20 Juin

« Les Fourberies de Scapin » par Arnaud Denis

La pièce :

Après Tartuffe et Dom Juan, pièces sombres, Molière revient à la comédie italienne avec Les Fourberies de Scapin.

 


En trois actes, il s’agit de réconcilier, deux pères avec leurs fils qui se sont mariés sans leur consentement, et de surcroît leur soutirer de l’argent. Seul Scapin, le fameux Scapin, peut faire l’affaire dans cette situation. Il mène toute la ville de Naples en bateau pour satisfaire les uns au dépourvu des autres. Il est réputé pour son adresse à tromper et arrange les affaires de ses deux amis, Octave et Léandre. Pour ça il faut faire preuve de beaucoup d’habileté et d’imagination, surtout quand l’intérêt personnel de la vengeance vient s’ajouter aux services qu’il a promis de rendre !

Molière respecte sa coutume avec force de satires sur la société et ses systèmes : l’avarice, la justice, le mariage, le Pater Familias… Peu sont épargnés ! On lui pardonne d’avoir volé la fameuse scène « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » à l’auteur Cyrano de Bergerac. Elle est primordiale à la pièce, aussi bien dans l’intrigue que dans le comique.

La mise en scène :

Que de vie sur les planches ! Avec Molière, on le savait, pas moyen de s’endormir entre deux dialogues. Mais au-delà de l’intrigue qui tient en haleine, les acteurs sont dans cette représentation de vraies boules d’énergies qui ne s’arrêtent qu’une fois le rideau tombé.

Sans cesse, ils courent d’un bout à l’autre de la scène, se donnent des coups de bâtons, se secouent les uns les autres et s’épuisent. Heureusement, les doyens de la troupe viennent tempérer la fougue des jeunes gens avec un talent de qualité.

Théâtre dans le théâtre, la pièce est pleine de ressources, la jouer est un plaisir, on le voit bien ! Le décor est simple, les costumes aussi, mais pas anachroniques pour autant. Tout le talent est donc bien dans le geste. Dès le premier tableau, remarquable de beauté, leur jeu annonce la couleur : tels des pantins, ils s’animent au rythme de la musique, avant de tous prendre vie pour présenter Scapin. La pièce peut commencer. Elle se clôt dans les mêmes tons, on voudrait que cela dure !

Tous les acteurs jouent de cœur leur rôle, et forment ensemble une belle harmonie. Les intermèdes musicaux nous emmènent jusqu’à la cour de Louis XIV, et le public s’amuse toujours autant. Mention particulière à la scène que mène Scapin seul, pour sa vengeance contre Géronte, on est hilares !

Il est toujours agréable de revoir une pièce de Molière comme celle-ci. Les ficelles, on les connaît, tout l’intérêt est dans la mise en scène. Arnaud Denis ne prend pas de risques extravagants ici, mais il est fidèle à la pièce, c’est pourquoi il choisit d’endosser le rôle principal.

Il dit : « on ne se lasse jamais des chefs-d’œuvre car on ne les atteint jamais véritablement »

F.

 

1 commentaire

  1. Chérubin - 20 juin 2008 at 12:16

    Cyrano
    Qu’ est-ce que tu deviens, maintenant, mon confrère ?

    Ragueneau, à travers ses larmes.
    Je suis moucheur de… de… chandelles, chez
    Molière.

    Cyrano
    Molière !

    Ragueneau
    Mais je veux le quitter, dès demain ;
    oui, je suis indigné ! … hier, on jouait Scapin,
    et j’ ai vu qu’ il vous a pris une scène !

    Le Bret
    Entière !

    Ragueneau
    Oui, monsieur, le fameux :  » que diable allait-il
    faire ? …  »

    Le Bret
    Molière te l’ a pris !

    Cyrano
    chut ! Chut ! Il a bien fait ! …
    (à Ragueneau.)
    la scène, n’ est-ce pas, produit beaucoup d’ effet ?

    Ragueneau, sanglotant.
    ah ! Monsieur, on riait ! On riait !

    Cyrano
    Oui, ma vie
    ce fut d’ être celui qui souffle…et qu’ on oublie.

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