller ensemble.

1 commentaire

  1. AD - 8 juin 2010 at 13:47

    Une fois de plus Benjamin Lazar sait bien faire les choses je sens …. J’aurai bien aimé être des vôtres !!

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